Petits matins blêmes

Publié le par Hemipresente

Gris ...
Le réveil sonne à cinq heures trente-cinq. Je dois être habillée et prête à partir à cinq heures quarante-cinq, alors pas le temps de traîner, de snoozer, de badiner. J'attrape mes fringues, jette un coup d'oeil dans le miroir de la salle de bains, m'asperge le bout du nez, me coiffe, embarque mon maquillage. Je choisis la pelure la plus chaude disponible parce que je suis gelée ce matin. A cinq heures quarante-six je referme la porte à clé. Au bout de ma rue j'attends à l'arrêt de bus le passage du dernier Noctilien. Il est toujours vide. Il me dépose dix minutes plus tard à ma station de RER. Attente sur le quai, puis trente minutes à dormir dans le train. Terminus. Encore un bus, et arrivée au boulot vers sept heures vingt-cinq. Je suis censément aux trente-cinq heures. En fait j'arrive à sept heures et demi, mange en une demi-heure, et repars à dix-sept heures. Ca fait largement le compte. Pour ce qu'on en tire comme reconnaissance ...
Il y a toujours du vent à sept heures et demi du matin, là bas. Donc c'est soit bonnet couvrant, soit recoiffage à l'arrivée. Pour aujourd'hui ce sera rien du tout j'ai oublié ma brosse. Brève salutation hirsute aux vigiles, à l'entrée, encore montrer patte blanche. Ca fait pourtant sept mois que je suis là, ils devraient commencer à me reconnaître. Je dois vraiment être transparente.
Je suis essoufflée mais je m'active, ça pince drôlement ce matin, et la pluie fine en rafales presque horizontales me trempe le pantalon. Pas beaucoup de bureaux allumés asteure. Même le grand chef n'a pas l'air d'être là !
J'allume dans mon bâtiment, je mets en route l'imprimante, la photocopieuse, je jette un oeil aux toilettes, comme d'habitude la fenêtre est ouverte et il gèle, marre de faire des pipis éclairs ! je ferme !

 

Rose....
Je me réveille quelques minutes avant la sonnerie de mon téléphone et le démarrage des petits zoziaux dans l' "aube artificielle" que m'a offerte mon Chéri. Il dort. Il ronfle. Benoitement, bouche ouverte, point de filet de bave mais on sent que ça se joue à pas grand chose. Une jambe dépasse de la couette, il enlace son coussin, pour un peu je serais jalouse tiens, il le tient tout amoureusement. Dans cinq minutes je me lève. C'est à peine le point du jour. Bon allez à force de tourner et retourner je vais finir par le réveiller, alors je me sauve avant l'heure dite. Pour une fois j'ai le temps d'avaler un café au lait, des vitamines, de nourrir et caresser le chat, de me poser à la table de la cuisine. Une tartine fissa avec du beurre demi-sel. En pensant au Balto, un sourire aux lèvres.
Dans le placard de l'entrée je farfouille distraitement, attrape une veste, un manteau, m'encapsule, me visse le lecteur mp3, hop Waltzing Mathilda pour commencer, pi un petit zeste de Jephte Guillaume, tout doux. Le Noctilien est toujours à l'heure, mais pas moi, je cours en descendant la rue et je le chope tout juste. Il fait chaud à l'intérieur. J'indique ma station et me coule dans un siège presque au fond.  Les chauffeurs sur ces lignes bossent toujours en binôme, ils alternent, se tiennent compagnie, et s'empêchent de dormir. En fond sonore RTL bien sûr. Me voilà à ma station. "Merci messieurs, bon retour et bonne journée". Ils ont fini leur service. Je les connais un peu, mais ils changent souvent, y'en a même un qui fait deux lignes avec deux boîtes différentes, il était bien emmerdé de retomber sur moi et de voir qu'on se reconnaissait ! J'ai dix minutes avant ma correspondance, alors je traînasse un peu, papote avec le marchand de journaux (j'ai enlevé mes écouteurs) en achetant Libé. Ca doit être prospère sa petite affaire, il est bien situé. A quelle heure il se lève, lui ... Allez passerelle vers un autre monde et RER. Trente minutes c'est très long quand on n'a rien à lire, ou quand des importuns causent entre eux alors qu'on voudrait dormir. Pis encore : s'il y a un groupe d'ados ! Mais c'est plus tard qu'on les voit. Ce matin c'est trente minutes de coma, je descends au terminus ça déstresse.
Encore un changement de monde, remontée vers la lumière du jour. Propulsée du sommeil directement dans le carrefour déjà encombré, où il faut disputer l'espace aux bus et aux voitures pour parvenir à traverser. Je m'offre un pain au chocolat à la super boulange à l'angle, mmmmh tout tièdes à peine sortis du four ils sont irrésistibles ! Ca fait "scrouf" quand je mords dedans, je me colle des miettes partout, le chocolat est encore un peu fondu, c'est bon. Coup de pot mon bus arrive et il est presque vide. Tiens c'est le chauffeur qui me fait marrer. Un râleur patenté, qui engueule les gens qui ne disent ni bonjour, ni merci s'il leur ouvre en-dehors des arrêts - ce qui lui est strictement interdiit - ni au revoir lorsqu'ils descendent. Moi je monte presque en tête de ligne et descends au terminus, ça crée des liens, tête à tête au début, et tête à tête à la fin. "Ca caille aujourd'hui !" "oui mais l'horoscope est bon vous allez voir !" On joke, il y croit autant que moi. Je dis ça parce qu'à la descente, vu qu'il a un quart d'heure à tuer avant de repartir pour un tour, je lui file le Métro que j'ai attrapé en gare, tiens il se lève à quelle heure lui aussi, faudra que je lui demande, et puis les petits jeunes qui posent les Métro dans les gares aussi ...
Parfois je préfèrerais travailler carrément de nuit, j'aime bien cette ambiance décalée, tout le monde a l'air épuisé, ceux qui se lèvent et ceux qui se couchent, il est beaucoup trop tôt/tard pour tous., du coup on râle assez peu ou alors c'est pour de bon.
Il est gentil mon chauffeur, il s'arrête cent mètres avant le terminus pour me déposer plus près de l'entrée du boulot. "Merci bonne journée". Je descends par l'avant pour lui refiler le journal. Il sort fumer son clope. Dur d'être fumeur de nos jours.
A l'entrée du site, la cahute des vigiles, ils sont trois à se tasser là dedans, ce matin c'est le plus jeune qui fait la circulation, je le salue de la main, lui aussi fume son clope... Je trace vers mon bureau, personne quand j'arrive, j'allume tout, je fais péter les watts, je recharge la machine à café et bientôt ça sent presque le jour. Allez hop, au boulot. Vers quarante-cinq ma copine arrive. "Ca va ma belle ? en forme ?" on se raconte notre nuit, elle a deux mouflets pratiquement du même âge que mes miennes, ça crée des liens, on se comprend à demi-mot quand on a des têtes d'enterrement on se refile nos fonds de teint et on a fait pot commun pour le Doliprane et les sachets de thé. Elle se dépiaute et on se parle de bureau à bureau, tandis qu'elle allume son ordinateur, met en route son chauffage d'appoint. La ruche s'éveille lentement.

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Mme de K 23/08/2012 14:05

Plus d'une heure trente de transport ! ma pauvre ! Monsieur de K a marché à ce régime-là (un peu moins quand même mais à peine) pendant 6 ou 7 ans. Depuis qu'on est à Rennes, il a 5 minutes de vélo
dans un parc pour aller bosser. Il revit !

Hemipresente 23/08/2012 16:43



Eh oui une heure trente à l'époque. Un peu moins depuis que nous avons déménagé.