Solitaire

Publié le par Hemipresente

Tremblement au coin de l’œil. La luminosité insoutenable. A chaque inspiration c’est coupant l’air qui s’engouffre en lames de fond dans le gosier. Par le nez, par la bouche, ça cristallise en passant. Je prends plaisir à ouvrir bien grand pour respirer plus largement encore, me noyer d’air, brûlante de froid. Je recrache par petites bouffées sans volutes, compactes, par expirations saccadées. Mon pas chaotique, cahotant, de bosse en bosse, entre les pins, au-dessus de tous, les maisons, les routes, je monte. Tous les chemins sont effacés, aucune trace, aucun bruit, ma respiration et le silence. Tous les bouts du monde doivent ressembler à cela. Voilà j’y suis. Mon tertre nappé, mes arbres enrobés, je m’engourmandise de ce paysage tout en contrastes. Je m'assieds sur un petit siège de neige tassée. J’ouvre mon thermos d’une main insensible et maladroite. A travers l’épaisseur des gants la chaleur du gobelet parvient à ma peau. Je soulève à hauteur de mes lèvres le breuvage trop sucré, trop chaud, trop noir ; sa vapeur me chatouille les narines. Je souffle dessus. Blanche habillée de blanc sur fond de colline blanche ...

Lorsque le soleil achève de se lever l'air ne se réchauffe pas. Ses rayons rasants tout d'abord travaillent au fusain les reliefs, soulignant les courbes, effaçant les irrégularités. Il monte très doucement. Les couleurs apparaissent. Ce serait rigolo qu'il redescende tiens, pour une fois ! Le grand chambardement commence, levers et couchers. Aux crépuscules toutes les bêtes semblent en décalage, tout est las. Personne à sa juste place. C'est ce que je préfère. Parce que moi non plus.

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