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Soeurs tendres

Publié le par Hemipresente

Melange-de-petits-pieds.jpg

 

Elles sont à table, la petite table réservée, guéridon en marbre blanc veiné de gris qui les accueille au petit déjeuner et sur lequel certains soirs nous les faisons dîner lorsque nous sommes trop fatigués, trop las, pour avoir faim. Elles aiment cet espace qui n'est qu'à elles, et ce moment partagé, et si les repas familiaux à "la grande table" sont tout aussi appréciés, je sais que ces dînettes entre soeurs les ravissent. Elles s'attablent avec appétit, s'enquièrent de la composition du repas, s'installent sur leurs chaises bien hautes, elles devisent gaiement, la grande raconte sa journée et la petite essaie de temps en temps de placer un mot lorsque sa soeur reprend son souffle ... Je garnis les assiettes. Elles sont diversement accueillies et selon le menu je sais que je devrai parfois rester tout près pour stimuler, encourager, inciter, sans forcer mais pour pallier l'étourderie qui souvent les saisit, dans le feu de la conversation si le repas proposé n'est pas tout à fait au goût de leur gourmandise. La grande parle, parle, parle ... Les heures d'école sont déroulées en mots, nous apprenons dans cette volubile exubérance développée pour sa seule petite soeur tous les petits ou grands événements de sa journée : disputes, jeux, chutes, amours nouvelles et amours perdues, punitions, faits d'armes ... La petite, en adoration, n'en oublie pas pour autant de regarnir régulièrement sa fourchette., et bien vite son assiette est vide. Concentrée, tendue vers son aînée qui bavarde entre deux bouchées, elle tortille paisiblement ses petits pieds, que le plus souvent elle n'a pas trouvé le temps de chausser ; elle les monte, contre un mollet, les tourne et retourne, caresse l'un contre l'autre, les redescend, croise enfin ceux de sa soeur. L'aînée tout absorbée dans son discours haletant, laisse à son tour palpiter son excitation et son enthousiasme, et au bout de sa jambe jamais en repos, ses orteils rencontrent ceux de sa cadette. Les petons qui se sont trouvés s'unissent l'un à l'autre, s'appuient, se palpent, s'entrecroisent, machinalement, pour finalement ne plus bouger. "Je suis là, tu es là". Pendant quelques minutes, se retrouver, se raconter, être bien ensemble, presque seules au monde, paisibles, entourées, aimées, seules à elles-mêmes, pour quelques instants encore.
Voilà, l'assiette est terminée, les jambes se délient, le fromage sur une belle tranche de pain, puis le fruit. Vives, rieuses, elles quittent la table en fuyant mes bras qui s'avancent, menaçants, haut par-dessus ma tête, doigts bien écartés, pour les cueillir et les chatouiller jusqu'à plus soif, volée de piafs hurlants éparpillée devant mes pas. 

Publié dans Les mômes !

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Un jour d'automne comme un autre

Publié le par Hemipresente

 

J'exècre la Toussaint.
Déjà gamine ça ne loupait ja-mais : je tenais bon pendant sept semaines, luttant âprement contre les microbes, puis dès le premier jour des vacances les vaillantes petites défenses immunitaires qui avaient repoussé encore et toujours l'envahisseur (Asterix à la mode Actimel, voyez ?) capitulaient et c'était la curée. Haro sur les ganglions ! Sus aux amygdales ! Otite ! rhinopharyngite ! bronchite ! sinusite ! rhinite ! laryngite ! trachéite ! Ramenez-vous par ici, c'est la teuf ! Toutes les "-ites" paradent ! (mouha ha ha)

Cette année c'est un peu revival du coup : entre le Viking, les puces et moi, ça fait un mois et demi qu'on est dans la morve. Jaune, puis verte, puis parfois un peu sanglante.

A force d'ordonnances et d'automédication, forcément, je suis devenue la meilleure copine de ma pharmacienne, qui, dès que je franchis les portes automatiques sort l'Efferalgan pédiatrique des rayonnages. Oh elle me connaît bien maintenant : elle a enregistré que ma carte vitale ne fonctionne pas et que j'en attends une nouvelle depuis plus de six mois, elle sait où j'habite et qui est mon médecin traitant, on papote de tout et rien pendant qu'elle remplit mon sac d'une nouvelle fournée d'antipyrétiques - antalgiques - antitussifs pour la semaine. Elle est sympa, et je ne devrais pas lui en vouloir au fond....

Mais quand même...

Quand même, cette fois-là, elle m'a achevée...

"Bonjour Madame Gambié ! Comment allez-vous aujourd'hui ?"

Publié dans Bobologie

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Au mur

Publié le par Hemipresente

Petit-bonhomme-Miyazaki-de-la-foret.jpg

 

Sur les murs de ma ville naissent et meurent
des petits esprits de la forêt inspirés des Kodamas de Miyazaki.
C'est quand même plus sympa que des tags pourris.

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Plouf

Publié le par Hemipresente

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C'est une piscine découverte : ça sent bon les vacances et pas du tout le chlore. Elle ne fonctionne que trois mois par an. On y est soumis aux aléas climatiques et ce n'est pas déplaisant. Ca rappelle la plage qu'on n'a pas vue cette fois. On s'assied sur l'un des bancs à droite, ou on s'appuie à la balustrade à gauche. On ne cherche pas l'ombre : il n'y en a pas. Mais on sort de son sac des lunettes de soleil et, pour celles - dont je suis - qui ne craignent pas le ridicule  un large parapluie qui se fait ombrelle et que, souvenirs, réminiscence, on fait tourner comme dans l'enfance contre son épaule en lui imprimant un léger mouvement de rotation de la paume de la main.

" On plie, on écarte, on rassemble, on laisse glisser deux secondes ....une, deux ... on plie, on écarte ..."

Mathilde apprend à nager. Elsa s'ennuie au bord du bassin et boude. Trop chaud, trop froid, et pourquoi on peut pas se mouiller les pieds, et Mathilde elle a de la chance ....Elle est discrètement - ou pas, d'ailleurs - jalouse.

Elle est fière, ma grande : c'est elle qui fait les démonstrations dans son petit groupe. Elle saute, elle fait l'étoile de mer sur le dos, sur le ventre, elle glisse, elle compte le nombre de mouvemens effectués par longueur, elle s'élance des plots sans se boucher le nez ... Elle rayonne. Je l'ai rarement vue aussi épanouie. Et de la contempler si bien, si évidemment dans son élément, je souris de la bouche, des yeux et du coeur.


Publié dans Les mômes !

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Le marcheur

Publié le par Hemipresente

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Giacometti

 

 

Il est très grand et mince, élégant.

Son ombre effilée par l'angle aigu des rayons finissants du soleil tranche net la luminosité gris-rose du sol.

Sur le quai, il va et vient de bout en bout, larges enjambées silencieuses, faucheur dans les herbes hautes. Parvenu à une extrêmité il se tient immobile, ses mains jointes dans le dos, se penche un peu, on croirait un marin en retraite sur une jetée, nostalgique. Puis il tourne prestement les talons, regard toujours au sol, qu'a-t-il perdu ?

La démarche est mécanique et guindée, trop rapide pour que sous l'apparence de normalité proprette la fêlure ne soit perceptible. Il s'arrête brusquement, mouche contre un mur invisible, tâtonnant au carreau, bloqué. Son regard est rivé au sol, loin devant lui, pupilles étrécies par la concentration, paupières tremblantes. C'est son ombre qu'il contemple sans un mouvement à présent. Démesurée, longiligne, elle frôle à terre la silhouette projetée d'une femme jeune, cheveux ballotés par la brise. Elle ne peut rien soupçonner du crime qui se perpètre en son image, de la jouissance interdite que l'homme à quelques mètres d'elle, bien au-delà du champ des proches et de la politesse et des proximités dérangeantes, se donne à lui-même.

Le train arrive, la jeune femme monte à son bord, insoucieuse de ce qui s'est joué contre elle.

Et il reprend sa marche, sur le quai, le violeur d'ombres.

Publié dans Les gens

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Cloaque

Publié le par Hemipresente

Monstres.

Multisymétriques sans queue ni tête au sens de déplacement imprévisible.

Mégapodées, multiocculées, carnassières carnivores suceuses de cadavres frais et de morts en souffrance, liquéfieuses de vie cracheuses de filets tisseuses de pièges suspendus.

Au fond du tréfond de mes angoisses il en est une tapie, bringée, duveteuse, si immensément énorme que je compte ses paires d'yeux pétrifiée les pieds happés par la terre sable mouvant d'angoisse qui s'articule dans un cri muet bouche ouverte gorge éteinte. Le recourbement de ses pattes et ce crochet imberbe à l'extrêmité, les paires de crocs à venins, chaque poil, se détachent sur fond blanc et projettent leur ombre sur le mur de mon inconscient.

C'est d'une rotondité particulière leur oeil, leur oeil multiple de toutes tailles, c'est comme un oeuf de poisson à la fois terne en superficie et brillant à l'intérieur jeu de lumières sur une bulle d'encre inégalement translucide. Pas de pupilles ni clignement ni paupières et l'impossibilité de les fixer tous.

L'immobilité scrutative et d'un coup la course éperdue vers l'ombre de l'armoire, je vais hurler je vais courir et l'écraser l'anéantir la réduire en poudre en jus en traînée gluante sur le mur là dans un grand remuement de meubles en réprimant frissons et nausées, gargouillements de peur primale préverbale, dégoût qui fait fermer le nez et retrousser les babines. Je ne saurai que faire du chausson maculé dont l'épaisseur ne m'empêche pas d'éprouver le craquement répugnant de la chitine l'explosion des pattes le démembrement de l'abdothorax le sang qui éclate giclements atroces.

Publié dans Beeeeeurk

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Manèzzzz

Publié le par Hemipresente

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A Rambouillet quand on y habitait, trônait sur la place qui jouxte le parc du château un superbe manège, Carrousel façon temps anciens : avec des ch'val d'bois qui montent et qui descendent, des camions de pompiers qui roulent, des avions, une girafe, un lion, un cygne rose kitchissime d'un mauvais goût abeulibeubol ... On descendait de notre chez-nous, on posait Mathilde à terre, chacun de nous lui tenait une main, toute petite et toute douce dans nos grands doigts.
"A la une ! à la deuuuuuuuux .... à la trois !" deux balancements de nos bras à l'unisson et Mathilde qui s'envole en riant.
C'etait tout près, la place Félix Faure, mais au rythme de ses tout petits pas ça nous prenait dix bonnes minutes pour l'atteindre.
Une fois un peu grande, elle anticipait, mais les premières fois quel délice ! elle se laissait surprendre, au coude que fait la rue, par la vision soudaine. Elle trépignait alors d'excitation, le cul rebondi par la couche dandinant son balancement frénétique vers "Manèz ! Manèz !".
Cette exaltation manifeste faisait se retourner les vieux sur ce tout petit bout de bébé qui parlait déjà, marchait à peine, et voulait courir plus vite encore plus vite !
Elle s'agaçait d'un coup et des larmes d'impuissance lui auraient coulé si son père ne l'avait pas hissée sur son dos, tout là-haut pour aller plus vite, à son pas de géant. Alors elle riait sur ses épaules "Manèèèèèèz maman !", et on courait guettant si par malheur le feu n'allait pas passer au vert avant qu'on ait pu traverser et que la sonnerie ait retenti faisant démarrer un nouveau tour.
Pendant que son père l'installait dans le camion de pompiers, j'achetais les tickets du jour. Le forain propriétaire était dès l'aube couperosé de frais, et son pied houleux même à terre ne devait pas grand chose au vent du large ... ptete pour compenser le tournis du carrousel où il passait récupérer les tickets des mains des enfants une fois la machine mise en branle... on sait pas ...
Ma princesse jolie ne bougeait pas, ne pipait mot, accrochée au volant de son camion - quel drame quand il était occupé ! - sérieuse comme quand on déguste un grand vin ou une belle voix, d'abord avec son père à ses côtés puis toute seule. Elle délivrait son billet au contrôleur sans un sourire, presque tendue, toutes ses fibres espérant l'ébranlement de la machine. 
Moi rien qu'à les regarder perchés là-haut j'avais envie de vomir.
Quelquefois je l'y emmenais seule. C'est une drôle d'épreuve de séparation pour une maman, un manège : je te vois, je te souris et te fais un petit signe, tu tournes, je te perds de vue, mon coeur rate un battement, une seconde s'étire paresseusement avant que ton camion ne réapparaisse, rotation incomplète, es-tu toujours dessus ... tu es dessus ! je te souris, je te fais un petit coucou ... et le tour recommence. Un apprentissage, un "je te lâche un tout petit peu mais ne pars pas trop loin", des prémices de commencement de se quitter ...

Publié dans Amours

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Juste une tuerie

Publié le par Hemipresente

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Non, non, ne faites pas la grimace "beurk chocolat noir pistache, quelle drôle d'idée !". C'est juste parfait.

Publié dans Humeur du jour

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Wii ou non ?

Publié le par Hemipresente

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Si, si, elles savent jouer calmement et sans se disputer. C'est juste que là, tout de suite, elle n'ont pas envie de le montrer, c'est tout.

"Mais y'en a maaaaaarrrreeeeeeuh, maman Elsa elle fait n'importe quoi !
- mais c'est ma manette qui marche plus c'est pas moi !
- oui mais tu fais n'importe quoi !
- mais non c'est ma manette qui marche plus !
- oui mais tu fais n'importe quoi !!!
- mais non c'est ma manette ..."

"Stooooooop !" hurlé-je ! "C'est bon là ! On repose les manettes et on va se calmer dans les chambres ça me fera des vacances !"

"N'empêche que t'as perdu ... balance la petite en s'en allant, comme un dernier coup de pied de mule du pape
- j'ai pas PERDU ! s'agace la grande. J'ai juste pas gagné !" et elle met tant de mépris dans le ton de sa réponse qu'elle en cloue le bec à sa soeur (ce qui, pour qui connaît Elsa, est proprement phénoménal !).

Calme. Zenitude. Le clocher sonne la demie. Le clocher sonne moins le quart...Trop calme. Je quitte mes chaussons et me faufile dans le couloir qui mène à leurs chambres. Non, j'ai été mauvaise langue : Mathilde écoute de la musique et Elsa bouquine. Encore un quart d'heure et ce sera l'heure du goûter, et ensuite, que ferons-nous ? Il pleut, nous sommes fauchés (cinéma, musées : hors de portée et de prix) et la voiture est en rade. Vite, vite, faire marcher ses méninges. Patassel ? Je n'ai pas les ingrédients. Wii ? Déjà fait et ça finit toujours par partir en cacahuète. Promenade ? Le temps ne s'y prête guère. OK, on va sortir les grands moyens : on va gonfler la piscine. Ouais. Sous la pluie. Ouais on est des fous nous ! Et au premier rayon de soleil, hop, à la baille ! Bien mais c'est pas ça qui va les occuper mes puces, moi oui, le temps de récurer le liner qui a passé l'hiver dehors mais elles, point. Alors, alors, ne reste plus que l'ultime solution, le trompe-couillons à méninges : les cahiers de vacances.

"Mes amouuuuuuurs ?" 

 
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Jusqu'à la phobie

Publié le par Hemipresente

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Epeire diadème

Voir aussi : http://www.maxisciences.com/arbre/des-arbres-pakistanais-victimes-de-toiles-d-039-araignees_art13492.html 

 

Nous avions roulé longtemps pour rejoindre cette petite maison bordée de vignes, dans le Gers, suffisamment longtemps pour nous sentir dans un autre monde. Je détestais le voyage, nous nous disputions souvent, mon petit frère et moi, c'était trop long, trop loin ... mais une fois arrivés tout était oublié. Elle était coquette quoique rustique ; la décoration était conforme à l'image d'Epinal que les touristes attendent en gîte rural, rien n'y manquait.

Avec mon père, autre arachnohystérique, nous avions jeté dès le pas de la porte franchi, un rapide coup d'oeil aux angles de la pièce, aux rayons de la roue de charrette reconvertie en table basse, puis poussant notre exploration méticuleuse, à la salle de bains, à l'évier de la cuisine, dans les chambres sous les lits et aux plafonds, entre les poutres ... : impeccable, pas une toile ! Nous pouvions nous installer sereins. Je n'ai jamais vraiment su si cette inspection rituelle était uniquement destinée à me rassurer, moi, ou si elle lui était à lui aussi indispensable. 

Les valises furent bientôt ouvertes, les affaires rangées dans les armoires et les commodes, vieux meubles grinçant aimablement à l'usage exhalant une odeur de lavande et de bois brut ciré. Mon frère et moi n'avions plus rien à faire en attendant que la préparation du dîner avec les quelques provisions emportées s'achève. Nous partîmes nous promener.

La maison donnait sur son flanc droit sur un ravissant paysage de collines, doucement vallonné. Nous nous y engageâmes. Un chemin rarement emprunté par des véhicules motorisés, deux bandes de terre séparées par une ligne de verdure, y serpentait, nous le suivîmes, notre berger sur les talons. Le chien vaquait à ses trous, creusant quelque terrier, poursuivant quelque odeur, puis revenait vers nous, remuant de la queue et de l'arrière-train, il accomplissait son travail de rassembleur de troupeau en courant autour de nous en deux cercles joyeux, puis repartait.

Il faisait doux.

La nuit tomberait tard.

A mesure que nous avancions, le chemin se faisait plus discret, finissant par s'effacer totalement et disparaître, noyé d'herbes folles.

Nous nous retrouvâmes finalement en pleine nature, autour de nous des buissons d'épineux à hauteur de hanches, irrégulièrement espacés dessinaient un parcours sinueux, nous avions encore un peu de temps ... nous l'empruntâmes. Nous avançâmes ainsi quelques minutes, grisés de nature et de liberté.

Je m'arrêtai tout-à-coup, poils hérissés de la tête aux pieds : devant moi, à quelques centimètres de mon ventre, se tenait une de ces toiles immenses en nappe que tissent les très grosses araignées d'extérieur ; en son centre trônait une bête striée de vert et jaune, abdomen énorme et pattes crochues écartelées deux à deux. Elle était, d'une certaine manière, magnifique, l'épeire diadème dans toute sa terrifiante splendeur.

Je reculai précautionneusement.

Mon frère s'était arrêté, il n'avais pas peur des araignées mais lorsque d'un mouvement du menton, incapable de parler, je lui désignai la Bête il frémit du haut de ses sept ans. Le soleil descendait déjà sur l'horizon.

La voix de mon père nous héla : "Les enfaaaaaaaants, à taaaaaable".

Nous nous retournâmes, enchantés de rebrousser chemin.

Devant nous, nous séparant de la maison, s'étendaient les collines que nous avions parcourures insoucieux en trottinant, et sous les rayons obliques du soleil déclinant, devant nos yeux décillés, elles nous apparurent alors semées de voiles de coton poussiéreux : partout les épeires avaient tissé leurs toiles. Elles étaient des dizaines ... La racine de mes cheveux amorça un mouvement vers la perpendicularisation. Je pris la main de mon frère dans la mienne, et nous entamâmes une retraite à tout petits pas. En silence, je serrais ses petits doigts dans les miens pour me donner du courage. Nous vîmes quelques monstres, larges comme ma main d'alors, nous frôlâmes des toiles multiplement habitées, nous contournâmes des buissons enturbannés ... A aucun moment nous ne nous parlâmes. Enfin nous rejoignîmes le chemin.

Je crois que sa phobie date de ce jour-là ...

Publié dans Quand j'étais

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