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De la dépression et des criquets

Publié le par Hemipresente

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Nous sommes rentrés hier soir, à la nuit tombée, par la route ; la soirée chez nos amis avait été douce, on se réchauffe toujours auprès de ceux qu'on aime. En pleine ville, tout près de Versailles, un criquet minuscule a atterri sur le pare-brise. Nous étions à l'arrêt, à un feu, il a commencé à parcourir la surface transparente, par dessous je pouvais voir ses antennes s'agiter, sa curiosité piquée au vif, ses pattes minuscules. Il y a loin de Versailles à chez nous. La voiture roulait vite, la bestiole a tenté de sauter mais il était trop tard. Elle semblait écrasée par le poids de l'air, je la voyais déjà se vidant de sa substance sous cette pression intenable, agonisant là sous mes yeux. Un criquet de moins quelle importance ?
Lorsque nous sommes arrivés, enfin, contre toute attente il a recommencé à bouger puis a sauté nonchalamment, poursuivant sa vie infime, autostoppeur paisible parvenu à bon port. Et j'ai senti l'émotion me gagner, une joie inattendue, immense, lumineuse, que je ne connaissais plus, que je n'espérais plus, la révélation d'un après encore accessible, d'une bataille que je pourrai gagner un jour, comme si j'avais, moi, remporté celle-ci. Tout est encore possible.

Publié dans En douceur

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