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beeeeeurk

Cloaque

Publié le par Hemipresente

Monstres.

Multisymétriques sans queue ni tête au sens de déplacement imprévisible.

Mégapodées, multiocculées, carnassières carnivores suceuses de cadavres frais et de morts en souffrance, liquéfieuses de vie cracheuses de filets tisseuses de pièges suspendus.

Au fond du tréfond de mes angoisses il en est une tapie, bringée, duveteuse, si immensément énorme que je compte ses paires d'yeux pétrifiée les pieds happés par la terre sable mouvant d'angoisse qui s'articule dans un cri muet bouche ouverte gorge éteinte. Le recourbement de ses pattes et ce crochet imberbe à l'extrêmité, les paires de crocs à venins, chaque poil, se détachent sur fond blanc et projettent leur ombre sur le mur de mon inconscient.

C'est d'une rotondité particulière leur oeil, leur oeil multiple de toutes tailles, c'est comme un oeuf de poisson à la fois terne en superficie et brillant à l'intérieur jeu de lumières sur une bulle d'encre inégalement translucide. Pas de pupilles ni clignement ni paupières et l'impossibilité de les fixer tous.

L'immobilité scrutative et d'un coup la course éperdue vers l'ombre de l'armoire, je vais hurler je vais courir et l'écraser l'anéantir la réduire en poudre en jus en traînée gluante sur le mur là dans un grand remuement de meubles en réprimant frissons et nausées, gargouillements de peur primale préverbale, dégoût qui fait fermer le nez et retrousser les babines. Je ne saurai que faire du chausson maculé dont l'épaisseur ne m'empêche pas d'éprouver le craquement répugnant de la chitine l'explosion des pattes le démembrement de l'abdothorax le sang qui éclate giclements atroces.

Publié dans Beeeeeurk

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Ennui

Publié le par Hemipresente

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Ca prend la forme d'un subtil décalage entre le son et l'image, une demi-seconde.

Je suis ici et je m'absente, vous me parlez et je ne vous écoute pas, je vous vois et regarde autre chose.

C'est mis en branle par un détail, une poussière, quelque insignifiance qui s'enroule autour de ma volonté comme un liseron avide, et je me plie avec complaisance, je ploie, je laisse faire, mes soucis et mes contingences s'envolent suspendus à l'examen scrupuleusement attentif de l'échange de regards rigolo que j'ai surpris tout à l'heure  entre le parleur trop fort dans son portable et l'écouteur trop attentif en face de lui, qui a fini par prendre part à la conversation hurlée.

Ou alors ce fou timide aux tempêtes hurlées sur le marché.

Et même ce jeune chercheur qui s'escrimait sur son ordinateur à trouver le bon idéogramme pour ce rapport en chinois qu'il tapait entre les cahots du bus.

Je suis trop légère pour rester à ma chaise, assise, clouée.

Je me refais un café, parfois son amertume parvient à m'enchaîner au monde réel, mais en passant devant le bureau de ma responsable j'aperçois son ventre rond de profil, joli, sous son pull noir, et me voici laissant déborder la tasse que j'ai déposée sous le jet brûlant, les yeux intérieurs tout emplis de nostalgie. Allons.

Certains jours rien n'y fait je m'ébroue, me rince le nez mille fois, retiens ma respiration jusqu'à suffoquer et je reste un peu au-dessus du sol, un peu en retard sur la musique, un demi temps, un demi-ton, ailleurs.

Floue.  

Publié dans Beeeeeurk

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