INVITATIONS A ... LA LENTEUR !

Publié par Marie-Laetitia Gambié

J'ai retrouvé dernièrement, un peu malgré moi et puis, finalement, tout entière consentante, le goût pour cette conformation particulière du caractère, si amplement décriée dans notre société de l'universellement possible et disponible qui ne tolère pas les temps morts : l'état de lenteur. Enfant, je me suis vu épargner un saut de classe pour ce motif "trop lente", et grand bien en a pris à ma maîtresse de maternelle, qui m'a ainsi fait don d'une précieuse année d'enfance supplémentaire.

Ma fille aînée semble elle aussi affligée de ce travers si fortement combattu, et sa maîtresse qui par ailleurs loue ses facultés et compétences, me le rapportait avec un petit air penché un peu inquiet "Mathilde est un peu lente, un peu rêveuse, parfois elle s'envole vous voyez ?". Je vois bien, très bien.

Je me défie par principe des agités permanents, des hyperactifs en fuite, que seule l'attente d'un après par définition inaccessible fait survivre à l'insupportable et stagnant magma du Présent. Ces personnalités insatisfaites de l'Etre qui ne surbsistent que dans le Devenir, dans la projection, m'épuisent.  Adulées, portées aux nues, vénérées par un système de valeurs qui glorifie l'action au détriment de la réflexion, elles pullulent et imposent leur rythme haletant à tous.

Je revendique pour ma part ma très grande propension à la contemplation muette, et j'aimerais savoir offrir à mes filles l'aptitude à jouir de l'ici et du maintenant. Ces petites chroniques que je tisse ici procèdent toutes de cette mission éducative fondamentale que je me suis fixée : leur apprendre à se sentir vivre, non point dans l'accélération permanente, mais dans le plaisir toujours renouvelé de l'immobilité, du silence, du temps mort, du soupir enfin.

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