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Lucanes et cerf-volant

Publié le par Hemipresente

Lucanes et cerf-volant

Tu viendras mettre ta main dans la mienne au tout petit matin de juillet, et on grimpera là haut, sur ta montagne, tu seras grave et presque silencieuse dans la fraîcheur qui déposera sur tes cheveux des gouttelettes accrochées qui sécheront sans rouler jamais, et ça fera tout le temps que ça dure comme un halo brillant et désordonné, comme un piquetage de diamants sur tissu. Tu respireras par la bouche grande ouverte, ta main je la mettrai dans ma poche tout au fond sous la mienne et j'ajusterai mes pas aux tiens que tu prendras grand soin d'allonger tant et plus jusqu'à l'essoufflement recherché. On se fatiguera assez pour juste se sourire, paroles coupées et pensées en harmonie.

Tu verras des bestioles en bas et moi des bêtes en haut et on se montrera du doigt qui la limace noire, qui l'araignée éperdue de froid faisant trembler sa toile, la route gourdonnée paraîtra sauvage, craquelures habitées d'une populace remise en branle par nos pas.

Dans mon dos j'aurai ton sac coccinelle et dedans une gourde, des tartines de brioche au beurre salé, une couverture pour s'asseoir tout en haut du champ, le cerf-volant démonté.

On mettra une petite heure à ton rythme, chassant la fraîcheur devant nous, et au sommet, là haut, on s'installera pour grignoter avant les exercices... la voltige ... les rase-mottes, les touch-and-go, les loopings qui réveillent les hirondelles qui viennent contemplent et s'amusent loin au-dessus. On lâchera les fils plus haut, très loin, on se tiendra bien serrées pour profiter de la tension et du bruit de l'air fendu en flèche dans les descentes, on regrettera un peu, réminiscence, l'odeur de sel et d'algues et puis tant pis on sera bien sans sable entre les orteils, sans le murmure crié des flots.

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A LA RADIO

Publié le par Hemipresente

Invité d'Isabelle Brès dans son émission "Sud radio c'est vous", Carl Honoré parle le 17 septembre 2015 de son "Eloge de la lenteur". Je suis contactée par une journaliste de la rédaction une semaine plus tôt, qui me demande si je souhaiterais intervenir dans l'émission.

Après quelques jours de réflexion (et de trac), poussée par mes filles "mais il faaaut Maman, tu as des choses à partager c'est important !", je décide d'accepter. Jointe par téléphone, je n'ai pas besoin de sortir de chez moi. Expérience intéressante !

Voici le résultat, je parle trois petites minutes, à 13'20" et 18'55".

http://podcasts.sudradio.fr/sudownload/audiodirect/sudradio-cest-vous/150917-srcv-p2.mp3

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Le talent pousse

Publié le par Hemipresente

Le talent pousse

Mathilde, juin 2015

"le chat très embêté d'avoir attrapé la souris"

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Love, sex and rock'n'roll

Publié le par Hemipresente

Elsa (9 ans) :
"Maman toi tu as eu deux enfants mais tu as fait des avortements ou perdu des bébés ?
- eh bien si toutes les grossesses entamées avaient donné un bébé on serait sept à la maison
- (calcule) ah alors vous avez fait l'amour CINQ FOIS ????!!!!" (mine dégoûtée)

Et la grande Mathilde (12 ans) bien entendu blasée et très au fait de ces choses-là de répondre "mais non Elsa ! Ils font l'amour tout le temps !!"

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Mots doux

Publié le par Hemipresente

"Tu es ma petite grenouille toi ?
- oui
- tu es ma luciole ?
- oui
- tu es ma salamandre cachée dans l'âtre ?
- oui
- tu es mon eau vive ?
- oui
- tu es ma plume de petite merlette ?
- oui
- tu es mon duvet de coquelicot ?
- oui
- tu es ma coccinelle ?
- oui
- tu es ma chenille poilue de machaon ?
- oui
- tu es mon ronronnement de chaton ?
- oui
- tu es ma noisette duveteuse ?
- oui
- tu es mon réglisse ?
- oui
- tu es ma petite goutte de rosée dans la toile d'araignée tout en haut du réverbère sous l'église ?
- oui
- tu es mon crapaud-boudin ?
- oui
- tu es ma perle de chocolat ?
- oui
- tu es mon awalico ?
- oui
- tu es mon bébé toi ? encore un peu ?
- oui et toi tu es ma maman chat ?
- oui"

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Dessiner

Publié le par Hemipresente

Dessiner

Tes doigts sont bien assurés sur le corps du feutre, le pouce et l'index forment une pince solide et maniable, et les trois autres, repliés en reposoir, assurent la maniabilité optimale de l'instrument. Tu as cinq ans je crois.
Ton sourcil un peu froncé montre l'intense concentration où te plonge ton imagination et sa transformation en images, sous mes yeux.
Tu ne sembles pas pleinement satisfaite de tes créations, ces temps-ci, et je soupçonne une pique mordante de ta chipie de meilleure copine, que t'aura-t-elle donc dit cette fois ? Ton menton repose sur ta main gauche bien ouverte, la lèvre supérieure vient recouvrir, dans un léger pincement de la bouche, ta lèvre inférieure, et je vois naître la petite fille aux étoiles, en monochromie puis en couleurs.
Comme tu t'appliques !
"Celui-ci maman, tu pourras le mettre dans ton bureau !" Il ira rejoindre les cent douze autres dont j'ai tapissé le mur, mélangés de photos, de mots doux, de tendresses, il ira m'ouvrir une fenêtre sur toi, à l'abri de tous les regards.
Enfant, j'aimais aussi me perdre, comme tu le fais aujourd'hui, entre deux arabesques folles, deux brins d'herbe que l'ivresse du crissement de ce feutre-là ce jour-là sur ce papier particulier transformait bien vite en forêt vierge, en liserons grignoteurs d'espace. Je laissais mes mains agir, mon regard se tourner vers l'intérieur ; une demi-torpeur m'envahissait, mes yeux se voilaient, je chantonnais et tortillais mon doudou, et dans cet état presque hypnotique je m'abandonnais à l'extase toujours prolongée du détail, torturant sans fin la boucle de cheveux, le damassé de la veste, les feuilles de l'arbre ...
Je te contemple, en silence, admirative et nostalgique de ce monde intérieur que je devine étrangement familier mais qui n'est qu'à toi. Je suis ta soeur aujourd'hui, je marche en égale dans ton jardin, et c'est toi qui me prends la main.

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La Fée bleue a eu soixante ans

Publié le par Hemipresente

La Fée bleue a eu soixante ans

La Fée bleue a eu 60 ans ...

Dans la vraie vie, c'est la plus jeune soeur de mon père, qui a vécu avec nous un temps à une époque où elle était mal. J'étais alors bien petite, à l'école maternelle. Je l'aurais bien gardée, pour toujours, comme grande soeur. Elle travailait en écoutant un immense poste de radio, se coupait les ongles des orteils contorsionnée, les pieds sur le bureau, m'emmenait, parfois, à Paris, chez ma tante et marraine, qui occupait un appartement sous les toits, avec poutres apparentes, où nous avions fait connaissance avec mon premier chat.

Elle m'a accueillie plus d'un été en Corse, j'ai passé des nuits et des nuits sur son canapé. Nous avons hurlé ensemble à la vue de La Veuve Noire trouvée sur son balcon ; son ex-mari Ulysse 31 (vous ne saviez pas ?) m'a appris la plongée en apnée et avec elle j'ai découvert le bronzage intégral, et que les garçons avaient un gros sifflet à la place de la foufoune ; elle mangeait n'importe quoi tout le temps, mais surtout des Picorettes, fumait des cigarettes bizarres en forme de cônes, qui sentaient fort, et on écoutait mon oncle à la guitare sèche jouer Jeux interdits et Francis Cabrel jusqu'à pas d'heure le soir "moi je n'étais rien et voilà qu'aujourd'hui ...".

C'était la plus belle grande soeur du monde ! Son rire me faisait faire des pitreries sans fin, je lui piquais du 19 de Chanel et on développait ensemble les photos prises à la plage dans sa salle de bains, à la lumière rouge. Elle me lisait avec déférence les longues cartes emplies d'absence et de tendresse de mon père, recouvertes de son écriture pourtant appliquée mais illisible pour moi, s'esclaffant lorsqu'elle-même ne parvenait pas à le déchiffrer. On achetait et bâfrait, avant même d'être remontées dans l'appartement, des bugnes à la camionnette du boulanger. Souvent on finissait de s'habiller en sautillant sur une jambe, dans l'escalier, pour aller l'attraper : lorsqu'il avait commencé de klaxonner en entrant dans la résidence je dormais encore, on se précipitait, gourmandes, en gloussant, et il nous attendait. Je brossais parfois ses cheveux blonds qu'elle portait longs jusqu'aux fesses. Sa peau était dorée, elle était belle comme le jour mais ses yeux étaient tristes .... alors on riait et le monde était beau.

Lorsque je revenais dans ma banlieue, souvent le soir je regardais le ciel et je chantais pour moi, rien que pour moi "quand on prie la bonne étoile ...".

La fée bleue a eu 60 ans .... Bon anniversaire, ma Cathy.

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Bouaaaaaate !

Publié le par Hemipresente

Bouaaaaaate !

Il y a quelques jours, je remerciais ma grande de m'avoir donné une très belle boîte (bouaaaaate !!!) - initialement coffret parfum-déodorant qu'elle avait reçu pour son anniversaire - pour remplacer celle qui contenait mes sachets de levure, de sucre vanillé, les colorants alimentaires divers et autres poudres de perlimpinpin ; en plastique dur, celle-ci n'avait pas survécu à une chute sur le carrelage, et mes adjuvants de pâtisserie traînaient en vrac dans le placard.

Je tournais autour de sa boite depuis quelque temps déjà ... (bouaaaaaate !!!)

"Tu kiffes les boîtes hein ? *taquine sa môman tendrement*
- ouiiiiii !!!!! (bouaaaaate !!!) tu me feras toujours plaisir en m'en offrant une !
- j'en prends bonne note (je n'aurais pas dû lui apprendre cette formule....)
- bouaaaaate !!!
- ... Mais .... *illumination* mais t'es un CHAT en fait !!! (éreintée de rire) Si je te retrouve à essayer de te bouler dedans pour faire la sieste je te préviens j'appelle le véto !!"

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1983, la Corse

Publié le par Hemipresente

1983, la Corse

Nous sommes au bord de la mer. Le sable se glisse entre mes orteils qui dépassent de ma serviette. Je sèche, mon quatrième bain de la matinée, ma peau se craquèle au sel qui se dépose. Je passe la langue sur mes lèvres, je goûte la mer.

Lorsque je reste bien allongée, les yeux fermés, les bras le long du corps et les jambes repliées, le vent qui glisse sur mon corps est tiède, son murmure dans mes oreilles m'endort. Une fois sèche, la chaleur devient insoutenable. Je me relève d'un bond. Mon maillot de bain est encore humide et pendouille entre mes jambes. Je le remonte le plus haut possible, et, faisant fi des recommandations des adultes, je cours et saute à l'eau dont la fraîcheur me saisit, me lançant un grand frisson jusqu'aux oreilles.

Je plonge. A mes pieds des coquillages. J'ouvre les yeux malgré la brûlure inévitable tout à l'heure ; des multitudes de poissons minuscules s'écartent à mon passage, se rassemblent et se dilatent pour s'enfuir. Les dessins imprimés par les reflux et ressacs dans le sable m'attirent, je m'y cramponne et progresse ainsi au fond de l'eau, langouste géante.

Mes poumons sont vides, je remonte une seconde. Mes cheveux longs qui s'étalaient en nuage d'algue autour de ma tête retombent d'un bloc sur mes yeux. Je souffle très fort par la bouche, me maintenant hors de l'eau en faisant avec les pieds de petits ronds. Une, peut être deux secondes avant de me situer. Je me suis éloignée de la plage et des barboteurs. Je nage très bien.

J'ai huit ans mais la mer ne me fait pas peur. Plus loin sous l'eau je sais qu'il y a des rochers où nichent des poissons que je ne connais pas, et la Murène. Plus à l'ouest, si on s'approche de l'autre plage, on arrive même, à cent mètres du bord, à reprendre pied sur des pics affleurant recouverts d'une mousse verdâtre glissante un peu dégoûtante.

Je vois mon grand-père me faire signe. "Reviens ma poule, tu es trop loin !". Les mains en porte-voix.

Tanné par le soleil de Corse, marron-brun, sec et musclé, slip de bain noir, lunettes noires, coupe à la Dick Rivers. Je nage sans appréhension, doucement, je replonge et remonte, me laisse porter par les vagues légères, mon souffle est régulier, la mer est d'une clarté ! Je reprends pied près de la plage, après un dernier plongeon pour contempler le rouleau qui se brise par en-dessous.

Il m'enveloppe d'une serviette immense, toute chaude de soleil. Je n'avais pas réalisé dans l'eau que j'avais froid.

"Tu as les lèvres toutes violettes ! allez on rentre, on va prendre un bon chocolat chaud avec des tartines de beurre salé !"

On rentre par la petite route de montagne, il fait 40°C dans sa vieille bagnole. Il me prend sur ses genoux "allez maintenant c'est toi qui conduis" et il lâche le volant. J'ai un peu peur mais il va tout doucement.

Lorsqu'on arrive enfin, au moins je n'ai pas eu le temps de penser que j'avais envie de vomir. Je descends de l'auto encore en maillot de bain, je me précipite pieds nus vers la maison, je gravis les marches en évitant la colonne de fourmis rouges qui ont colonisé l'escalier (on a tout essayé pour les déloger), l'une d'elles convoie un éphémère aux ailes repliées ; sur la terrasse, en haut, le sol en béton blanc est brûlant sous la plante des pieds, je cherche l'ombre. Je laisse un pied un soleil et l'autre à l'ombre, je change, marelle improvisée.

"Ah ma poule tu vas trop vite pour moi".

Le chèvrefeuille qui déborde depuis le jardin d'à côté diffuse un parfum entêtant. Les amarylis fatiguées attendent l'arrosage crépusculaire en courbant la tête. L'heure de la sieste approche. Avant, je vais dévorer le repas de célibataire qu'il m'aura concocté, bien gras, bien gourmand, avec un jus de fruits très frais, et puis j'irai m'effondrer dans la chambre du fond aux volets clos, préservée de la chaleur environnante. J'entendrai alors à peine quelques minutes la télévision et le bulletin d'informations, m'ensuquant tout doucement jusqu'à l'heure du goûter.

Lorsque je pose la tête sur l'oreiller, les yeux mi-clos, je joue entre mes cils à faire danser les rais de lumière projetés au plafond. Je tourne dans la fraîcheur du lit que je tâte du bout du pied, du plat de la main, je prends mon pouce, serre ma peluche contre moi. Je dors.

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Six et deux ans ...

Publié le par Hemipresente

"Elsa maintenant tu me donnes le crayon !
- NON !
- Elsa je vais le dire à maman !
- ZE T'EMMERDE !"

Fuiiiiiiiiiii .....

Course précipitée mine triomphante de ma grande qui déboule hors d'haleine dans le séjour, ouvre graaaaaand la bouche, me regarde qui la toise d'un oeil peu amène ... elle prend une grande inspiration puis ... referme la bouche. Tourne les talons. Et s'en va.

"ELSAAAAAAAAAAAA ???
- oui maman ?
- tu vas au coin, j'ai entendu un très vilain mot qui n'avait rien à faire dans ta bouche"

Trois minutes plus tard retour, tout doucement, quasi sur la pointe des pieds, de l'aînée.
"Tu sais tout à l'heure j'ai encore failli rapporter !
- ah ? c'était pour quelque chose de grave ?
- ben non c'est pour ça que j'ai rien dit ... C'est la première fois que j'arrive à me battre contre mon cerveau !"

Et elle repart, très fière d'elle.

"Mathilde ?
- ouaaaaais ?
- c'est très bien de ne pas rapporter si c'est juste pour me dire "Elsa elle a fait ci, Elsa elle a fait ça", pour que ta soeur soit punie, pour te venger de quelque chose. Mais tu sais que dans certains cas il faut vraiment venir me dire les choses hein ?
- ben oui hein, si on se fait mal c'est sûr
- et puis aussi si tu vois par exemple que ... un copain ou une copine a des bobos tout le temps, ou qu'un autre enfant a l'air très malheureux dans sa maison, tu comprends ?
- ... euh oui je crois ... comme quand y'a des gens qui veulent prendre les enfants aussi ?
- voilà
- oh t'inquiète on en a parlé avec les copines je leur ai expliqué.
- c'est super ma douce."

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