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Libre !

Publié le par Hemipresente

A quoi ça tient la sensation de liberté ...
S'asseoir au pied des marches d'un escalier un peu en retrait, siroter un chocolat chaud. Se tourner vers l'intérieur. Ecouter dans le vent le cri d'une buse, très haut dans le ciel...
Je lève les yeux vers elle, je ne la vois pas, je l'imagine tournoyant dans les courants ascendants, montant, encore.
Une libellule réticulée, affairée, déboule du couvert des sous-bois tout proches, rapide, précise, elle tourne sur l'aile à quatre-vingt-dix degrés, revient, repart, s'immobilise une demi-seconde à ma hauteur, reprend sa course jusqu'aux poubelles, revient encore, une seconde cette fois de vol stationnaire à un mètre à peine. Elle est verte d'un clinquant métallique bordé de jaune, rutilante, longue et gracile. Je ne bouge pas. Je me rappelle les longues parties de chasse aux papillons avec mon père, au cours desquelles parfois une demoiselle nous accompagnait, curieuse, j'ai pour ces animaux une sympathie d'enfance qui ne se désavouera plus. L'autre soir, à la toute dernière heure de jour, alors que je me levais pour aller m'asseoir dans le jardin et fumer une cigarette, l'une d'elle s'approcha de la baie vitrée, elle ne s'y cogna point, non celles-ci ne sont pas aussi sottes que les abeilles ! mais demeura plusieurs secondes à observer, était-ce la glace qui l'intriguait ainsi, nous regardait-elle, nous ? Il y a dans cette bête une désinvolte tranquillité, une absence de peur mâtinée de la simple prudence nécessaire, qui me séduisent, elles approchent, observent, puis s'en retournent, leur monde côtoie le nôtre ou l'inverse ?
Je suis repartie délassée à mes dossiers, dans mon bureau clos, l'esprit remis en boîte avait pu divaguer à sa guise. Cadeau.

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L'homme aux bouteilles

Publié le par Hemipresente

Ayant enfin apuré ma dette de travail, je reviens à des horaires plus raisonnables. Je ne croise de ce fait plus les mêmes êtres, animaux ou humains, dans mes transhumances quotidiennes. Lorsque je referme doucement la porte du jardin le matin, le jour est déjà bien assis malgré la fraîcheur.

Il en est un, un humain, qui depuis lundi retient toute mon attention. C’est un homme grisonnant à l’âge incertain ; il ne change pas de tenue mais ses vêtements sont toujours propres et repassés, une chemise en coton bleu ciel et un pantalon gris souris en lainage un peu râpé. Il ne dégage pas d’odeur tranchante, tabac, alcool, savon, déodorant bon marché, ou sueur. Propre et soigné, mais des cheveux courts qui rebiquent dans le cou et se vrillent en boucles gênantes qui lui descendent sur le front ; des lunettes en plastique noir, modèle indatable, aux verres multiplement rayés ; il se chausse de baskets auxquelles même le cirage lustrant qu’il emploie ne parvient plus à redonner leur blancheur d’origine, d’il y a bien longtemps. Il prend le même autocar que moi.

Lorsque j’arrive à la station, toujours un peu en avance, il achève sa curieuse besogne. Matin après matin il déverse dans le conteneur à verre situé sur le parking de l’hypermarché voisin des dizaines de bouteilles vides qu’il convoie dans un cabas immense aux poignées renforcées, la fermeture à glissière tirée. Il les extirpe précautionneusement de leurs sacs en plastique individuels, de toutes tailles et toutes couleurs, et les glisse par la languette de guidage avec une grave lenteur, ne parvenant pas à atténuer dans ce geste prudent pourtant toujours répété le fracas de leur chute et du bris inévitable. Puis il replie un à un les sacs, les rassemble, les entasse. Je l’ai surpris ce matin à se saisir avec gourmandise, l’œil en coin, d’un sac qui dépassait d’une poubelle publique…

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Ma moitié d'orange

Publié le par Hemipresente

Nous nous sommes rencontrés il y a quinze ans. Une de ces soirées internet où un groupe lié dans le monde virtuel décide de s'incarner dans le monde réel. Je suis arrivée en retard, j'avais peur de m'y rendre, c'est sur l'injonction de mon frère que j'ai finalement décidé de prendre sur moi ce soir-là. Et à cause de cette impression d'être dans un avant qui allait tout-à-coup prendre sens. Lorsque nous nous sommes vus, ce fut une évidence. Je ne le rencontrais pas, je le retrouvais. Si j'avais été mystique j'aurais vu là le signe d'une évidente métempsychose, le souvenir de vies antérieures au cours desquelles, déjà, cette rencontre s'était répétée encore et encore. Je ne garde presque aucun souvenir des autres personnes présentes à ce rendez-vous, presque aucun souvenir du dîner si ce n'est qu'il était à ma gauche, avec deux personnes entre nous, et qu'un lien invisible nous unissait : je n'étais là que pour lui, il n'était là que pour moi. Dans ce restaurant japonais où nous avons atterri lorsqu'un consensus enfin s'est dégagé, lui irradie, lumineux, vivant au pays des ombres, il n'a d'yeux que pour moi. Ce fut le "premier jour du reste de ma vie" et ma mémoire en garde l'empreinte, surexposée avec un halo en son centre : lui. Quinze ans que je l'aime. Seulement !

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Regarde la Terre comme elle est ronde

Publié le par Hemipresente

Le menton reposant sur mes genoux, les bras enlaçant mes jambes, j'observe la ronde d'un oeil pétillant, sans y prendre part je prends ma part du bonheur qui s'en dégage, pas vraiment absente, pas vraiment invisible, là est ma place, qui intrigue ou agace ou attire, viendra qui voudra, mon sourire est offert. Ma part Hémi-présente.

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Déclaration d'heureux venu

Publié le par Marie-Laetitia

A quoi ça tient qu'on fait un ultime lardon ?
Qu'on met deux pitites graines au chaud dans son giron ?
Comme un vieux goût d'trop peu quand on est quatre à table ...
Un "il nous manque quelqu'un" ... un rire indispensable
Et qu'on n'entend jamais mais qu'on attend déjà
Parce que rien, parce que ... point ! pi voilà c'est comme ça !
A quoi ça tient qu'encore j'veux des bébés d'à toi ?
Et des ptits pieds qui poussent et m'écrabouillent le foie
Vomir pendant neuf mois à tous les coins d'la rue,
Et pi d'l'avenir tout doux avec des couches qui puent ?

Ben ... ça tient à toi j'crois bien ...

Publié dans Les mômes !

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Chaud et froid

Publié le par Hemipresente

Me voici de repos, à la maison. Etalage de claquettes devant la baie vitrée, zinzin entêtant des mouches autour des crottes du chien, chat semi liquide répandu à l'ombre, aisselles moites aux parfums acides, papillons amorphes attendant que le soleil passé derrière l'église jette enfin le jardin dans l'ombre immense... Ce week end la piscine était enfin chaude, les filles ont trempé tout leur soûl, une copine leur a tenu compagnie, c'était doux et chaud, d'eau fraîche en ombre portée de parasol, de touffeurs du dehors en moiteurs du dedans, les journées se sont écoulées dans un soupir. Plus elles sont longues, plus elles passent vite ?

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Corse

Publié le par Hemipresente

Je retourne souvent, dans mes rêves les plus doux, là où j'ai pourtant rencontré le Mal. Et dans mes rêves je n'y suis jamais en danger...
Je rejoins la maison haut perchée, biscornue, flanquée de rajouts hasardeux et d'une tonnelle parfumée, son toit couvert de tuiles pointe haut comme si la neige y gîtait chaque année. Je m'emplis les narines de ses parfums, puis je prends le chemin de pierre polie qui va rejoindre le maquis, le ciste et le fenouil, passant sous le figuier géant.

C'est un chemin de ronces et de rocaille, que l'on mérite à force de zébrures sur les cuisses nues, car on l'emprunte toujours au dépourvu, vêtu de rien, tête couverte d'un fichu pour ne pas défaillir, mais qui mène au paradis des solitaires. On n'y entend que clochettes éparses, bêlements mobiles, croquages de tiges, on s'y enivre de fragrances indigènes et, parfois, on s'y allonge, vaincu et bienheureux, invisible au milieu des herbes hautes que l'on écrase avec précaution : fenouils, graminées, chardons hauts comme un homme, plantes à frelons aux corolles immenses. On contemple alors de cette couche de fortune, qui pique et titille, le ciel où ne passe aucun nuage.

Lorsque le vent vient de l'ouest, il charrie parfois des relents iodés qu'on aspire à nez ouvert, narines écarquillées et sourcils haut.
La mer est loin, en contrebas, amie pourtant, proche, la montagne est haut, par-dessus le ciel en certains endroits, semblant osciller lorsque le soleil la frôle et fait plisser les yeux.

D'un coup on se relève, repu, et l'on se décide à rejoindre le barrage, Tolla ; les eaux vaincues des ruisseaux de montagne s'y arrêtent, calmes, et le lac de retenue où quelque enfant s'est noyé donne là, en crépitements sur l'épine dorsale, des frissons de crainte et de curiosité mêlées. L'eau est bleu vert, faussement translucide, lagon d'absinthe inaccessible, bleu mort, comme les yeux de l'aveugle dont on fuit sans raison les imprécations. A mesure qu'on s'en approche, le bruisement devient brouhaha ; les cours d'eau que draine la montagne n'apprécient pas cette discipline forcée et, se jetant contre la figure monumentale, tentent encore de percer les parois de béton.

Je retourne souvent, dans mes rêves les plus doux, à ce village suspendu, accroché à un pan de falaise au poids incalculable, aux fissures bien connues, dont chacun sait qu'un jour il sera arraché, entraînant avec lui les familles et mon histoire, et cette finitude opposée aux antiques maisons bien assises dans leur âge , couvertes parfois d'une vigne vierge centenaire, confère au paysage une mélancolie insoucieuse et gris-vert.

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A tout petits pas

Publié le par Hemipresente

Pointe-de-chaussure.jpg

Je me hâtais ce matin pour attraper mon bus : il passe à 20, j’arrive en gare à 10, mais le train avait lambiné six longues minutes sur le chemin... Du quai surpeuplé au monde du dehors, un Escalator nous remonte, et cela me prend souvent trois bonnes minutes pour m’extirper des rails. Un monsieur banal, préfabriqué, mi-chauve, ni grand ni petit, costard gris et attaché-case noir, me coupa brusquement la route par la gauche ! En voiture, si j’en avais réchappé, si j’en avais une et si j’étais munie du permis (que de ‘si” !) je ne l’aurais pas épargné dans le constat.

Je n’eus ni le temps ni la place de freiner, sans quoi on me serait rentré dans le cul et je l’emboutis donc à pleine vitesse : mes mains placées en défense heurtèrent son dos et mon pied droit alla tamponner son talon gauche, lui arrachant son soulier lacé pourtant bien serré. Il s’arrêta net, le pied en l’air, tandis que la personne qui me suivait envoyait involontairement valdinguer la chaussure à plusieurs mètres...

Me confondant en excuses, je l’aidai à récupérer son bien.

Je ne m’attendais guère à des amabilités lorsque je revins vers lui.

Curieusement, immobile au milieu de la foule en transit s’éparpillant autour de lui, rocher solitaire au milieu du flot, joliment perché sur un seul pied car n’osant poser l’autre protégé par sa chaussette violette (fantaisie dans la cuirasse ?), il me souriait largement lorsque je lui tendis son soulier.

“Merci” me lâcha-t-il en pouffant.

Puis il commença de rire franchement. Malgré moi, je me laissai gagner.

“Vous étiez pressé ?” lui demandai-je.

“Oui, très !” me répondit-il dans un éclat de rire, se comprimant la bedaine en se penchant pour relacer sa chaussure. “Et vous ?”

“Oh je viens de rater mon bus”.

Il rit encore.

“Eh bien ce n’est pas une journée comme les autres !” me lança-t-il.

Pourtant, elle promettait d’être si banale …

Il finit par parvenir à se rechausser correctement. Nous avançames enfin, passâmes les portillons automatiques côte à côte, le flot des usagers s’était totalement dispersé. La gare semblait presque vide. Nous sortîmes enfin. J’avais raté mon bus, plus rien ne pressait .... Impression étrange de vacances, de temps gagné.

“Bonne journée !” me lâcha-t-il avec un grand sourire en obliquant vers la droite. “Bonne journée”, lui répondis-je en me dirigeant vers la gauche et mon arrêt. Au premier coup d’oeil, je répérai deux collègues qui attendaient toujours : le bus n’était pas encore passé. Je ne serais même pas en retard pour commencer ma journée.

Publié dans Métroboulododo

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Seul et le ventre offert

Publié le par Hemipresente

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L'avait l'air tout seul, ce toutou, mais pas aimable pour deux ronds quand je l'ai abordé. Alors j'ai rien fait. J'étais pressée de récupérer mes puces au périscolaire, je l'ai photographié pour son air maussade et son ventre offert, et puis j'ai passé mon chemin. Ainsi va la vie !

Publié dans Quotidien ou presque

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Créoles

Publié le par Hemipresente

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Il est fort tôt lorsque, bien loin des mes habitudes, je me dirige vers la boulangerie ce dimanche matin. J’ai décidé de faire la surprise d’un bon petit déjeuner à mon petit monde, et je me suis donc levée avant 8 heures et le réveil du clocher. A la hâte et sans allumer la lumière, j’ai attrapé dans l’armoire un jean de mon côté et une chemise dans la penderie de l’homme, me suis attifée rapidement, puis suis sortie sans bruit de la chambre. Décoiffée, encore moite de l’oreiller que je viens de quitter, je ne ressemble pas à grand chose, je l’avoue, et je ne suis même pas maquillée. A la hâte je lisse mes cheveux tout courts, vain effort … Bah qu’importe, je ne croiserai personne. J’enfile une veste de laine noire et referme doucement la porte d’entrée derrière moi. Je laisse dans mon sac mon porte-monnaie et n’emporte qu’un simple billet de cinq euros que je tripote dans ma poche machinalement tout en parcourant les quelques centaines de mètres jusqu’à la boulangerie. Pour un peu je siffloterais. Il fait frais, je suis presque seule dans la ville. A l’approche de la boutique, une bonne odeur de viennoiserie - factice : le boulanger a déjà fini sa cuisson depuis belle lurette - m’accueille et je me laisse mener par le bout du nez. Je repense aux Effarés de Rimbaud, au soupirail “chaud comme un sein”. J’entre. Il n’y a personne encore. La vendeuse, toute jeune, au tintement de la porte d’entrée se hâte lentement jusqu’au comptoir, la pauvre bâille, des cernes violets sous les yeux. “Oui bonjour Monsieur ?” “Monsieur !??!” lui réponds-je. “Ah non ! Moi c’est Madame. Mademoiselle à la rigueur si vous voulez me flatter, mais en tout cas pas Monsieur !“ Et pour preuve je secoue la tête en désignant les créoles à mes oreilles. Elle me regarde avec un brin d’incrédulité dans les yeux. Je secoue de nouveau la tête.... “Eh bien ! Des messieurs avec des boucles d’oreilles comme celles-là ça ne doit pas être courant !”. Je lui souris, blagounette. Elle semble à présent franchement inquiète et se recule le plus loin possible derrière son comptoir... Allons bon, elle doit être fatiguée cette môme. Je passe ma commande, règle - elle me rend la monnaie du bout des doigts - et rentre chez moi.

Dans l’entrée, le miroir en pied que j’ai dédaigné de consulter avant de partir, m’attire cette fois le regard, un détail surtout dans le visage, voyons ce ne sont pas les cheveux, en touffes diversement hérissées comme je m’y attendais... ce ne sont pas les yeux toujours sans maquillage ... ah j’y suis : je n’ai pas mis les boucles d’oreilles.

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