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Le Simple

Publié le par Hemipresente

 

 

 

Il y avait, quand j’étais enfant, à Choisy-le-Roi, un benêt sans âge dont on m’avait signalé très précocement la propension avérée à laisser bien ouverte sa fermeture à glissière. L’individu, blond-roux, un regard bleu et vide, le sourire aussi béant que son pantalon, avait été inquiété pour exhibitionnisme, murmurait-on.
Rétrospectivement, il me semble qu’il devait être sans doute un de ces débiles léger à moyen qui eussent en province occupé la place traditionnelle d’idiot du village. Par chez nous, il faisait fuir les enfants avertis et détourner le regard aux mères de famille.
Il était tenu sous bonne garde par les policiers sévères qui assuraient la permanence aux passages cloutés près de l’école. Peut-être était-il un peu buveur à l’occasion ? Il tanguait parfois dangereusement entre le mur et la chaussée, sur les trottoirs qui le ramenaient chez sa mère, rougeaud, barbarismes et mots incohérents s’égrenant sur son passage.
Nous l’avions croisé une fois en rentrant des courses, sage, tête baissée et bouche close, dans l’ombre d’une grande vieille femme au port altier dont il tenait le caddie comme un chien s’accroche à sa laisse, la contemplant pareillement de ses grands yeux mouillés, de temps à autre, à la dérobée. « Oui moman ». Là était le secret de ses vêtements vieillots mais bien propres malgré son évident désœuvrement et sa probable incompétence globale à toute activité manuelle ! Longtemps honteuse de ce grand idiot mal dégrossi qu’elle traînait derrière elle, elle avait pris son parti des ragots, et sortait avec lui en ville, toisant tous les regards lourds qui jalonnaient leur chemin, le défi en braise au fond des yeux. Il était, malgré tout, son fils, et elle nous l’imposait, voilà.
J’ai vu plusieurs fois des garçons un peu grands le courser sur les quais de la Seine , cailloux à la main, lorsqu’ils l'avaient surpris contre un mur. Il fuyait, la main contre son pantalon, finissant de se pisser sur les doigts et les chaussures, ahuri, réveillé en sursaut dans sa contemplation enfantine de l’écoulement de ses urines en rigoles s’assemblant puis se séparant à ses pieds, hypnotisé. Je ne savais s'il fallait le plaindre ou applaudir. C'est sans doute mon premier contact avec la pitié, effroyable sentiment.

Publié dans Les gens

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Faisez des mômes, tiens !

Publié le par Marie-Laetitia

"Nan la banane je la veux pas en entière !
- en entier mon amour. Pourquoi donc ?
- elle est toute marron et elle pue, chui sure qu'elle est pourrie.
- mais enfin rossignol de mes jours (on ne dit pas "puer" sauf quand on parle de tes chaussettes, trésor), penses-tu que ta mère adorée oserait faire franchir le seuil de tes lèvres à une nourriture autre que tip top moumoute d'la mort qui tue ?
- elle est moche et elle sent trop fort. Pourquoi tu nous donnes toujours des vieilles bananes ?
- ô paisible enfant dont la rosée du matin vient nimber le front et démêler les cheveux dans son sommeil, parle meilleur à ta mère fatiguée qui vient de faire le repas après le ménage et une journée atroce au bureau couronnée par une suppression de train et un voyage en fourgon à bestiaux ; ceci, chère enfant, n'est pas une vieille banane, c'est une banane très bien mûre, nuance ; et pi d'abord y'a rien d'autre en dessert.
- .... j'la veux pas en entière, j'veux une moitière.
- ma douce rose, déjà et d'une on dit pas "jveux pas" quand maman est de mauvais poil et n'a pas pu aller faire de courses rapport que comme une quiche elle reste tout à fait connement et irrémédiablement dépourvue de permis de conduire, et pi, et disons que ça ferait et de deux, on dit pas "moitière" mais moitié , et pour finir et répéter parce que la pédagogie c'est l'art de rendre les enfants réceptifs en répétant cinquante fois la même chose (jamais compris le principe ...) y'a rien d'autre ce soir le dessert c'est banane et point barre !
- ouais ben si c'est comme ça j'en prends pas de dessert, elle est moche et pourrie."

A ce moment-là, femme, de cet échange qui ne préfigure qu'au centième ce que l'adolescence de ta première née te réserve, prends sur toi, si si crois-moi, prends bien fort sur toi, retiens la torgnole pour des jours plus fastes. Respire un bon coup et tâche de te rappeler cet instant de grâce, tout à l'heure, lorsque ta petite qui s'était fait un fort vilain bobo est venue se blottir dans tes bras toute tremblante et, d'un geste mécanique, t'a attrapé le sein gauche comme s'il lui appartenait. Voilà, reste sur cette fabuleuse impression. Zennnnnn. Aooooôôôôômmmmm. Tu te lèves de table et débarrasses et tu passes à autre chose, après tout, la banane c'est pas toi qui l'as faite hein ? Quelle importance ?

"Maman ?
- oui mon ange ?
- c'est obligé qu'on a des petits seins si sa maman elle a des petits seins ?"

....

Aooooooooôôôôôôôômmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.

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Débordée...lisation

Publié le par Marie-Laetitia

Ce mercredi, vos beaux-parents vous rendent visite. C'est rare, ils habitent loin !
Les prunelles de vos yeux sont ravies, enchantées, surexcitées et insupportables, et vous, en bonne maîtresse de maison soucieuse de faire bonne impression sur vos hôtes, vous briquez tout, rangez à fond y compris le bordel improbable de vos filles : chaussettes sales dans le bac à Légo, briques Légo dans les petshops, petshops dans les Playmobil, Playmobils entre le mur et le lit, lit colonisé par dix-huit espèces  recensées de nounours et au moins deux ayant été prêtés depuis tellement longtemps que vous n'osez plus les rendre, nounours dans les tiroirs à poupées, poupées à poil, hirsutes, dont les vêtements sont éparpillés jusque sur des étagères dont vous pensiez qu'elles étaient inaccessibles à vos "moins d'un mètre trente"... Vous y passez la matinée, mine de rien, à transformer leur immonde bazar en "chambre où on peut marcher sans s'enfoncer un jouet contondant dans la plante du pied" ! Désespérement seule mais néanmoins entourée de votre marmaille bondissante, inopérante voire contrariante malgré les injonctions mille fois répétées.
Finalement, aux onze coups de ... onze heures, suivez un peu, vous avez réussi à rendre présentables leurs deux antres, et vous vous mettez à laver les sols. C'est qu'un chien, un chat, et deux loustiquettes passant au bas mot vingt heures par semaine dans le jardin, ça n'aide pas vraiment à garder du carrelage BEIGE complètement pimpant... Encore une bonne heure et demie à aspirer, laver, attendre - challenge : maintenir votre portée dans les chambres tout le long des vingt minutes nécessaires au couloir pour sécher, bilan des courses : ratage total, traces de tongs pointure 25 et 29 et trèfles du greffier partout. On dira que c'est de la crasse propre.


Eréintée, vous nourrissez à la hâte votre progéniture de merveilleux ravioli en boîte chauffés à la casserole (faudra pas oublier de la mettre à tremper pour décoller le culottage sauce tomate - pâtes cramées au fond because vous les avez comme d'habitude oubliées sur le feu) et hop : à          la            sieste !
Enfin... à la sieste ...
Douze fois au moins vous allez ordonner à la chanteuse en herbe de se taire pour laisser dormir sa soeur, laquelle au bout de quinze "SILEEEEENCE" hurlés finit par cesser de brailler qu'elle n'a pas sommeil et s'écroûle.
Paix sur la Terre ...

Il est quatorze heures, vos beaux-parents débarquent dans moins d'une heure, vous allez pouvoir vous poser  dans le canapé sitôt que vous aurez remis de l'ordre dans votre touf... coiffure.


Enfin ! Votre demeure rutilante ressemble à une maison-témoin, vous vous êtes (re)fait une beauté, vous vous êtes même relavé les dessous de bras, vous avez changé deux fois de t-shirts ("merde y'a une tache" "putain mais on crève là dedans !"), et vous avez même pu faire genre je suis calme et sereine à l'arrivée de votre douzépoux escortant ses parents.

L'après-midi, ensuite, se déroule dans un calme relatif, votre petite dernière réveillée de la sieste par l'arrivée de Papi et Mamie s'apparente plus au Golgoth moyen qu'à Heïdi, votre grande trépigne de montrer ce qu'elle a appris à la danse classique, le chien jappe continuellement dans le jardin, manifestant ainsi sa forte réprobation de la claustration imposée, mais, bon an mal an, vous êtes contente de vous ! Ah si, et puis vous pouvez : c'est propre, beau, rangé, vos filles sont belles et grâcieuses (et surexcitées) et lorsque vous allez fumer une cigarette avec Belle-Maman dans le jardin vous acquiescez d'un air béat lorsqu'elle vous vante le charme de votre petite maison.

Tout aurait pu en rester là, près, aussi près que possible, de la perfection domestique. Vous auriez pu passer pour la Bree Van de Kamp que vous ne serez jamais. Vous avez failli y croire ...
 

Mais votre cadette va faire son pipi et, traversant le couloir qui brille de mille feux (oui bon on peut broder un chouia quand même), s'exclame si haut et si fort que nul ne peut honnêtement feindre ne pas avoir entendu son émerveillement, sa surprise, et son enthousiasme :

"oh la laaaaaa Mamaaaaaan, t'as tout nettoyéééééééé, ca briiiiiiiiille. C'est supeeeer que t'as tout rangé !".

Publié dans Les mômes !

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