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Esseulement, et si seulement

Publié le par Marie-Laetitia



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Je descends entre les chardons et les ronces ce petit chemin qu’avait suivi l’âne l’autre jour, à flanc de coteau, guère impressionné par la pente et les éboulis légers que ses sabots provoquaient. D’où s’était-il sauvé, celui-là ? Paisible brouteur qu’on eût dit égaré, il goûtait sa liberté en vrai sage, sans se soucier d’autre chose que de ce chemin parfumé … Le chemin  …. Taillé à cul de bourrin écartant les épineux, son dessin sinueux persistera quelques jours encore, pour n'être finalement sensible qu'aux seuls yeux qui l’ont vu se tracer, les miens, et je dois l’entretenir discrètement presque quotidiennement, en prenant garde d’en laisser masqué l’accès. Ecartelées dans leurs toiles impeccables marquées d’un ultime zébra - fermeture à glissière de renfort, guerrières étoilées toutes pattes dehors, les épeires diadèmes immenses, striées de vert et jaune, pendues entre les buissons du maquis, exhibant sur leur dos le rond et la croix du symbole féminin, dessinent un labyrinthe mouvant d’heure en heure. Plus d’une fois je manque me jeter dans une toile et ma phobie anticipe avec une nausée spastique le froissement de coton du tissage déchiré, la fuite contre ma peau de la bête délogée, ma chute hurlante dans un buisson voisin garni de cocons qu’on écrase libérant leurs pensionnaires minuscules, horde à mille mandibules dévoreuse de mères ….Là, du calme mon cœur qui s’épuise ! Vois, le dédale piégé est derrière nous, quelques rocailles encore et j’atteins le sable sec de la crique inviolée. Quelques mètres de sable lisse, pas un caillou, l’eau devant moi translucide bordée de part et d’autre par des murs de roches entassées, écroulées, équilibrées par leur masse indicible. Tout au bout de cette anse, en face, la mer qui n’ose entrer ici qu'en laissant derrière elle le vent, les moutons, la colère.



Publié dans Pwouèsi

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Coin-coin

Publié le par Hemipresente


 

 

Tout ce qui vole est « coincoin ». Point.
Pas de discussion possible.
Tu as fini ton dîner et tu patouilles avec bonheur dans les quelques gouttes du jus de fraise qui a souillé la tablette de ta chaise haute. « A caca … » commentes-tu, pensive. Ton plaisir à cacatouiller ainsi me ravit l’œil ; les lèvres barbouillées de rose, les doigts poisseux, tu poses tantôt la paume à plat pour bien tout étaler, tantôt le bout du doigt pour guider une goutte égarée vers un petit lac. « A cacaaaaaa ! » tu portes à ta bouche tes mains engluées et sucrées, mmmh c’est bon d’être cracra. 

Appâtée, gourmande, une petite mouche noire, banale, stressée, se pose sans détours, comme tombée du plafond, juste devant toi. Tu te figes. Seule au monde, elle étire une trompe goulue jusqu’à la rigole infime à sa mesure et s’y abreuve longuement. Tu la contemples avec une curiosité passionnée, concentrée, immobile. D’une goutte à l’autre, elle parcourt la tablette à petits pas rapides. Parvenue à l’une des extrémités, elle enjambe distraitement le rebord et descend bille en tête le long de la tranche pour passer tranquillement dessous. Tu l’as suivie fascinée, et lorsqu’elle disparaît à ta vue tu te penches prestement pour la suivre. 

Ah tu n’as pas été assez rapide, tu l’as perdue. Déçue, estomaquée (tu la cherches à terre mais elle n’est pas tombée !), tu restes ainsi absorbée un long moment, puis sans te redresser tout-à-fait, gardant du coin de l’œil sous surveillance le dernier endroit où tu l’as vue, tu m’apostrophes laconiquement : « a coincoin ? » 

Je n’ai pas le temps de te répondre, la voici qui remonte, pour sûr sous la tablette y'en a point, du jus de fraise, tu arrives à en coller partout mais tu n'as pas encore découvert la technique du décrassage de narines subtablettal. 

Ta main gauche que tu avais appuyée sur le rebord pour te pencher plus à l’aise est restée en place, et la toute petite bestiole parcourant nez, ou truffe, ou rostre, ou antennes, que sais-je, au sol, la délicieuse terre de cocagne qu’elle s’est trouvée, s’en approche progressivement, tourne autour, finissant d’aspirer les liquides horizontaux avant de s’attaquer aux parois parfumées de tes doigts qui la surplombent. Sans ralentir son pas métronomique elle t’escalade l’index puis redescend. 

Tu ris trop fort, la surveillant et me regardant, et lorsqu’elle revient à la charge poursuivant cette fois-ci son exploration sur le dos de ta main le jeu cesse complètement de te plaire. La crainte te fait replier en toute hâte le bras, la mouche dérangée une seconde s’envole et c’est ce qui achève de te convaincre de ta frayeur ; le rire de tout à l’heure se mue en cri alarmé suraigu lorsqu’elle se repose têtue et pas du tout inquiète à l’endroit même dont tu l’as chassée. Vite ! Je mouline des bras pour l’éloigner avec un « pchiiiit ! » bien inutile mais sonore à ton intention plus qu’à la sienne.

Un coup d’éponge, là, voilà, tu es propre. Une grosse larme a coulé sur ta joue, que j’essuie du coude de l’index, tes cils immenses sont en désordre, en paquets, quelle tempête ! 

« Cacaaaaaaa ! » un sanglot surjoué dans la voix, tu me désignes sans y porter la main les gouttelettes éparses que je nettoie bien vite, te voici rassérénée tout-à-fait, mais c’est seulement après que j’ai asséché complètement la tablette avec un torchon que tu reposes tes avant-bras, méfiante. Il faut dire que le ballet hystérique désordonné de ta grande sœur coincoinphobique dans mon dos, bouche close et "mhhh mhhhh mhhhh" terrorisés, lorsque la même mouche se pose sur elle, ne va guère dans le sens de l'apaisement. Bon, je te parlerai des araignées un autre jour alors...



Publié dans Amours

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