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Vu !

Publié le par Marie-Laetitia

C'est une droguée ! ou une alcoolique ! Elle est propre sur elle, pourtant. Elle était invisible au milieu de tous les autres en grappe autour du pilier, suspendue et affaissée en même temps comme une carcasse à un crochet de boucher. On ne sait pas comment, ils se sont tous écartés en même temps, ça arrive parfois ou bien tout le monde se tait dans un amphithéâtre alors qu'on parlait bien fort, elle est devenue évidente d'un coup et tout le monde s'est retourné... Grands Dieux : pas simplement accrochée, la carcasse ! mais dégoulinante de sang ! Personne ne veut voir ça et surtout pas être touché et tous se sont écartés pour la laisser glisser à terre dans un grognement. C'est une droguée ou une alcoolique ? Elle est propre sur elle pourtant, elle a un petit sac à dos avec des motifs tribaux dessinés à la javel, c'est rien qu'une ado, rien que ça. Elle se tord de douleurs, gémit sans comprendre, met la main entre ses jambes, personne ne veut voir ça mais que fait-elle bon sang ! Ebahie elle pase la main sous sa jupe, la retire, la contemple, la renifle - c'est à ce moment-là que le monsieur vomit - c'est du sang, bien rouge, et puis elle se fait dessus ma parole ? Un monsieur vomit avant de réussir à appeler les secours. Les autres n'ont pas bougé. Elle hurle, c'est une droguée ou une alcoolique ? Elle n'est plus très propre sur elle ! Encore la main entre ses jambes : enfin une femme s'écrie "mais vous ne voyez pas qu'elle va avoir un petit ?" oui un petit, pas un bébé, pas un enfant, un petit devant tout le monde, sur un quai de gare. Un bébé va avoir un bébé ! Merde alors ! Les gens ont l'air soulagé, ah bon elle ne va pas mourir alors ? Pourtant ça fait peur aussi un accouchement et ils se retournent tous à nouveau, et quand les pompiers l'emmènent, mugissante, nouée par les contractions, le soulagement délie les langues. "Quand même ... ce devait être une droguée, ou une alcoolique, vous ne croyez pas ?"

Publié dans N'importe quoitude

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Petits matins blêmes

Publié le par Hemipresente

Gris ...
Le réveil sonne à cinq heures trente-cinq. Je dois être habillée et prête à partir à cinq heures quarante-cinq, alors pas le temps de traîner, de snoozer, de badiner. J'attrape mes fringues, jette un coup d'oeil dans le miroir de la salle de bains, m'asperge le bout du nez, me coiffe, embarque mon maquillage. Je choisis la pelure la plus chaude disponible parce que je suis gelée ce matin. A cinq heures quarante-six je referme la porte à clé. Au bout de ma rue j'attends à l'arrêt de bus le passage du dernier Noctilien. Il est toujours vide. Il me dépose dix minutes plus tard à ma station de RER. Attente sur le quai, puis trente minutes à dormir dans le train. Terminus. Encore un bus, et arrivée au boulot vers sept heures vingt-cinq. Je suis censément aux trente-cinq heures. En fait j'arrive à sept heures et demi, mange en une demi-heure, et repars à dix-sept heures. Ca fait largement le compte. Pour ce qu'on en tire comme reconnaissance ...
Il y a toujours du vent à sept heures et demi du matin, là bas. Donc c'est soit bonnet couvrant, soit recoiffage à l'arrivée. Pour aujourd'hui ce sera rien du tout j'ai oublié ma brosse. Brève salutation hirsute aux vigiles, à l'entrée, encore montrer patte blanche. Ca fait pourtant sept mois que je suis là, ils devraient commencer à me reconnaître. Je dois vraiment être transparente.
Je suis essoufflée mais je m'active, ça pince drôlement ce matin, et la pluie fine en rafales presque horizontales me trempe le pantalon. Pas beaucoup de bureaux allumés asteure. Même le grand chef n'a pas l'air d'être là !
J'allume dans mon bâtiment, je mets en route l'imprimante, la photocopieuse, je jette un oeil aux toilettes, comme d'habitude la fenêtre est ouverte et il gèle, marre de faire des pipis éclairs ! je ferme !

 

Rose....
Je me réveille quelques minutes avant la sonnerie de mon téléphone et le démarrage des petits zoziaux dans l' "aube artificielle" que m'a offerte mon Chéri. Il dort. Il ronfle. Benoitement, bouche ouverte, point de filet de bave mais on sent que ça se joue à pas grand chose. Une jambe dépasse de la couette, il enlace son coussin, pour un peu je serais jalouse tiens, il le tient tout amoureusement. Dans cinq minutes je me lève. C'est à peine le point du jour. Bon allez à force de tourner et retourner je vais finir par le réveiller, alors je me sauve avant l'heure dite. Pour une fois j'ai le temps d'avaler un café au lait, des vitamines, de nourrir et caresser le chat, de me poser à la table de la cuisine. Une tartine fissa avec du beurre demi-sel. En pensant au Balto, un sourire aux lèvres.
Dans le placard de l'entrée je farfouille distraitement, attrape une veste, un manteau, m'encapsule, me visse le lecteur mp3, hop Waltzing Mathilda pour commencer, pi un petit zeste de Jephte Guillaume, tout doux. Le Noctilien est toujours à l'heure, mais pas moi, je cours en descendant la rue et je le chope tout juste. Il fait chaud à l'intérieur. J'indique ma station et me coule dans un siège presque au fond.  Les chauffeurs sur ces lignes bossent toujours en binôme, ils alternent, se tiennent compagnie, et s'empêchent de dormir. En fond sonore RTL bien sûr. Me voilà à ma station. "Merci messieurs, bon retour et bonne journée". Ils ont fini leur service. Je les connais un peu, mais ils changent souvent, y'en a même un qui fait deux lignes avec deux boîtes différentes, il était bien emmerdé de retomber sur moi et de voir qu'on se reconnaissait ! J'ai dix minutes avant ma correspondance, alors je traînasse un peu, papote avec le marchand de journaux (j'ai enlevé mes écouteurs) en achetant Libé. Ca doit être prospère sa petite affaire, il est bien situé. A quelle heure il se lève, lui ... Allez passerelle vers un autre monde et RER. Trente minutes c'est très long quand on n'a rien à lire, ou quand des importuns causent entre eux alors qu'on voudrait dormir. Pis encore : s'il y a un groupe d'ados ! Mais c'est plus tard qu'on les voit. Ce matin c'est trente minutes de coma, je descends au terminus ça déstresse.
Encore un changement de monde, remontée vers la lumière du jour. Propulsée du sommeil directement dans le carrefour déjà encombré, où il faut disputer l'espace aux bus et aux voitures pour parvenir à traverser. Je m'offre un pain au chocolat à la super boulange à l'angle, mmmmh tout tièdes à peine sortis du four ils sont irrésistibles ! Ca fait "scrouf" quand je mords dedans, je me colle des miettes partout, le chocolat est encore un peu fondu, c'est bon. Coup de pot mon bus arrive et il est presque vide. Tiens c'est le chauffeur qui me fait marrer. Un râleur patenté, qui engueule les gens qui ne disent ni bonjour, ni merci s'il leur ouvre en-dehors des arrêts - ce qui lui est strictement interdiit - ni au revoir lorsqu'ils descendent. Moi je monte presque en tête de ligne et descends au terminus, ça crée des liens, tête à tête au début, et tête à tête à la fin. "Ca caille aujourd'hui !" "oui mais l'horoscope est bon vous allez voir !" On joke, il y croit autant que moi. Je dis ça parce qu'à la descente, vu qu'il a un quart d'heure à tuer avant de repartir pour un tour, je lui file le Métro que j'ai attrapé en gare, tiens il se lève à quelle heure lui aussi, faudra que je lui demande, et puis les petits jeunes qui posent les Métro dans les gares aussi ...
Parfois je préfèrerais travailler carrément de nuit, j'aime bien cette ambiance décalée, tout le monde a l'air épuisé, ceux qui se lèvent et ceux qui se couchent, il est beaucoup trop tôt/tard pour tous., du coup on râle assez peu ou alors c'est pour de bon.
Il est gentil mon chauffeur, il s'arrête cent mètres avant le terminus pour me déposer plus près de l'entrée du boulot. "Merci bonne journée". Je descends par l'avant pour lui refiler le journal. Il sort fumer son clope. Dur d'être fumeur de nos jours.
A l'entrée du site, la cahute des vigiles, ils sont trois à se tasser là dedans, ce matin c'est le plus jeune qui fait la circulation, je le salue de la main, lui aussi fume son clope... Je trace vers mon bureau, personne quand j'arrive, j'allume tout, je fais péter les watts, je recharge la machine à café et bientôt ça sent presque le jour. Allez hop, au boulot. Vers quarante-cinq ma copine arrive. "Ca va ma belle ? en forme ?" on se raconte notre nuit, elle a deux mouflets pratiquement du même âge que mes miennes, ça crée des liens, on se comprend à demi-mot quand on a des têtes d'enterrement on se refile nos fonds de teint et on a fait pot commun pour le Doliprane et les sachets de thé. Elle se dépiaute et on se parle de bureau à bureau, tandis qu'elle allume son ordinateur, met en route son chauffage d'appoint. La ruche s'éveille lentement.

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Ripatons

Publié le par Marie-Laetitia

J'adore ton odeur de pieds ! Ce sera moins vrai quand tu seras grande je parie. J'adore tes odeurs entre les orteils, là où c'est bien confiné dans les pompes et où ça prend toutes les saveurs de maasdam et de gruyère. Déjà quand tu étais tout bébé tu chlinguais des arpions ! Pourtant c'était pas encore usé par la marche, tanné et goûtu ! C'est naturliche il faut croire. Ca m'a toujours fait fondre ! Je te posais sur la table à langer et je glissais ma truffe à la pliure des orteils, ça te faisait rire ! Aujourd'hui encore ça te chatouille à mort, mais ça sent plus fort alors je m'y risque moins !

Publié dans Amours

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Humilité

Publié le par Marie-Laetitia

S'il est une chose que nos enfants nous apprennent, par le contact quotidien qu'offre la cohabitation, c'est cette vertu par trop sous-estimée : l'hu-mi-li-té.

Ainsi, vous aviez décidé - avant bien sûr d'être enceinte et sujette aux nausées et gerbis à la mention même du mot "déjeuner" - d'éduquer votre descendance ouverte et épanouie, dans une ambiance à la fois ouverte et stimulante, aux joies et plaisirs de la gastronomie mondiale. Rien moins que ça. "Open your mouth" pour "open your mind"..

Vous aviez, pour ce faire, planifié mois par mois les apprentissages de la chair de votre chair, rien n'étant laissé au hasard :
- à six mois, la diversification,
- à douze mois elle dira "Québab beurk" et "Macdo caca"
- à dix-huit mois elle saura différencier un foie gras d'oie d'un fois gras de canard ...

Et puis ...
Et puis ma foi ... vous avez eu des enfants ...  des vrais, des enfants normaux, que vous laissez exprimer leurs goûts propres (les escargots que vous honnissez) et sales (les crottes de nez et la terre du Ficus Benjamina..).
Et vous découvrez que, pour préserver votre précaire paix qui confine certains soirs à une guerre froide, il faut accepter des mélanges improbables tels que :
- Nutella / fromage blanc
- Chou blanc / sardines à l'huile
- Pain d'épices / tarama
- Nuggets / ananas

A l'aune de vos filles, princesses omnipotentes, vous êtes petite joueuse en gastronomie ! Franchement ! L'aînée, quatre ans, déguste des escargots à la crème d'ail avec une sauce basilic-curry mais refuse catégoriquement  les moules ... la cadette, un an, se délecte de Boursin-crème au chocolat mais boude la compote pommes poires...

Nous sommes bien peu de choses, et le domaine ô combien fertile et estimable de la cuisine moderne est une friche qui sera sans aucun doute colonisée par l'une de vos déesses ... Nul n'en doute, pas même vous, qui fermez les yeux et ouvrez la bouche aux inventions déjà ébouriffantes de votre aînée. On verra bien si on digère, en tout cas c'est bon et elle aime.

Publié dans Amours

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Tendre

Publié le par Marie-Laetitia

Publié dans Amours

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C'est et c'était

Publié le par Hemipresente

Lorsque nous étions pressés - je suis bien petite dans ce souvenir - il tenait ma main plus fort. Pour assurer sa prise sans me faire mal, et peut être aussi pour faire de ce contact encore une petite douceur, un câlin délicat, son petit doigt se glissait dans ma manche. Je n'aimais pas ça mais j'aimais ça. Je me pressais pour atteindre son pas, j'en faisais trois pour chacun des siens, je courais, je volais presque. Ce jour-là, si précis je ne sais pourquoi, on avançait ainsi, sans mot dire, on allait à l'école sans doute. Je le regardais par en-dessous. J'ai vu plus de choses dans ses yeux soucieux par en-dessous que je ne pourrai jamais en écrire. J'étais en amour. C'était mon papa. Il me tenait fermement, il ne m'aurait jamais laissée lâcher sa main, il ne m'aurait jamais laissée me noyer. Je le portais autant qu'il me soutenait. C'était mon papa. Empli d'amour, et de doutes, et de lendemains, empli de promesses, d'exigences, de pardons. A quoi pensait-il ce jour-là pour que cette course reste si précisément gravée comme un souvenir en eau-forte ? C'était mon papa, il était beau, plus beau que tous les autres réunis, il me récitait du Rimbaud et m'emmenait au bout du monde dans ses grands bras. Je portais un duffle-coat je crois bien, et une cagoule qui gratte. De la main gauche il tirait régulièrement une bouffée de son clope du matin. Mon papa.   

Publié dans Amours

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Publié le par Hemipresente

Ce soir on mange des frites. Il y aura, au milieu d'elles, un petit coeur tout chaud taillé dans une pomme de terre, un petit coeur qui palpite, tout brûlant en attendant d'être découvert, compris, puis mangé. Il y aura mon coeur à moi. Avec des pensées pour celui qui me l'a appris.

Publié dans En douceur

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C'est et c'était

Publié le par Hemipresente

ML-et-papa-vers-le-bout-du-monde.jpg

 

Lorsque nous étions pressés - je suis bien petite dans ce souvenir - il tenait ma main plus fort. Pour assurer sa prise sans me faire mal, et peut être aussi pour faire de ce contact encore une petite douceur, un câlin délicat, son petit doigt se glissait dans ma manche. Je n'aimais pas ça mais j'aimais ça. Je me pressais pour atteindre son pas, j'en faisais trois pour chacun des siens, je courais, je volais presque. Ce jour-là, si précis je ne sais pourquoi, on avançait ainsi, sans mot dire, on allait à l'école sans doute. Je le regardais par en-dessous. J'ai vu plus de choses dans ses yeux soucieux par en-dessous que je ne pourrai jamais en écrire. J'étais en amour. C'était mon papa. Il me tenait fermement, il ne m'aurait jamais laissée lâcher sa main, il ne m'aurait jamais laissée me noyer. Je le portais autant qu'il me soutenait. C'était mon papa. Empli d'amour, et de doutes, et de lendemains, empli de promesses, d'exigences, de pardons. A quoi pensait-il ce jour-là pour que cette course reste si précisément gravée comme un souvenir en eau-forte ? C'était mon papa, il était beau, plus beau que tous les autres réunis, il me récitait du Rimbaud et m'emmenait au bout du monde dans ses grands bras. Je portais un duffle-coat je crois bien, et une cagoule qui gratte. De la main gauche il tirait régulièrement une bouffée de son clope du matin. Mon papa.  

Publié dans Amours

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