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Pour de rire

Publié le par Hemipresente

As-tu vu les deux chats, les deux chats sur le toit ?
L’un des deux est tout blanc, l’autre tout noir, comme toi
As-tu vu les deux chats, les deux chats sur le toit ?
Les deux sont aussi beaux, mais pas autant que toi

As-tu vu les deux chats, les deux chats sous la lune ?
Plus de noir ni de blanc, leurs couleurs ne font qu’une
As-tu vu les deux chats, les deux chats sous la lune ?
Ils ne sont plus qu’un corps, gris, blotti, à la brune.

As-tu vu près du puits les trois nouveaux chatons ?
Un noir, un blanc, un gris, mélange des deux tons.
As-tu vu près du puits les trois nouveaux chatons ?
Tous jolis, doux et gras, pareillement mignons.

Publié dans Pwouèsi

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Tempête

Publié le par Marie-Laetitia

Le vent s'est levé.

En une soirée de fièvre il se mue en bourrasque, en tempête.

Je l'observe, derrière le voile tremblotant du rideau de ma chambre.

Colère ! Masque de Pan ! Il maintient cime à terre les arbres les plus frêles, soumis, pliés, attentifs à subir, ceux qui ploient sans orgueil. Dénudés, cardés, pissenlits immenses, ils touchent humbles le sol, psalmodient un pardon, voient passer le tumulte qui ne les tuera point, ondoiement, tapage de bruissements et de protestations sifflées. Ils patientent sans grâce mais seront là demain.

Souffletés, talochés, les immenses, rigides, les éternels debout ne croyant qu'en eux mêmes, au tronc que dix adultes n'eussent pu enlacer, cèdent dans un fracas étiré qui s'annonce, roule, se poursuit en échos et en râles mugis, s'effondrent comme choît une vie de tumulte, et, renversée enfin leur belle volonté, montrent au jour qui point leur bouquet de racines.


Publié dans Pwouèsi

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Mes loups

Publié le par Marie-Laetitia



 

Je marche contre le vent, jambes s’enfonçant dans la neige jusqu’au genou.

Le blizzard griffe les joues, ferme les yeux, givre les sourcils.

A chaque inspiration ce goût de sang dans les poumons, âcre, fumé, violent, mais je suis encore vivante !

Les hurlements mêlés du vent et de la horde qui guette tout autour de moi, sans nom, toute de dents et de griffes, se resserrent, tourbillons, constriction. Le cœur me cogne dans la bouche, ouverte, qui relâche par paquets une buée déjà froide à peine exhalée, palais palpitant, langue sèche. Je transpire sous la glace qui se dépose en minces couches, incessantes, toujours renouvelées, et je refroidis lentement, je m’engourdis, je m’abandonne.

A une croisée de chemins, à bout de forces et de courage, je m’adosse à un sapin immense qui a grandi sur un tertre, en vigie. Face à moi, se frayant un chemin à travers le vacarme de la tempête s’engouffrant à découvert dans la clairière, les grondements sourds se rapprochent.

On sonne le buffet et c’est moi qu’on dévore.

 


Publié dans Pwouèsi

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Esseulement, et si seulement

Publié le par Marie-Laetitia



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Je descends entre les chardons et les ronces ce petit chemin qu’avait suivi l’âne l’autre jour, à flanc de coteau, guère impressionné par la pente et les éboulis légers que ses sabots provoquaient. D’où s’était-il sauvé, celui-là ? Paisible brouteur qu’on eût dit égaré, il goûtait sa liberté en vrai sage, sans se soucier d’autre chose que de ce chemin parfumé … Le chemin  …. Taillé à cul de bourrin écartant les épineux, son dessin sinueux persistera quelques jours encore, pour n'être finalement sensible qu'aux seuls yeux qui l’ont vu se tracer, les miens, et je dois l’entretenir discrètement presque quotidiennement, en prenant garde d’en laisser masqué l’accès. Ecartelées dans leurs toiles impeccables marquées d’un ultime zébra - fermeture à glissière de renfort, guerrières étoilées toutes pattes dehors, les épeires diadèmes immenses, striées de vert et jaune, pendues entre les buissons du maquis, exhibant sur leur dos le rond et la croix du symbole féminin, dessinent un labyrinthe mouvant d’heure en heure. Plus d’une fois je manque me jeter dans une toile et ma phobie anticipe avec une nausée spastique le froissement de coton du tissage déchiré, la fuite contre ma peau de la bête délogée, ma chute hurlante dans un buisson voisin garni de cocons qu’on écrase libérant leurs pensionnaires minuscules, horde à mille mandibules dévoreuse de mères ….Là, du calme mon cœur qui s’épuise ! Vois, le dédale piégé est derrière nous, quelques rocailles encore et j’atteins le sable sec de la crique inviolée. Quelques mètres de sable lisse, pas un caillou, l’eau devant moi translucide bordée de part et d’autre par des murs de roches entassées, écroulées, équilibrées par leur masse indicible. Tout au bout de cette anse, en face, la mer qui n’ose entrer ici qu'en laissant derrière elle le vent, les moutons, la colère.



Publié dans Pwouèsi

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