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La maison du ruisseau

Publié le par Marie-Laetitia

 

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Un chemin sec que la voiture déchire à chaque passage dans des frôlements de buissons immenses. Contre les vitres remontées, de longues lianes crochues alourdies de mûres sanglantes accompagnent une seconde ma progression, me retenant, me relâchant dans un spasme vers l’arrière, refermant la béance un instant consentie. Les derniers centimètres sont un arrachement végétal, les feuilles déchiquetées volent, les parfums explosent en gerbes.

Je débouche, un peu exsangue, souffle court, échevelée, dans la cour blanche ; elle est toujours là. Elle est toujours là ! La maison invisible, en contrebas de la route ; elle s’appuie sur un rideau de peupliers et de saules bordant la rivière presque morte, gargouillis ténu sur la pierraille mate de chaleur ; elle ouvre ses portes et fenêtres sur une courette blanche semée de cailloux brun-rose, poudreuse, où s'aventurent aveugles les jeunes chênes en avant-poste des bosquets plus denses, un peu plus près chaque année. Il faudra repousser l'envahissement de nouveau, bêche en main, front ruisselant, désarmer, désunir terre et racines, extirper, extraire, entasser, et parfois au milieu une truffe naissante !
Entre les feuillages le regard s’oublie dans les lignes de fuite des parcelles au loin plantées de vignes, damier du vert tendre au vert foncé soulignant le relief léger des coteaux dont il épouse les formes comme un Vichy sur tes hanches.
Je t'ai cent fois vanté la beauté, le secret, le mystère silencieux de ma maison, son fronton de trois-quarts, fendu comme une figue chue et rescellé, cicatrice de son grand âge, ses murs blancs vieillis aux pierres râpeuses, son toit décati que je ne peux me résoudre à refaire, et tu as enfin cédé, consenti, à nous rendre visite.
Je lui parle.
Elle va te connaître.
Personne avant toi n'est venu jusqu'ici.  
Personne d'autre ne viendra, après. Tu seras la bonne ou la dernière.
Je pose la main sur la poignée de la porte d'entrée, qui grince aimablement à mon retour ; les gonds, la serrure, comme délassés dans un bâillement, m'accueillent ensommeillés « ah, c'est toi ? ». Je tourne, pousse, un coup d'épaule, la fraîcheur du dedans mâtinée d'un parfum lavande-moisissure-de-livres me saisit... Chez moi. Dans la semi-pénombre douce de midi, dans les lumières des fentes des volets, j'ouvre une à une les portes du rez-de-chaussée, tous les airs se mélangent, les pièces rendues à la vie communiquent et se parlent, cuisine, bibliothèque, salon, lavande, moisissure, thym séché ... Les fenêtres resteront closes jusqu'à ce soir.
Je retourne à la voiture écrasée en pleine clarté ; je libère le chat mou et le chien surexcité. Chacun à sa façon reprend ses marques. L'un s'étire, interminable, puis se dirige, benoit, jusqu'au puits, pour s'y étaler en flaque noire poilue ronronnante. L'autre vaque à ses impératifs territoriaux, délivrant ici et là un minuscule jet d'urines et un aboiement bref. Les ennemis improbables sont prévenus.
Je m'assieds sur le banc surplombé par le balcon du premier étage, tête à l'ombre j'étends mes jambes au soleil. J'observe les changements subtils qu'une saison écoulée a imprimés au paysage su par cœur. Je t'envie le regard neuf que tu poseras sur cet ici et maintenant qui seront pour toi premiers. Que verras-tu ? Je ferme les yeux très fort, puis les rouvre.
La maison de pierre douce et lisse, claire comme du nougat, s'abrite au bord de l'eau sous des saules et bouleaux alanguis qui traînent dans le courant paresseux des branches molles, abandonnées. L'œil un peu reposé et qui veut bien guetter suit sans effort le manège miniature des insectes. Sans cesser jamais, décollent puis se reposent de fluettes demoiselles aux ailes teintées de bleu, que la faim taraude mais que bien vite la chaleur de quatorze heures rabat, assommées, sur une feuille tendre entre deux taches de soleil. Elles décollent et se reposent, plus bas, un peu plus bas encore, et leurs tulles palpitent au petit vent frais que l'ondoiement du ruisseau déploie sur quelques centimètres, comme soulevant la couette estivale à grand peine pour tenter de respirer. Le péril est grand à s'approcher si près ...
Au centre de la cour, le puits condamné, de pierre blanche brique rouge et bois, chaulé de si frais qu'il fait plisser les yeux, draine et oriente, phare miniature, toute la foule dense et ouvrieuse des butineurs. Autour de lui leur vol ordonné épouse les volutes ascendantes, les courants invisibles, ici chaud, là frais, aspirant, repoussant ...
J'ai fixé sur ton GPS un point de guidage. Tu seras là ce soir. Je t'espère et te devine, je t'anticipe. Je te prendrai la main, la bouche, et les seins, puis nous irons visiter et habiter pièce après pièce ; elles atteindront dans tes chuchotements, tes éclats de rire et de voix, à une dimension qu'elles attendent depuis toujours, et leur couleur nouvelle sera fixée, accrochée aux murs en lieu et place des tentures immuables qui les habillent, pas de retour en arrière possible.
Je frissonne sous la brise chaude.
Je me lève.
Une dernière fois je visite cette maison qui n'est qu'à moi.
Le grenier ... la cuisine ... la chambre ...
Je t'attends, t'espère et te crains. Désir qui se rêve, inassouvi et toujours renouvelé.

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Les âmes frileuses

Publié le par Mariléti

Elles sont partout, ce sont les anxieux, les inquiets, les timides, les sourires pas convaincus, les visages adultes avec un regard d'enfant.
Tout petits, difficile de choisir des chaussures : celles ci sont-elles trop grandes ou trop petites ? elles serrent un peu, mais c'est peut-être normal ? et cet espace entre le pouce et le bout de la chaussure, il est plus confortable d'être ainsi, non ? non ?
et puis, grandissant, les choix, toujours délicats, deviennent de plus en plus déterminants, le mot "crucial" s'insinue.... choisir des études, choisir une université, un métier, un compagnon... un doute persiste, la recherche du confort total pollue finalement le bien être ordinaire espeéré. Cela sans doute accompagne les difficultés quotidiennes à se laisser aller, à s'abandonner. Le doute est toujours là, à vriller le cerveau, petite note qui oscille en puissance, parfois couverte par des fanfares triomphantes, un bonheur soudain, une tristesse intense. Et au bout de plusieurs années, ce doute-là se porte sur tout, sur lui même, sur son hôte : en fait c'est quoi être heureux ? Si on se pose la question, est-ce qu'on peut l'être ? ils se rappellent dans un bouquin de Sartre cette femme perpétuellement en quête de l' "instant parfait", et finissant par abandonner.
Etre heureux, ça se travaille.  C'est un abandon, un refus de résister, c'est cesser de chercher mieux parce que bien c'est déjà le bonheur .... mais bien sûr, mais ils le savent aussi, mais c'est comme comprendre celui qui croit en Dieu, l'envier, et ne pas avoir la foi. Combien d'années de thérapie pour comprendre d'où vient ce doute, et pour le détruire ? thérapie, travail sur soi, mâturation, qu'importe, mais combien d'années ??
Ces êtres-là sont peut-être simplement lucides ? non ? ou extraordinairement égoïstes, à toujours se contempler, se passer au peigne fin "suis-je heureux" ? faut-il les plaindre, les secouer ? faut-il les aimer ? le meritent-ils ?

Publié dans Humeur du jour

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Deux heures à tuer

Publié le par Marie-Laetitia

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Deux heures à tuer, deux heures offertes. Je me suis encore trompée dans l’horaire de mon rendez-vous avec mon psy, et me voici contrainte de mettre à profit du temps qui ne m’était pas dévolu. Je fais un tour chez le libraire voisin et m’installe à une terrasse de café.
Il est 9 h 30.
Des habitués sirotent leur consommation à quelques tables de moi. Ils sont bruyants, plaisantent avec les serveurs, s'installent, occupent l'espace sonore. Je les envie encore, je les enviais déjà lorsque j’étais étudiante, j’aurais tant aimé être de ceux et celles qu’on salue à leur entrée d’un geste de la main et d’un grand sourire, à qui l’on demande par-dessus le brouhaha « comme d’habitude ? » et qui acquiescent d’un signe de tête autoritaire avant d’aller s’asseoir à leur table. Mais je n’étais pas de ceux-là. Je ne possédais pas cette sorte de charisme qui rend immédiatement sympathique, cette faconde qui délie les langues et attire les rires et les anecdotes. Je me croyais ou me voulais sauvage, et sans doute l’étais-je ; persuadée d’être pour ainsi dire mariée je me désintéressais de toutes les tentatives de communication de la part de la gent masculine et décourageais les importuns par l’un de ces regards noirs que m’a légués ma mère et dont j’ai, parfois, fait moi aussi les frais, adolescente. Des yeux marron foncé virant au noir sous la colère, oh je connaissais bien l’effet qu’ils savaient produire. Je me rencognais derrière un livre et la fumée d’une cigarette, j’étais la ténébreuse, la mystérieuse, ou j’y jouais.
Las, je ne suis plus aujourd’hui que l’anonyme ! De quelle utilité me serait le serveur si je devais impérativement fournir un alibi ? Aucune je le crains. Je suis devenue transparente.
Ma foi, cela n’est pas sans avantages, le serveur qui s’affaire autour de moi à retourner les tables et installer les parasols ne s’occupe que de ne pas me bousculer.
A quelques mètres de moi, le carrousel 1900 se défroisse et se dégrippe, les enfants attendent déjà. Les mères sont sagement alignées en rond.
Je m’y revois, moi, tenant la petite main de mon aînée, c’était doux, on patientait, on espérait que le monsieur du « manèz » ne tanguerait pas trop ce matin et ouvrirait à l’heure. Est-il encore là ? Oui je l’aperçois. Il semble sobre, le pas est sûr, le teint bronzé n’est pas coloré de ce rose caractéristique des alcooliques qu’il arborait alors dès l’aube. Peut-être est-il guéri, si l’on peut guérir de ça.
Je souris, les tout petits s’agrippent aux rampes des chevaux de bois, au volant de la voiture de pompier ou du biplan, ils trépignent.
Voilà, la sonnerie retentit et la vaste machinerie s’ébranle.
Tout près, une jeune adolescente papote en regardant – est-ce de la nostalgie ? – le manège en mouvement : « ouais …. T’es où ? …. Ouais au manège, ben je t’attends quoi ! … ok mais dépêche-toi ». Ca ne doit pas faire si longtemps qu’elle n’y monte plus.
Une maman de trois croise mon regard, je lui souris, je ne la connais pas mais je me retrouve dans son regard fatigué, dans ce bonheur parfois un peu las, elle promène derrière elle deux petites filles proprettes et bien coiffées et son cadet qui dévore un pied nu dans sa poussette est d’une beauté qui fait se retourner les gens. Elle est fière.
Un enfant pleure : le tour de manège est fini, il faut descendre, papa ou maman a d’autres choses à faire et le tour octroyé était déjà une concession, mais que comprennent les tout petites filles aux concessions ? « Acooooooor mamaaaaaaan ». Mais la mère ne cède pas, attrape fermement la petite main de sa presque encore bébé et tire un peu, l’enfant cède, voilà, c’est ça aussi une concession.
Derrière moi la circulation se fait moins dense.
Les habitués ont rejoint leurs lieux de travail.
Le serveur est rentré.
Je suis seule à présent. Deux heures. On aurait pu me les voler, je me les suis offertes.  

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Doudous et blues du retour

Publié le par Hemipresente

On les a accompagnées en TER jusuqu'à Montparnasse. C'était bondé. Elles se sont assises à côté d'une petite vieille à qui Elsa a fait la conversation, bon gré mal gré, pendant tout le voyage, commentant tout du paysage aux gares passées, et racontant sa vie menue et dense avec enthousiasme. La petite mamie était sous le charme. Forcément, qui peut résister à Zazou ? 

Le viking n'a pas trouvé à s'asseoir. Moi j'étais à côté d'une dame flanquée d'un bouquet de fleurs deux fois trop grand pour elle et dont j'ai profité tout le voyage. En face, un monsieur dormait d'un sommeil paisible. J'envie ceux qui peuvent s'octroyer ainsi dix minutes de repos au milieu de la cohue des grands départs. 

 

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C'est passé vite finalement, dans des parfums de lys et de roses, ce qui me changeait pas mal des relents d'aisselles qu'on respire trop souvent dans les transports en commun. On s'est faufilé dns la gare, ma doué le monde qu'il y avait, on a retrouvé les grands-parents quelque peu hébétés, on n'avait pas beaucoup de temps devant nous, juste celui de faire de gros bisous, d'aller en urgence acheter du dafalgan pédiatrique "parce qu'on ne sait jamais", de composter les billets, de faire les dernières recommandations "soyez bien sages, obéissez à Papi et Mamie, amusez-vous bien, écrivez-nous un peu" .... et puis c'était déjà l'heure de se quitter. 

Au retour, j'étais assise en face d'un immense monsieur aux longs pieds emmanchés de jambes interminables et nous avons eu bien du mal à trouver comment faire cohabiter nos quatre membres sans jamais qu'ils ne se touchent... Je m'en fichais un peu, j'avais la tête ailleurs, les yeux perdus dans ce vide où nous fait tomber le défilement du paysage. Je pensais à tout autre chose, à la reprise prochaine du boulot, à l'endroit où je vais atterrir, et qui m'est encore inconnu, à ce chemin que je referai bientôt quotidiennement.

A la maison, les chambres étaient bien vides. Enfin vides .... parsemées avec art d'un bordel savamment éparpillé.

Les doudous laissés de côté faisaient triste mine : seuls les préférés entre les préférés sont partis dans la valise. Winnie, Porcinet, Tigrou (oui nous sommes sponsorisés par Disney), Pinp2 (Pinpin est parti, lui qui a « les deux yeux qu’est content »), les mange-cauchemars (nounours géants devant lesquels aucun ne peut résister), Poupée (on n’est pas toujours original quand on baptise à trois ans), Vanille, Chérie, … ça semblait presque tout triste ce petit monde qui ne sera pas dérangé pendant deux semaines.


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Elles ne sont plus immortelles ...

Publié le par Mariléti

Horloge

 

« Quand on est mort, c’est pour toute la vie ? »

Ma cadette vient de comprendre le concept de mort. Elle a cinq ans.

Elle ne m’a pas demandé ce qu’il y a « après », et j’aurais été bien ennuyée puisque je crois, basiquement, que poussière nous retournons à la poussière, et que j’avoue bien volontiers que ça n’a rien de rassurant. 

Bien sûr, des petites camarades parlent de leur papi ou leur mamie qui est parti « au paradis » mais je suis dans l’impossibilité de leur en dresser un tableau même rêvé : je n’en rêve pas.

Que faut-il répondre à nos enfants lorsque ces angoisses là se montrent ? Que puis-je dire à mes filles ?

Je veux bien leur laisser leurs rêves, si elles en ont, c’est le moins que je puisse faire, mais pas entretenir ce qui n’est pour moi qu’un amas d’illusions bon à entretenir le péquin dans son mal être dans l’espoir d’une vie meilleure mais … plus tard.

Moi je veux du bonheur maintenant, tout de suite, parce qu’il n’y a pas d’après.

Alors voilà, maintenant que mes filles ne sont plus immortelles (ça arrive lorsqu’on ne fait pas attention) il va falloir qu’elles apprennent à vivre avec. Pas simple.

 

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Nettoyage de printemps.

Publié le par Marie-Laetitia

Nettoyage de printemps

 

Il suffit d’une invitation d’une copine pour que hop, ma grande fille décide de lancer le grand nettoyage de printemps de la cabane du jardin.
Elles s’y sont mises à trois, et que je te sors tout dans le jardin, et que je mets à la poubelle ce qui doit y aller, et que je te sors la brosse et la pelle pour nettoyer … j’étais enchantée moi, l’idée ne leur serait jamais venue autrement ! 
Tout allait bien jusqu’à ce hurlement détriplé : « AAaaaaaaaaaah Mamaaaaaaaaan y’a plein d’araignéééééééééées ! ».
Pour être honnête, je m’y attendais ; une cabane c’est un abri de rêve loin de la pluie, une douilletterie au cœur de l’hiver, et puis livrée quand même aux quatre vents par la fente réglementaire sous la porte, pourvoyeuse d’insectes occasionnels, juste ce qu’il fallait pour passer la mauvaise saison… mais je ne pensais pas qu’on m’appellerait à l’aide, elles le savent pourtant que je suis phobique au dernier degré mes princesses. J'ai tenté de faire le mort mais ...
Il m’a fallu six mains pour prendre mon courage. Armée d’une tatane et d’un aspirateur, cheveux noués serré – tout le monde sait que les araignées c’est comme les chauves-souris, ça adore se coller dans les cheveux - je me suis introduite dans le petit espace, parfaitement consciente du fait que je ne pourrais en cas d’attaque ou de chute ou de fuite me carapater en urgence. La cabane en question je ne peux en effet m’y tenir debout qu’en son milieu et le dos voûté, et m’y étendre qu’en diagonale, c’est au format minipouces. Pour y entrer, je dois me plier en deux. Toute fuite éperdue était donc exclue, j’étais coincée avec les bêtes : Fort Boyard à côté c’était de la gnognote.
Une fois coincée à l’intérieur, j’ai regardé autour de moi, trois cent soixante degrés d’horreur : il y en avait, en effet, partout.
Des frêles et longues, aspirées démembrées slurpées dans le mini aspirateur, des petites espouties(*) sous la chaussure dans un spasme de l’estomac, et puis, et puis, forcément, des grosses ventrues, de celles dont je ne me débarrasse en principe qu’armée du bras de monsieur.
Ce fut atroce.
J’ai éradiqué les yeux mi clos, écrasant dans des giclements poilus les importunes, poursuivant celles qui cherchaient refuge dans l’un des moult recoins, je me suis même surprise à les vilipender de « pchittttt pchiiiit » à l’évidence tout à fait inutiles.
J’ai vaincu.
Il fallait bien.
Ma phobie me demanderez-vous, s’en est-elle trouvée réduite à néant ? Ca aurait pu, en effet, être le déclencheur, l’événement, le fait glorieux qui remet les pendules à l’heure : les petites bêtes ne mangent pas les grosses, elles ont plus peur que moi, etc. Je crains hélas que ma peur ancestrale (c’est qu’elle remonte à quelques générations) n’ait gardé le dessus : à l’heure où je vous écris je sors de ma douche et j’ai brûlé mes vêtements.

 

(*) je pense que c'est un mot familial.

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"Ca, c'est Mozart !"

Publié le par Hemipresente

http://www.ec-vilar.ac-aix-marseille.fr/spip/IMG/jpg/Mozart.jpg

 

Un mien ami, grand, très grand amateur de Mozart et très bon père de famille, fait régulièrement découvrir à sa Camille de fille les oeuvres majeures du répertoire classique, lui énonçant systématiquement le compositeur, et le nom de l'oeuvre "ça tu vois ma chérie, c'est Mozart, c'est le Requiem" "Ca tu vois ma chérie c'est ..." il faut bien l’avouer, et il y sacrifie, Mozart étant « le plus grand » revient souvent ! Le Mimillon est âgé de 2 ans à peine, mais il n'y a pas d'âge pour apprendre n’est ce pas ? Le jour de la fête de la musique arrive, la demoiselle est dans sa poussette, sucette en bouche, chapeau rose en velours milleraies vissé sur la tête, doudou en main, ses petons joliment dodus enserrés dans des chaussettes semblant trop petites dépassent de ses sandales, elle est adorable et très sage. Il fait beau, et la musique semble partout attirante et douce. Les parents déambulent entre les musiciens et groupes improvisés, et au gré de leur promenade, tombent sur le grand orchestre de Radio France. Les passants s'arrêtent tous pour écouter, s'asseyent ici et là, cessent de baguenauder et se laissent gagner par la mélodie puissante, les cordes, les cuivres, se répondeant, les motifs entremêlés se rejoignant pour se séparer, on est là dans du beau, du très beau ; le chef d’orchestre est habité, transcendé par la musique. Camille ouvre tout grand ses oreilles et son âme, concentrée à l’extrême, tétant dans une succion furieuse sa sucette rose. Dix minutes s’écoulent ainsi ; absorbée, fascinée par les gesticulations du petit bonhomme en queue de pie, émerveillée par le timbre des instruments, elle tète, elle tète, puis tout à trac sort la sucette de sa bouche et à la stupéfaction des auditeurs présents énonce fort et clair, et avec une parfaite exactitude malgré son sseveu sur la langue un "Ca, c'est Mozart !" qui fait même se retourner les musiciens. Fier le papa ? Il avoue avoir tenté d’éduquer l’oreille de sa fille à d’autres grands mais désespère de lui faire pour l’instant distinguer Brahms de Rachmaninov. Camille a aujourd’hui cinq ans …

Publié dans Tendresses

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Petit Lapin suit son nez

Publié le par Marie-Laetitia


« - Et moi maman, pourquoi je n’suis pas mon nez ?
- Ca t’arrive mon cœur.
- Quand ? »


Lorsque tu passes tout près de la lavande qui déborde sur l’allée et que ton épaule menue s’y frotte, faisant presque apparaître un nuage de son parfum piquant et mauve aussi impalpable et pourtant perceptible et présent qu’un génie sortant de sa lampe, lorsque le regard et les narines attirés par le massif, tu tournes la tête, tout enivrée, et ne peux retenir ta main qui caresse les fleurs naissantes et les bourgeons… tu suis ton nez. 

Lorsque tu débaroules, le sourcil haut et l’air de ne pas y toucher, dans la cuisine close à l’atmosphère un peu confinée d’où montent à ta chambre malgré la hotte les effluves de compote bloubloutant à fond de casserole, que tu tires ton petit tabouret sous le bar pour te hisser à bonne hauteur et contempler ce qui se mijote, sans mot dire, tes yeux qui pétillent d’impatience et de fringale contenue quémandant la cuillère en bois que je vais bientôt te tendre, soufflant bien fort dessus, la main gauche placée en coupe prête à recueillir la précieuse goutte des gourmandes qui ne manquera pas de choir … tu suis ton nez. 

Lorsque tu plonges les doigts et la bouche en bisou dans les poils de ventre du chat abandonné pattes en l’air dans cette position torsadée qu’il affectionne, sa bedaine grassouillette chauffée par le rai de soleil qu’il envahit laissant apparaître ça et là dans la fourrure noire moins dense et duveteuse les tétounes inutiles de mâle dans des touffes blanches, que tu t’étourdis de son ronronnement conquis et t’en relèves l’œil mi-clos, le sourire bienheureux en t’exclamant « il sent le nounours ! » … tu suis ton nez.




Publié dans En douceur

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Du temps qui passe

Publié le par Marie-Laetitia

Lady Chatterley c'était quand même vachement plus cochon quand j'avais treize ans.

Publié dans Quand j'étais

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Soeurs tendres

Publié le par Marie-Laetitia

Elles sont à table, la petite table réservée, guéridon en marbre blanc veiné de gris qui les accueille au petit déjeuner et sur lequel certains soirs nous les faisons dîner lorsque nous sommes trop fatigués, trop las, pour avoir faim. Elles aiment cet espace qui n'est qu'à elles, et ce moment partagé, et si les repas familiaux à "la grande table" sont tout aussi appréciés, je sais que ces dînettes entre soeurs les ravissent. Elles s'attablent avec appétit, s'enquièrent de la composition du repas, s'installent sur leurs chaises bien hautes, elles devisent gaiement, la grande raconte sa journée et la petite essaie de temps en temps de placer un mot lorsque sa soeur reprend son souffle ... Je garnis les assiettes. Elles sont diversement accueillies et selon le menu je sais que je devrai parfois rester tout près pour stimuler, encourager, inciter, sans forcer mais pour pallier l'étourderie qui souvent les saisit, dans le feu de la conversation si le repas proposé n'est pas tout à fait au goût de leur gourmandise. La grande parle, parle, parle ... Les heures d'école sont déroulées en mots, nous apprenons dans cette volubile exubérance développée pour sa seule petite soeur tous les petits ou grands événements de sa journée : disputes, jeux, chutes, amours nouvelles et amours perdues, punitions, faits d'armes ... La petite, en adoration, n'en oublie pas pour autant de regarnir régulièrement sa fourchette., et bien vite son assiette est vide. Concentrée, tendue vers son aînée qui bavarde entre deux bouchées, elle tortille paisiblement ses petits pieds, que le plus souvent elle n'a pas trouvé le temps de chausser ; elle les monte, contre un mollet, les tourne et retourne, caresse l'un contre l'autre, les redescend, croise enfin ceux de sa soeur. L'aînée tout absorbée dans son discours haletant, laisse à son tour palpiter son excitation et son enthousiasme, et au bout de sa jambe jamais en repos, ses orteils rencontrent ceux de sa cadette. Les petons qui se sont trouvés s'unissent l'un à l'autre, s'appuient, se palpent, s'entrecroisent, machinalement, pour finalement ne plus bouger. "Je suis là, tu es là". Pendant quelques minutes, se retrouver, se raconter, être bien ensemble, presque seules au monde, paisibles, entourées, aimées, seules à elles-mêmes, pour quelques instants encore.
Voilà, l'assiette est terminée, les jambes se délient, le fromage sur une belle tranche de pain, puis le fruit. Vives, rieuses, elles quittent la table en fuyant mes bras qui s'avancent, menaçants, haut par-dessus ma tête, doigts bien écartés, pour les cueillir et les chatouiller jusqu'à plus soif, volée de piafs hurlants éparpillée devant mes pas. 

Publié dans En douceur

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