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A tout petits pas

Publié le par Hemipresente

Pointe-de-chaussure.jpg

Je me hâtais ce matin pour attraper mon bus : il passe à 20, j’arrive en gare à 10, mais le train avait lambiné six longues minutes sur le chemin... Du quai surpeuplé au monde du dehors, un Escalator nous remonte, et cela me prend souvent trois bonnes minutes pour m’extirper des rails. Un monsieur banal, préfabriqué, mi-chauve, ni grand ni petit, costard gris et attaché-case noir, me coupa brusquement la route par la gauche ! En voiture, si j’en avais réchappé, si j’en avais une et si j’étais munie du permis (que de ‘si” !) je ne l’aurais pas épargné dans le constat.

Je n’eus ni le temps ni la place de freiner, sans quoi on me serait rentré dans le cul et je l’emboutis donc à pleine vitesse : mes mains placées en défense heurtèrent son dos et mon pied droit alla tamponner son talon gauche, lui arrachant son soulier lacé pourtant bien serré. Il s’arrêta net, le pied en l’air, tandis que la personne qui me suivait envoyait involontairement valdinguer la chaussure à plusieurs mètres...

Me confondant en excuses, je l’aidai à récupérer son bien.

Je ne m’attendais guère à des amabilités lorsque je revins vers lui.

Curieusement, immobile au milieu de la foule en transit s’éparpillant autour de lui, rocher solitaire au milieu du flot, joliment perché sur un seul pied car n’osant poser l’autre protégé par sa chaussette violette (fantaisie dans la cuirasse ?), il me souriait largement lorsque je lui tendis son soulier.

“Merci” me lâcha-t-il en pouffant.

Puis il commença de rire franchement. Malgré moi, je me laissai gagner.

“Vous étiez pressé ?” lui demandai-je.

“Oui, très !” me répondit-il dans un éclat de rire, se comprimant la bedaine en se penchant pour relacer sa chaussure. “Et vous ?”

“Oh je viens de rater mon bus”.

Il rit encore.

“Eh bien ce n’est pas une journée comme les autres !” me lança-t-il.

Pourtant, elle promettait d’être si banale …

Il finit par parvenir à se rechausser correctement. Nous avançames enfin, passâmes les portillons automatiques côte à côte, le flot des usagers s’était totalement dispersé. La gare semblait presque vide. Nous sortîmes enfin. J’avais raté mon bus, plus rien ne pressait .... Impression étrange de vacances, de temps gagné.

“Bonne journée !” me lâcha-t-il avec un grand sourire en obliquant vers la droite. “Bonne journée”, lui répondis-je en me dirigeant vers la gauche et mon arrêt. Au premier coup d’oeil, je répérai deux collègues qui attendaient toujours : le bus n’était pas encore passé. Je ne serais même pas en retard pour commencer ma journée.

Publié dans Métroboulododo

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