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Le soir

Publié le par Hemipresente

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Asseyons-nous côte à côte, nos souffles à l’unisson, sur la mousse tiède et jaunie. Le soleil descendra bientôt derrière la grange, disque, croissant, rai rouge qui s’éteint, obscurité montante. Nos pupilles s’accoutumeront à la nuit qui se tend.

Les constellations d'août, que tu découvres avec ravissement, et quelques étoiles filantes, éclats de voix parmi les murmures, transperceront bientôt tout-à-fait les ténèbres.

 Nous verrons apparaître les bêtes que nos peurs oublient le jour, l’ombre difforme d’une araignée en équilibre sur le fil du muret, le vol éreinté d’une chauve-souris qui semble se hisser à chaque battement d’ailes puis retomber abattue, nageuse exsangue, en zigzags erratiques.

C’est alors seulement, avec beaucoup de chance, humbles et transparentes, figées, ne respirant que par la bouche, que nous pourrons apercevoir très loin à l’orée des bosquets communaux la biche dont je te parlais hier, avec ses deux faons, tu sais ? Cette grâce inquiète qui la fait se mouvoir si souplement émeut tant nos regards que toute la nature autour semble se resserrer sur elle.

Lorsqu’elle sera repartie, désaltérée ou effrayée par nos bruits domestiques – la ville est proche – nos yeux obnubilés n’auront pas perçu la nuit se refermant sur nous. Nous aurons froid comme après un rêve.

Je prendrai ta petite main dans la mienne pour que tu n’aies pas peur. Nous rentrerons, chuchotant à peine, le pas léger étouffé par les herbes que je tarde à couper, fendant les chants des criquets qui se taisent puis reprennent après nous.

Publié dans En douceur

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Elle ira manger chez sa mère, je prends les paris.

Publié le par Hemipresente

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Hier, j’avais rendez-vous avec mon neurologue. 

Je quittai donc, guillerette n’exagérons rien, mais déterminée, mon domicile, une heure et quelque avant l’heure dite. C’est que j’habite à plusieurs kilomètres de chez lui et que, restant désespérément dépourvue de permis de conduire, il me faut, par souci de légalité et pour préserver mes concitoyens, recourir à d’autres moyens de transport que la voiture. Le train en somme. 

Tout était bien prévu : j’avais regardé les horaires d’été en journée, j’avais préparé une bouteille d’eau bien fraîche (que j’ai bien entendu oubliée), ma carte SNCF était bien dans mon nouveau sac, lequel j’arborais fièrement (il est drôlement joli), je m’étais donné vingt minutes pour parcourir les huit cents mètres me séparant de la gare (c’est que je suis devenue un peu lente), bref j’avais pensé à tout. Pour une fois, je croyais même avoir un peu d’argent sur moi ! 

C’est donc avec une certaine avance que j’arrivai à la gare. Quelle ne fut pas ma surprise – là je ménage mon effet pour créer un minimum de suspense – lorsque le train s’annonça cinq bonnes minutes plus tôt que prévu. « Bah » me dis-je « avec les horaires d’été, j’ai drôlement bien fait de partir tôt ». Ravie de ma prévoyance, je me fendis d’un SMS à mon époux.

Entre ma gare de départ et ma gare d’arrivée, le train met une petite dizaine de minutes. Etant partie une heure dix à l’avance, je me prévoyais un délai confortable pour parcourir, à destination, le kilomètre et demi me séparant de chez le neuro. J’envisageais même de prendre le temps de me payer à moi-même un petit Perrier rondelle avant que d’entreprendre ce périple pédestre, qui me prendrait bien une bonne trentaine de minutes. 

Le temps passa, comme il a l’habitude de faire lorsqu’on est entre deux destinations. Je m’étais installée confortablement et clavardais paisiblement avec mon époux que sans doute mon babillage agaçait au travail, mais il avait la gentillesse de me répondre.

Derrière moi, hors de portée de mon regard mais pas de mes oreilles, un couple se chicanait gentiment. Elle « Mon amour, je n’ai pas très envie d’aller chez ta mère ce week end ». Lui  « oh s’il te plaît, elle va nous préparer mon plat préféré, c’est gentil » Elle « Elle te prépare toujours ton plat préféré … » Lui « eh bien c’est parce qu’elle est toujours gentille ! ». Il doit sans doute lui sourire. Elle l’embrasse. Oh ces deux-là n’en sont qu’au commencement de leur aventure humaine …

Curieuse, je suis tendue dans l’écoute. De dos par rapport à eux, je n’ai pas à détourner le regard pour éviter de les voir se bécoter : ma position est idéale. Je poursuis mon observation méticuleuse, je me retourne même une seconde pour fixer leurs visages dans ma mémoire : le goût du détail me donne toutes les audaces.

Dans ce mouvement rapide de la tête, un détail me happe en dehors du train : ces aiguillages que j’ai sentis, ce changement de voie … corrélés à cette maison que mon œil vient furtivement d’apercevoir … Bon Dieu ! Mais ce con de train ne s’arrête pas ! Je regarde l’heure : nous sommes partis depuis douze minutes, et il est allé à un bon rythme, pas de retard à annoncer, pas d’arrêt en pleine voie. Ne croyez pas que la lumière se fit alors dans mon esprit, non, je pris d’abord le temps de me plaindre par SMS à mon époux. Il fut chaleureusement magnanime : il ne rit pas. Mais il souligna que, peut être, l’avance annoncée n’était pas celle que j’avais crue … Avais-je pris le bon …. ?

Pour vous la faire courte : ben oui, je me suis plantée. J’ai pris le seul direct Paris de toute l’après-midi, qui passait huit minutes avant le train que je visais. Mais comme, précautionneuse plus que de raison, j’étais arrivée en avance à la gare …. Je me suis donc retrouvée, sans titre de transport qui plus est, au terminus, il m’a fallu courir pour m’acheter un billet – je parie ma chemise que si je ne l’eusse pas fait les contrôleurs seraient passés - puis courir pour reprendre le même train qui repartait dans l’autre sens, non sans avoir emmerdé trois voyageurs et un chef de quai quant à sa destination et à ses arrêts (courir, le mot est un peu fort, mais je me suis hâtée horizontalement). J’ai fini par arriver, suante et puante, une heure en retard chez le neuro, qui, averti téléphoniquement, a fort aimablement accepté de me prendre malgré tout, et, plus appréciable encore, n’a fait qu’esquisser un sourire à l’énoncé pourtant laconique de ma méprise.

Au sortir du rendez-vous, mon époux est venu me chercher à la gare, je n’étais pas précisément sur son chemin de retour à la maison, mais il a dû penser que j’en avais assez pour aujourd’hui. Merci à lui. Tacitement, nous avons choisi de ne pas évoquer l'incident.

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Tim tim tam

Publié le par Hemipresente

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Le ciel s’étouffe, bleuit. L’air alourdi se fend comme une pâte et se referme de même, poussant sur toute chose. Il cloue les insectes au sol, éreinte les arbres. Ecrasés sous leur poids, les nuages cèdent enfin. Une goutte chasse l’autre. Le crissement agaçant des essuie-glaces : il faudra changer ce balai. Devant et après moi la route s’efface. Ca tambourine à mille doigts sur la tôle. Les marques blanches s'estompent,  la voiture s’agrippe au torrent crépitant, la route se hérisse. Avec l'espace, le temps disparaît. Entre rien et rien on est au milieu de nulle part, à peine si on se sent avancer, bercé, noyé, en bulle. Le soleil devient une idée ! Il lui faudrait trop d'énergie pour trouer ça.

Publié dans En douceur

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Tout de vous ...

Publié le par Hemipresente

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La nuit, lorsque vous n'êtes pas là, je dors profondément. Il y a quelques années, en votre absence il m'arrivait d'entendre, pas de croire entendre, non d'entendre vraiment des pleurs de bébé, et d'être obligée de me lever pour aller voir. J'inspectais vos chambres, osant à peine allumer la lumière. Mon cerveau est un traître.
Aujourd'hui, alors que vous avez grandi, je dors, tout simplement. Mais le soir, avant d'aller me coucher, je vais fermer les volets de vos chambres, et, en cachette du Viking, j'hume vos oreillers, vos nounours abandonnés - vous ne pouvez pas tous les emporter avec vous ! et je retrouve votre odeur. Je profite souvent de votre absence pour laver vos draps, les taies d'oreillers et les oreillers eux-mêmes, parfois les couettes, mais je le fais tardivement, car cela me prive de mon snif du soir...
Je dors. Mes rêves, je les voudrais peuplés de vous, mais on ne commande pas à ses songes. Je suis paisible, je vous sais entre de bonnes mains, avec vos grands-parents. Non, les rêves inquiets de vous je les fais plutôt lorsque je vous sais à côté, lorsque mon sommeil pâtit de cette semi-veille attentive que votre présence m'impose, nécessairement.
Et vous ? La phrase chaque soir prononcée, "on se retrouve dans nos rêves", est-elle suivie d'effets lorsque vous êtes si loin ? Vous me manquez. Tout de vous me manque. Votre odeur plane encore dans vos chambres, mais vos voix, vos rires flûtés qui s'achèvent dans un râle, vos fous-rires complices, vos disputes même, votre complicité pour danser, pour chanter, vos deux voix qui se mêlent, tout de vous me manque.

Publié dans Amours

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Banque du secret

Publié le par Hemipresente

« - Banque du Secret, Dominique Leroy j’écoute ?
- Bonjour Madame, je souhaiterais prendre un rendez-vous pour une demande de prêt hypothécaire sur secret.

- Oui bien sûr, c’est pour quel type de secret ?
- Oh … Euh ... J’aurais aimé en parler directement à un Conseiller …
- Ah mais chère madame pour pouvoir vous orienter au mieux je dois connaître au moins le type de secret, vous voyez, juste la Classe : A « Famille », B « Professionnel », C « Bancaire » (on fait le bancaire depuis très peu de temps, vous comprenez il a fallu qu’on se protège et c’était difficile à mettre en place bien sûr), D – « Vie intime » (c’est nos anciennes formules Adultère et Santé qu’on a fusionnées : on couvre aujourd’hui aussi bien les maladies cachées que les homosexualités non révélées, les infidélités … ), et puis E le plus rare : « Défense - Sécurité Nationale » …
- Ah bon je comprends. Eh bien écoutez c’est du bête secret de famille, du A basique hein.
- Ne soyez pas défaitiste, ce peut être très bien un Famille. D’ailleurs il y a trois sous-catégories dont deux sont vraiment très intéressantes, vous verrez ça avec le Conseiller.
- Vous êtes gentille …
- Encore deux petites questions en vue de la constitution de votre dossier, si vous le permettez ?
- Oui bien sûr, je vous en prie.
- Alors avant tout est-ce que ce sont des secrets récents ?
- Alors il y en a un qui a une petite trentaine d’années, mais je n’ai pas le monopole hélas
- Mmmh oui je note … Combien de secrets en tout ?
- Ca fera trois
- Aucun n'est posthume ? Non je vous demande ça, c'est bien les posthumes mais ça demande un investissement supérieur ...
- Non non aucun.
- Bien je vous écoute pour les deux autres alors ...
- Le deuxième alors celui-là il est plus récent mais il est meilleur parce que je suis la seule à le connaître, il a quand même une petite quinzaine, et il implique quand même trois personnes. Et puis le troisième eh bien celui qui me l’a confié est en pleine santé mais l’autre personne concernée est maintenant très âgée.
- Eh bien je peux déjà vous dire que vous avez de très bons éléments ! Je regarde les disponibilités de nos conseillers « Famille » je vous mets en attente ?
- OK »

Vivaldi sans surprise. Les secondes passent.

« - Allô ? Alors j’ai un créneau qui s'est libéré en soirée avec un de nos meilleurs conseillers, vous avez de la chance, est-ce que ça pourrait vous convenir ?
- Ce serait parfait !
- Quel nom dois-je noter ? Pseudonyme ?
- Oh non je ne crois pas que ce sera nécessaire. Madame Riga.
- Alors, Madame Riga.... Vous n'avez pas encore de dossier chez nous ?
- Non
- Bien je prépare tout ça. Apportez-nous une pièce d'identité et un certificat de moralité, une photo ... qu'est ce que j'oublie ... un chèque pour la constitution du dossier qui sera déposé sur compte bloqué ... Voilà, vous avez tout noté ?
- Oui oui, j'avais déjà la liste.
- Donc nous vous attendons pour … 19 heures si cela vous convient ? Vous verrez Monsieur Armand qui vous consacrera une heure et vous expliquera en détail les modalités de valorisation de vos secrets.
- Merci beaucoup.
- Je vous souhaite une agréable fin de journée Madame Riga.
- Pareillement, au revoir
- Au revoir »

Publié dans N'importe quoitude

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Ce midi c'est tartiflette

Publié le par Hemipresente

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Parce que bon, faut pas se laisser abattre. Et comme dirait mon frangin "le gras, c'est la vie".

On pèle les patates, parce qu'on n'a pas envie de se brûler les doigts à les peler une fois cuites (mais pour être puriste il faudrait les peler chaudes une fois cuites ... Ta ta ta, c'est bon aussi), et on les met à cuire à gros bouillons dans un grand récipient, avec un peu de sel.

Une fois cuites mais pas trop (vous savez bien : on peut enfoncer le couteau mais il y a encore une petite résistance), on les égoute et on les coupe en tranches qu'on dispose dans un plat.

Pendant la cuisson des patates, on aura pris soin de cuire ensemble des lardons (300 g) et des oignons (4 ou 5) émincés. On va maintenant les répartir sur nos pommes de terre. Pendant ce temps, on aura allumé le four sur 220 degrés.

Notre four ayant bien chauffé, on gratte la croûte du reblochon puis on le découpe en deux dans le sens de l'épaisseur, et on le pose délicatement par dessus nos patates - oignons - lardons. On enfourne  pendant vingt à trente minutes. Le reblochon va se répartir mollement entre les pommes de terre, s'amalgamant au passage aux oignons et aux lardons, ça sera un délice.

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Dentiste

Publié le par Hemipresente

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Mercredi, nous sommes allées faire arracher une dent à Mathilde.
Cette enfant a en effet une tendance très nette à vouloir développer une double dentition, et sa propension à ne pas vouloir laisser partir ses dents de lait même lorsque les définitives frappent au portillon "oh eh je suis là tu te casses maintenant tu as fait ton temps" m'inciterait presque à lui faire faire une psychothérapie tant elle est poussée jusqu'à l'extrême. Pour vous situer, grosso modo, depuis qu'elle est en âge d'avoir des dents qui bougent, c'est à dire depuis deux bonnes années, vu qu'elle tire déjà sur ses neuf ans -mon bébé ! snif - on a dû en voir tomber naturellement allez .. je compte .... une ! Chaque poussée dentaire est donc un drame, qui se noue à la maison et se dénoue après force pleurs chez le dentiste.
Et j'ai beau tenter de dédramatiser, je ne suis pas pleinement crédible.
Pourquoi ?
Parce que j'ai moi même des souvenirs pas émus du tout de mes passages chez le bouch... chez l'arrach... chez le dentiste quand j'étais môme ? Pensez donc, j'adorais ça, et j'y allais le coeur léger - ce saligaud soignait à vif et il fallait rester stoïque, je crois que c'était le pire dans la torture.
Parce que dès que je pénètre dans l'arrière boutique de l'un d'eux rien que l'odeur me fait hérisser le poil ? Que nenni, ces exhalaisons de bouches et de pansements aux relents d'éther me ravissent.
Parce que les bruits que l'on perçoit, à peine étouffés, depuis la salle d'attente me tétanisent ? Absolument pas. Et d'ailleurs à aucun moment je n'imagine le pauvre être sentant et souffrant dont je me sens si proche cloué à son siège qu'il étreint à pleines poignes, et jamais ô grand jamais je ne crois l'entendre gémir.
Parce que je n'y vais qu'à reculons et ne me laisse soigner qu'après un endormissement quasi total de la bouche ? Affolument fffa. Ve ne feux laiffer dvire une felle fove.

Pour toutes ces raisons à la fois ? Non il y a pire.

Alors bien sûr, avec toutes mes angoisses personnelles lorsque je l'accompagne, je dois prendre sur moi et je ne suis pas toujours certaine de lui être d'un grand secours. Je lui dis toujours, sourcils froncés mais bouche souriante, sérieuse et appliquée, que tout va bien se passer, et qu'elle n'aura pas mal, que les dentistes ne font pas mal, qu'ils sont là pour soigner et c'est tout. Ca a marché les premières fois. Si si.

Enfin jusqu'à ce qu'un auguste con lui arrache sans m'avertir une dent qui bougeait vraiment trop peu ... sans l'anesthésier. Eh si, ça existe.

Mercredi donc, elle est absolument terrorisée lorsque nous pénétrons dans le cabinet. J'explique au monsieur en blouse verte la raison de son effroi manifeste, et c'est à son tour de froncer les sourcils. Ah, l'espoir dans le genre humain renaît. Il fait asseoir ma grande "on va juste regarder". "On va juste regarder hein ?" demande-t-elle. "Mais oui". Elle suit le moindre de ses gestes des yeux, et c'est un regard de petite bête traquée qu'elle me jette, pourtant vaillante, dans un pauvre sourire. "Bon eh bien Mathilde je crois que ce ne sera pas pour cette fois. Il va falloir attendre qu'elle pousse un peu plus pour arracher la dent de lait. Si je l'arrache maintenant, la place va rester libre et les dents de derrière vont s'empresser d'avancer pour la prendre. Alors que si on attend un peu, ta dent définitive va pointer son nez assez pour que tu puisses la pousser avec ta langue et l'aider à prendre sa place. Donc ..." il se tourne vers moi "Il faudra revenir dans trois semaines". Le soulagement que je lis alors dans les yeux de ma fille n'est pas descriptible sans superlatifs. Immenssissime, quelque chose comme ça.

Dont acte. "Combien vous dois-je ?" "Oh rien"

Tout est donc bien qui finit bien ?

Non. Non parce que dans trois semaines il va falloir remettre ça. Mon sourire rassurant, son petit rictus vaillant, sa main qui serre fort fort la mienne, son pas qui traîne un peu sur le chemin, sa petite soeur qui meuble l'espace sonore... Allez ma grande, il y a bien une solution : faire tomber ta dent avant. Alors bouge-la un maximum ! Bravo d'avoir été si courageuse ma douce.

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Mais je l'ai pas fait exprès euh

Publié le par Hemipresente

Elles sont plutôt douces l'une envers l'autre, je me délecte à les regarder, à écouter leurs jeux. Et pourtant ... Parfois c'est assez saignant, quasi silencieux jusqu'à ce que l'une, vexée, rompe la tacite entente qui les lie pour ne pas recourir à l'autorité parentale, mais lorsque l'une des deux dépasse les bornes j'entends une voix qui se hisse au dessus du brouaha ambiant, nette et bien posée, qui veut se faire entendre, et il me faut alors intervenir. Pas toujours.

Mais souvent.

Avant que cela ne dégénère.

Je ne saurais dire laquelle recourt le plus souvent à cette astuce décibelienne, c'est assez équilibré. Le truc c'est de réussir à prononcer les mots assez distinctement pour être entendue sans pour autant que cela signe trop évidemment un rapportage. C'est tout un art.

"Mais euh arrête euh tu m'as fait mal !" On n'appelle pas encore, on râle simplement. Si je demeure dans l'ombre, je sais que tout à l'heure, tout bientôt, on viendra me quérir, mais je leur laisse une chance de se rabibocher. "Oui bon excuse-moi j'ai pas fait exprès" "je vais le dire !" "non steuplé je suis désolée je le ferai plus et puis j'ai pas fait exprès". DEux options alors, soit un retentissant "Mamaaaaaaan !", soit une paix reconquise sans mon autorité. Je préfère de loin la seconde, moins chronophage, et qui n'implique pas de prendre parti : comment savoir laquelle des deux mérite d'être punie, ou si les deux doivent l'être, ou aucune, alors que je n'étais pas là au coeur de leurs jeux ? Parfois c'est bien net, il y a règlement de comptes rapide et sournois entre le moment où on m'appelle et celui où je les rejoins ; j'arrive alors au milieu d'un champ de bataille où l'on morve à qui mieux mieux, d'autant que la baffe vite refilée en loucedé fait souvent mal. Et je les imagine, guettant mes pas dans le couloir et s'envoyant une dernière mandale bien sentie ... 

Publié dans Humeur du jour

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Des yeux de baleine

Publié le par Hemipresente

Je l’aime merveilleusement ! C’est une force de la nature, un colosse roux. Lorsque je l’ai connu, il avait laissé pousser ses cheveux joliment bouclés jusqu’aux épaules. Il me soulève au-dessus de sa tête en m’appelant sa pluminette et me redescend très doucement, tout contre lui, j’atterris dans son cou et m’y fourre la truffe à la recherche de cette odeur enivrante de brioche que prend au soleil sa peau. Il a les plus jolis yeux de baleine que j’aie jamais vus ! Toute la douceur du monde y passe !

Lorsqu’elle veut vous voir, cette bête inimaginable, elle choisit d’abord un côté, son bon œil si l’un est myope, et puis elle passe dessous la barcasse, roulant sur le flanc. Penché au-dessus de l’eau, vous apercevez à quelques centimètres en-dessous de vous, au milieu de cette figure colossale qui défile avec une lenteur calculée, cet œil géant qui vous scrute sans ciller avec une curiosité avide et pétillante. Vous vous sentez doux et sage sous ce demi-regard grave, et vous avez l’irrépressible envie de poser votre main sur cette géante que rien n’effraie, de nouer un contact, de communiquer, vous sentant porteur des vilénies de votre espèce à faire pardonner, comme si vous étiez, de part et d’autre du mur d’eau, chacun, un ambassadeur… Lorsque je regarde la photo, précieuse, sur laquelle j’ai capturé ce sourire qui n’est qu’à moi, ses yeux renferment tout cela, cette force bienveillante qui pardonne par avance, cet amour inconditionnel, cette tranquille assurance inquiète de moi seule.

J'ai apprivoisé, moi, un viking roux aux yeux de baleine, qui croise depuis en ma compagnie dans des eaux que sa force apaise.

Publié dans L'homme

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Au jardin

Publié le par Mariléti

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Que j'aime mon tout petit jardin, envahi d'herbes folles et de fleurs sauvages, clos de hauts murs qui me rendent invisible, ombragé lorsque le soir descend par l'église qui nous surplombe. J'y suis bien. Je m'assieds sur les marches y menant et j'observe le manège des hirondelles qui s'élancent de si haut que même en plissant les yeux je ne peux que les deviner, je me laisse gagner par le calme et la sérénité, au milieu de leurs cris au loin qui se répondent. Je savoure ma solitude au milieu de la ville, ma solitude au milieu de la maison, isolement d'une minute. Ca vrombit, ça bombine, on y court après les mouches, les papillons, les abeilles, ça se meut et ça respire, les parfums exaltants des roses y côtoient les odeurs de crotte fraîche et sèche, le soleil entraperçu jette à l'oeil fatigué des reflets sur la piscine trop intenses, et l'on ferme la paupière en défense, les merles, l'heure tourne, bientôt sortiront de leurs nichoirs, et on les attend, oh oui, guerrièrement tapi, de patte ferme ! Il y aura du sang et de la plume !

Publié dans Humeur du jour

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