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Dans les jardins du Luxembourg

Publié le par Hemipresente

Le temps est hésitant aujourd'hui. Moi qui rêvais de me vêtir légèrement d'une robe un peu évasée, en corolle, et d'aller promener ma nonchalance dans les jardins du Luxembourg, il me faudra patienter encore un peu. J'attends l'été plus avidement qu'une abeille, comme elle le soleil me fera renaître à la vie, mon sang délicatement tiédi par ses rayons parviendra enfin à réchauffer un peu mon coeur. J'aspire à l'étouffement que l'on tamise sous un marronnier, en écoutant les cris et les rires des enfants dans le bac à sable. Les sandales largement découpées poudrées par les volutes de sable que la brise et la chaleur soulèvent par bouffées, la peau brillante et colorée, je cèderai en riant aux invitations des amies, nous irons tremper nos petons dans une fontaine. Ah, le délice de me sentir une seconde gagnée toute par l'engourdissement glacé qui m'envahit par les orteils ! je savourerai le long frisson dessiné en arc électrique le long de mon dos, puis je poserai mes pieds transis sur la pierre tiède de la fontaine, je sens sa texture rapeuse contre ma peau, je respire tout contre elle. Nous nous tiendrons silencieuses, les lunettes de soleil nous dissimulant les unes aux autres mais un même sourire de connivence aux lèvres, nous observerons les passants, les passifs, les hallucinés à demi dévêtus affalés sur les chaises vertes artistiquement dispersées autour des points d'eau, les parents attentifs les yeux félinement mi clos et sursautant avec un cri pour corriger l'exécution d'une magistrale bêtise pourtant si tentante !, les amants fatigués et heureux cuisant côte à côte les mains nouées, promesse d'une communion plus intime attendue avec la nuit et sa fraîcheur, les solitaires, les esseulés, les adolescents en quête d'une identité façonnée dans le regard des autres et parlant très fort et en bandes, les romantiques affrontant, le regard crispé et les yeux desséchés, l'insoutenable luminosité d'un livre dont ils ne peuvent différer plus longtemps la découverte ...

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Réminiscence

Publié le par Hemipresente

Nous sommes au bord de la mer. Le sable se glisse entre mes orteils qui dépassent de ma serviette. Je sèche, mon quatrième bain de la matinée, ma peau se craquèle au sel qui se dépose. Je passe la langue sur mes lèvres, je goûte la mer.

Lorsque je reste bien allongée, les yeux fermés, les bras le long du corps et les jambes repliées, le vent qui glisse sur mon corps est tiède, son murmure dans mes oreilles m'endort. Une fois sèche, la chaleur devient insoutenable. Je me relève d'un bond. Mon maillot de bain est encore humide et pendouille entre mes jambes. Je le remonte le plus haut possible, et, faisant fi des recommandations des adultes, je cours et saute à l'eau dont la fraîcheur me saisit, me lançant un grand frisson jusqu'aux oreilles.

Je plonge. A mes pieds des coquillages. J'ouvre les yeux malgré la brûlure inévitable tout à l'heure ; des multitudes de poissons minuscules s'écartent à mon passage, se rassemblent et se dilatent pour s'enfuir. Les dessins imprimés par les reflux et ressacs dans le sable m'attirent, je m'y cramponne et progresse ainsi au fond de l'eau, langouste géante.

Mes poumons sont vides, je remonte une seconde. Mes cheveux longs qui s'étalaient en nuage d'algue autour de ma tête retombent d'un bloc sur mes yeux. Je souffle très fort par la bouche, me maintenant hors de l'eau en faisant avec les pieds de petits ronds. Une, peut être deux secondes avant de me situer. Je me suis éloignée de la plage et des barboteurs. Je nage très bien.

J'ai huit ans mais la mer ne me fait pas peur. Plus loin sous l'eau je sais qu'il y a des rochers où nichent des poissons que je ne connais pas, et la Murène. Plus à l'ouest, si on s'approche de l'autre plage, on arrive même, à cent mètres du bord, à reprendre pied sur des pics affleurant recouverts d'une mousse verdâtre glissante un peu dégoûtante.

Je vois mon grand-père me faire signe. "Reviens ma poule, tu es trop loin !". Les mains en porte-voix.

Tanné par le soleil de Corse, marron-brun, sec et musclé, slip de bain noir, lunettes noires, coupe à la Dick Rivers. Je nage sans appréhension, doucement, je replonge et remonte, me laisse porter par les vagues légères, mon souffle est régulier, la mer est d'une clarté ! Je reprends pied près de la plage, après un dernier plongeon pour contempler le rouleau qui se brise par en-dessous.

Il m'enveloppe d'une serviette immense, toute chaude de soleil. Je n'avais pas réalisé dans l'eau que j'avais froid.

"Tu as les lèvres toutes violettes ! allez on rentre, on va prendre un bon chocolat chaud avec des tartines de beurre salé !"

On rentre par la petite route de montagne, il fait 40°C dans sa vieille bagnole. Il me prend sur ses genoux "allez maintenant c'est toi qui conduis" et il lâche le volant. J'ai un peu peur mais il va tout doucement.

Lorsqu'on arrive enfin, au moins je n'ai pas eu le temps de penser que j'avais envie de vomir. Je descends de l'auto encore en maillot de bain, je me précipite pieds nus vers la maison, je gravis les marches en évitant la colonne de fourmis rouges qui ont colonisé l'escalier (on a tout essayé pour les déloger), l'une d'elles convoie un éphémère aux ailes repliées ; sur la terrasse, en haut, le sol en béton blanc est brûlant sous la plante des pieds, je cherche l'ombre. Je laisse un pied un soleil et l'autre à l'ombre, je change, marelle improvisée.

"Ah ma poule tu vas trop vite pour moi".

Le chèvrefeuille qui déborde depuis le jardin d'à côté diffuse un parfum entêtant. Les amarylis fatiguées attendent l'arrosage crépusculaire en courbant la tête. L'heure de la sieste approche. Avant, je vais dévorer le repas de célibataire qu'il m'aura concocté, bien gras, bien gourmand, avec un jus de fruits très frais, et puis j'irai m'effondrer dans la chambre du fond aux volets clos, préservée de la chaleur environnante. J'entendrai alors à peine quelques minutes la télévision et le bulletin d'informations, m'ensuquant tout doucement jusqu'à l'heure du goûter.

Lorsque je pose la tête sur l'oreiller, les yeux mi-clos, je joue entre mes cils à faire danser les rais de lumière projetés au plafond. Je tourne dans la fraîcheur du lit que je tâte du bout du pied, du plat de la main, je prends mon pouce, serre ma peluche contre moi. Je dors.

Publié dans Amours

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