Comment on fait les bébés, suite ...
Ce week end, vous avez décidé de vous offrir un séjour en amoureux dans une demeure anglo-normande de fort belle facture, proposant des prestations très haut niveau pour un bed and breakfast hors du commun. Heureuse femme ! Vous profitez à plein de ces deux jours de détente, de ces deux grasses matinées d'une opulence à faire frémir vos petits matins blêmes, et sur lesquels vous fanstasmerez en couple pendant les mois et les années à venir ... jusqu'à ce que votre budget vous permette à nouveau de vous exiler sans votre progéniture délicieuse mais dont il est doux de tester à quel point elle vous manque à six heures et demie le samedi matin alors que vous vous retournez dans une couette moelleuse, attendant que le jour soit tout-à-fait levé, mais vous pas.
A des heures indues auxquelles votre organisme n'ose plus croire - dix heures et demie ! - vous hasardez un orteil hors du lit rond de deux cent dix centimètres de diamètre, vous coulez langoureusement de la chaleur moite de la couette en duvet à la moiteur chaude de la salle de bains et sa douche massante. Vous aviez presqu'oublié ce que langueur voulait dire. Votre organisme peine à reprendre ses marques, éperdu de reconnaissance devant tant de temps dévolu à la paresse, vous êtes presque courbaturée d'avoir dormi douze heures d'affilée dans ce cocon moelleux. Vous vous délassez très en douceur, savourant cette lenteur permise, votre compagnon vous rejoint enfin dans cette salle d'eau pour adultes sans pouic pouic en forme de canard.
Plus tard, vous appellerez chez vous pour vous enquérir de vos parents harrassés qui ont imprudemment proposé il y a quelques mois de vous délester de vos charmantes bambines pour deux jours, vous écouterez votre Grande vous décrire par le menu la mise en coupe réglée de l'emploi du temps dominical de son grand-père qui s'est tour à tour plié en douze pour lui faire faire du vélo puis de la trottinette, épuisé dos et bras pour la pousser dans la balançoire, usé les yeux pour l'aider à reproduire son prénom... Vous raccrocherez, un large sourire flottant sur les lèvres, rassurée, et pourrez retourner sans vergogne à votre plateau de fruits de mer arrosé d'un petit blanc du crû.
En rentrant dans votre suite après le déjeûner, vous repensez en riant à l'injonction de votre père avant votre départ : "par pitié, ne nous faites pas le troisième ce week end !". Aucun risque. Alors que votre Grande atteint l'âge avancé de quatre ans vous réussissez enfin à vous offrir votre première escapade amoureuse, c'est pas pour vous recoller dans les couches dans les douze mois à venir. Vous prenez la ferme résolution de profiter un peu de la vie à deux afin d'éclairer celle souvent trop rapide et remplie de stress que vous menez tambour battant à quatre, et méditez cette statistique selon laquelle c'est entre 34 et 37 ans que les femmes ont le plus de grossesses gémellaires naturelles. La semaine prochaine vous irez vous faire poser un stérilet et pourrez enfin souffler quand vous batifolez sur vos heures de sommeil.
"Maman, comment on fait les bébés ?" Ma Grande m'avait déjà posé cette question, j'étais prête prête prête, j'avais bien tout lu Dolto et j'avais répété devant le miroir. Nous nous tenions toutes deux hier soir agenouillées dans la salle de bains, moi pratiquant sur sa soeur les ablutions d'usage, ladite Elsa pratiquant à son tour sur le sol de la salle de bains les ablutions qu'elle affectionne, ma Grande contemplant avec un étonnement sans cesse renouvelé cette petite bonne femme qui tolère sans broncher d'avoir de l'eau sur le visage et s'éclabousse à qui mieux mieux. "Maman, comment on fait les bébés ?". J'ai ressorti mon laïus déjà éprouvé et qui jusqu'à présent semblait satisfaire sa curiosité, me conformant aux prescriptions des pédopsychiâtres qui préconisent de ne point trop en dire. Quand un monsieur et une dame s'aiment très fort, ils se font des câlins d'amoureux, des câlins de grand, et parfois ils décident de faire un bébé. Bon. Hier soir ça n'a pas suffi. "Oui mais comment on FAIT ?"