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C'est et c'était

Publié le par Hemipresente

Lorsque nous étions pressés - je suis bien petite dans ce souvenir - il tenait ma main plus fort. Pour assurer sa prise sans me faire mal, et peut être aussi pour faire de ce contact encore une petite douceur, un câlin délicat, son petit doigt se glissait dans ma manche. Je n'aimais pas ça mais j'aimais ça. Je me pressais pour atteindre son pas, j'en faisais trois pour chacun des siens, je courais, je volais presque. Ce jour-là, si précis je ne sais pourquoi, on avançait ainsi, sans mot dire, on allait à l'école sans doute. Je le regardais par en-dessous. J'ai vu plus de choses dans ses yeux soucieux par en-dessous que je ne pourrai jamais en écrire. J'étais en amour. C'était mon papa. Il me tenait fermement, il ne m'aurait jamais laissée lâcher sa main, il ne m'aurait jamais laissée me noyer. Je le portais autant qu'il me soutenait. C'était mon papa. Empli d'amour, et de doutes, et de lendemains, empli de promesses, d'exigences, de pardons. A quoi pensait-il ce jour-là pour que cette course reste si précisément gravée comme un souvenir en eau-forte ? C'était mon papa, il était beau, plus beau que tous les autres réunis, il me récitait du Rimbaud et m'emmenait au bout du monde dans ses grands bras. Je portais un duffle-coat je crois bien, et une cagoule qui gratte. De la main gauche il tirait régulièrement une bouffée de son clope du matin. Mon papa.   

Publié dans Amours

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C'est et c'était

Publié le par Hemipresente

ML-et-papa-vers-le-bout-du-monde.jpg

 

Lorsque nous étions pressés - je suis bien petite dans ce souvenir - il tenait ma main plus fort. Pour assurer sa prise sans me faire mal, et peut être aussi pour faire de ce contact encore une petite douceur, un câlin délicat, son petit doigt se glissait dans ma manche. Je n'aimais pas ça mais j'aimais ça. Je me pressais pour atteindre son pas, j'en faisais trois pour chacun des siens, je courais, je volais presque. Ce jour-là, si précis je ne sais pourquoi, on avançait ainsi, sans mot dire, on allait à l'école sans doute. Je le regardais par en-dessous. J'ai vu plus de choses dans ses yeux soucieux par en-dessous que je ne pourrai jamais en écrire. J'étais en amour. C'était mon papa. Il me tenait fermement, il ne m'aurait jamais laissée lâcher sa main, il ne m'aurait jamais laissée me noyer. Je le portais autant qu'il me soutenait. C'était mon papa. Empli d'amour, et de doutes, et de lendemains, empli de promesses, d'exigences, de pardons. A quoi pensait-il ce jour-là pour que cette course reste si précisément gravée comme un souvenir en eau-forte ? C'était mon papa, il était beau, plus beau que tous les autres réunis, il me récitait du Rimbaud et m'emmenait au bout du monde dans ses grands bras. Je portais un duffle-coat je crois bien, et une cagoule qui gratte. De la main gauche il tirait régulièrement une bouffée de son clope du matin. Mon papa.  

Publié dans Amours

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Réminiscence

Publié le par Hemipresente

Nous sommes au bord de la mer. Le sable se glisse entre mes orteils qui dépassent de ma serviette. Je sèche, mon quatrième bain de la matinée, ma peau se craquèle au sel qui se dépose. Je passe la langue sur mes lèvres, je goûte la mer.

Lorsque je reste bien allongée, les yeux fermés, les bras le long du corps et les jambes repliées, le vent qui glisse sur mon corps est tiède, son murmure dans mes oreilles m'endort. Une fois sèche, la chaleur devient insoutenable. Je me relève d'un bond. Mon maillot de bain est encore humide et pendouille entre mes jambes. Je le remonte le plus haut possible, et, faisant fi des recommandations des adultes, je cours et saute à l'eau dont la fraîcheur me saisit, me lançant un grand frisson jusqu'aux oreilles.

Je plonge. A mes pieds des coquillages. J'ouvre les yeux malgré la brûlure inévitable tout à l'heure ; des multitudes de poissons minuscules s'écartent à mon passage, se rassemblent et se dilatent pour s'enfuir. Les dessins imprimés par les reflux et ressacs dans le sable m'attirent, je m'y cramponne et progresse ainsi au fond de l'eau, langouste géante.

Mes poumons sont vides, je remonte une seconde. Mes cheveux longs qui s'étalaient en nuage d'algue autour de ma tête retombent d'un bloc sur mes yeux. Je souffle très fort par la bouche, me maintenant hors de l'eau en faisant avec les pieds de petits ronds. Une, peut être deux secondes avant de me situer. Je me suis éloignée de la plage et des barboteurs. Je nage très bien.

J'ai huit ans mais la mer ne me fait pas peur. Plus loin sous l'eau je sais qu'il y a des rochers où nichent des poissons que je ne connais pas, et la Murène. Plus à l'ouest, si on s'approche de l'autre plage, on arrive même, à cent mètres du bord, à reprendre pied sur des pics affleurant recouverts d'une mousse verdâtre glissante un peu dégoûtante.

Je vois mon grand-père me faire signe. "Reviens ma poule, tu es trop loin !". Les mains en porte-voix.

Tanné par le soleil de Corse, marron-brun, sec et musclé, slip de bain noir, lunettes noires, coupe à la Dick Rivers. Je nage sans appréhension, doucement, je replonge et remonte, me laisse porter par les vagues légères, mon souffle est régulier, la mer est d'une clarté ! Je reprends pied près de la plage, après un dernier plongeon pour contempler le rouleau qui se brise par en-dessous.

Il m'enveloppe d'une serviette immense, toute chaude de soleil. Je n'avais pas réalisé dans l'eau que j'avais froid.

"Tu as les lèvres toutes violettes ! allez on rentre, on va prendre un bon chocolat chaud avec des tartines de beurre salé !"

On rentre par la petite route de montagne, il fait 40°C dans sa vieille bagnole. Il me prend sur ses genoux "allez maintenant c'est toi qui conduis" et il lâche le volant. J'ai un peu peur mais il va tout doucement.

Lorsqu'on arrive enfin, au moins je n'ai pas eu le temps de penser que j'avais envie de vomir. Je descends de l'auto encore en maillot de bain, je me précipite pieds nus vers la maison, je gravis les marches en évitant la colonne de fourmis rouges qui ont colonisé l'escalier (on a tout essayé pour les déloger), l'une d'elles convoie un éphémère aux ailes repliées ; sur la terrasse, en haut, le sol en béton blanc est brûlant sous la plante des pieds, je cherche l'ombre. Je laisse un pied un soleil et l'autre à l'ombre, je change, marelle improvisée.

"Ah ma poule tu vas trop vite pour moi".

Le chèvrefeuille qui déborde depuis le jardin d'à côté diffuse un parfum entêtant. Les amarylis fatiguées attendent l'arrosage crépusculaire en courbant la tête. L'heure de la sieste approche. Avant, je vais dévorer le repas de célibataire qu'il m'aura concocté, bien gras, bien gourmand, avec un jus de fruits très frais, et puis j'irai m'effondrer dans la chambre du fond aux volets clos, préservée de la chaleur environnante. J'entendrai alors à peine quelques minutes la télévision et le bulletin d'informations, m'ensuquant tout doucement jusqu'à l'heure du goûter.

Lorsque je pose la tête sur l'oreiller, les yeux mi-clos, je joue entre mes cils à faire danser les rais de lumière projetés au plafond. Je tourne dans la fraîcheur du lit que je tâte du bout du pied, du plat de la main, je prends mon pouce, serre ma peluche contre moi. Je dors.

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Elsa

Publié le par Hemipresente

Ton profil s'affine de jour en jour petit amour de ma vie. Lorsque je te regarde ainsi, presqu'à la dérobée, toute absorbée que tu es dans la contemplation de ta grande soeur, je m'oublie et me perds. Tu as pour parfaire tes yeux immenses de longs cils bruns recourbés jusqu'au ciel et des sourcils idéalement dessinés. Tes joues roses sont haut perchées, dodues, pommées, et forment avec ta bouche menue et boudeuse une moue mi souriante mi dubitative, lèvre supérieure projetée dans une succion intense aspirant la lèvre inférieure lorsque tu te concentres ardemment. Brrrr brrrrr brrrrr, tu tends les bras, le regard, la voix, tout ce que tu peux pour attirer l'attention de ta grande soeur, tu tripotes machinalement tes chaussettes en attendant pleine d'espoir, sereine, qu'elle te fasse l'aumône d'un sourire, d'une caresse, et tu as bien raison, elle ne résiste pas longtemps. Vous vous êtes déjà indispensable l'une à l'autre. Vois comme elle te regarde, elle aussi.

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Âne

Publié le par Hemipresente

N'est-il pas incroyable ce dessin ?
Moi à 3 ans 1/2 j'aurais été bien incapable de dessiner un âne ! Ma fille est une merveille. "J'ai fait un M mais il était pas assez pointu alors je vais faire un âne". Bon, je vais voir par-dessus son épaule et là émerveillement béat et admiration extatique puis bruyante.

Pourvu que les instits me la bousillent pas trop, ma précoce ...

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Oedipe

Publié le par Hemipresente

Dessin de Mathilde
Légende "Ca c'est une maman, avec beaucoup de doigts parce qu'elle avait envie"
"Bien ma chérie ... et la barre, là, entre ses jambes, qu'est ce que c'est ?"
"Oh ça ? c'est une barre pour pas qu'elle aille dans les crocodiles parce qu'elle fait des bêtises".
Je vous laisse interpréter ...

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Le bobo

Publié le par Hemipresente

"Beuuuuuuuaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah maman j'ai maaaaaaaaaaaaaaal"
Allons bon, que se passe-t-il ?
Je viens d'achever mon bain avec ma pitchoune que son père a récupérée pour que je puisse me sécher, et qu'il est en train d'habiller, lorsque monte cette plainte hululée depuis le rez-de-chaussée.
"Que se passe-t-il bébé ? (...) Zouzou, qu'est ce qu'il y a ?" hurlé-je en tentant vainement de faire entrer mon cul détrempé qui s'égoutte sur le sol de la salle de bains dans mon jean.
"Je m'ai fait maaaaaaaaaaaaaaaaaal, je m'ai brûlééééééééeeeeeeee".
Fissa le viking descend, la petite à peine emballée aux bras, et me remonte une Mathilde emmorvée qui tend son index droit qu'on dirait celui d'E.T., en beuglant de plus belle quand je l'approche.
"Je m'ai brûlééééééééeeeeee"
"Mais comment tu as fait mon coeur ?"
"Avec le fer à repasseeeeeeeeeeeeeer"
(oui le Viking repassait quand il est venu chercher la ptite sirène dans les flots bleus de notre bain).
"Mais enfin pourquoi tu es allée toucher le fer ? On t'a dit cent fois que c'est très chaud et qu'il ne fallait pas y toucher ???!!!...."
"Pour voir comment c'était : très chaaaaaaaaaaauuuuud, j'ai touché tout partoouuuuuuuuuuuut, ouh ouh ouuuuuuuh ça fait maaaaaaaaal".
Merde alors, elle a une cloque au bout du doigt !
Dix minutes sous le robinet d'eau froide ont jugulé la brûlure. Elle a beaucoup pleuré. Ca fait mal, c'est bien vrai. Je le sais j'ai fait la même chose au même âge, mais avec toute la paume de la main.
Le souci c'est que le temps de réaction d'un enfant est trois fois supérieur à celui d'un adulte, la conduction du signal sur les fibres nerveuses est plus lente, aller - information "DOULEUR!" et retour - ordre "ENLEVER MAIN". Au total ils mettent trois secondes contre une seule pour un adulte, pour retirer leur main. Et en trois secondes on peut se brûler gravement.
"Alors ça ma princesse, tu vois, c'est un bobo patate" Classification personnelle et familiale qui désigne les petits bobos qu'on se fait tout seul par inadvertance, insouciance, ou un peu parfois parce qu'on joue au kéké ... ou qu'on est un peu une tite grosse patate ...
"Ouiiii-iiiiii-iiiiiii je le ferai pluuuuuu-uuuuu-uuuuuuus"
Un chouette pansement avec des petites fleurs dessus pour emballer la cloque et tout allait mieux. Pi après on est allées jardiner, faire du vélo, de la trottinette, jouer aux boules, elle n'a même plus pensé à son doigt. Pfiou.
Moralité : même une enfant de quatre ans particulièrement sage, obéissante, disciplinée, ne doit pas être laissée seule en présence d'un fer à repasser allumé... Mea culpa. On s'en tire bien.

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Un regard

Publié le par Hemipresente

Elsa mon amour, Elsa qui me fais me remettre en question constamment ...
Elsa qui me pousses à bout, au bout de ma capacité d'amour, au bout de ma patience toute relative, au bout de moi-même, dans mes retranchements les plus secrets ...
Elsa qui grandis et m'offres tes plus beaux sourires alors que demeure interdite devant tes regards énamourés ...

L'amouration d'un enfant, ca peut prendre du temps, ce n'est pas instantané, ce n'est pas facile. Et c'est un discours interdit, inavouable, que de dire qu'on ne sait pas trop si on aime son enfant, alors qu'on attend de vous, jeune mère, que vous incarniez l'émerveillement, l'amour sans bornes, la douceur, la patience, l'enthousiasme, l'infatigable gentillesse ...

Moi je ne suis pas tombée en amour de mes filles dès leur naissance. J'ai découvert à chaque fois un être humain qui m'était étranger et qu'il a fallu que j'apprivoise, et qui a dû m'apprivoiser. Cela peut prendre du temps. Cela peut faire très mal. 

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Mon amour enfant

Publié le par Hemipresente

A l'heure où l'heure n'a plus de sens, 
A l'heure où le temps tourne sans but, 
Je me retourne sur ma vie et je te vois, toi qui as donné un but à toute chose, une valeur à tout acte, un zéro et un axe à ma vie. Je serai toujours là pour toi, en toi, quoi qu'il arrive, je serai toujours là pour te voir grandir et vieillir, je serai toujours dans ton coeur, tu seras toujours là pour justifier mon existence, et de proche en proche ainsi la vie trouve sa justification et son but ultime : l'amour. Sans foi, sans croyance, sans autre but que te rendre heureuse, je suis en quête de temps, de paix, et d'amour. Tes yeux immenses et inquiets me sondent. Je t'aime. Je serai toujours là parce qu mon amour ne peut pas mourir, parce qu'il est plus fort que moi, parce qu'il me dépasse et m'englobe. L'avenir n'a de sens qu'avec toi, je suis une pierre sur ton chemin, fais le large, grand, beau, fais le utile aux autres, fais le inéluctable. Je t'aime.

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Ma premiere fille

Publié le par Hemipresente

Verse moi de l'oubli, une larme, de l'absinthe en mots, des idées vaporeuses. Merci. Le breuvage me délie les idées.
Je t'écrirai tout un monde perdu, je t'inventerai des Harry Potter, des dragons, des fées, des pays sans cris et des hommes sans violence. Je te ferai un monde tout doux et je te regarderai, fleur parmi les fleurs, grandir à l'ombre du jardin que je plante. Je bercerai tes pleurs, tu peupleras mes nuits.
Le deuil de l'enfant parfait s'accompagne du deuil de la mère parfaite, je présume. Je voudrais être juste la meilleure moi possible, tu sais ? je ne peux pas te promettre plus que ça, honnêtement, mais pas moins non plus sans rougir.
Je voudrais être ... pas ta confidente ... ni ton amie ... je serai forcément autre chose, c'est mon rôle... mais je voudrais être toujours un recours, un port secret dans une crique au calme. Saurai-je ? Je n'ai jamais été très paisible, j'aimerais que toi tu saches l'être. Quand je te vois croquer avec ravissement dans un abricot, laissant échapper un petit grognement de contentement lorsque sur ta langue la pulpe sucrée acide s'écrase contre ton palais, je devine l'océan de plénitude possible, des ressources de force, de vitalité, de sensualité que tu as accumulées au fil des mois et qui vont te construire. C'est merveilleusement émouvant et doux et beau, cette personne humaine que tu deviens. Je te voudrais pas trop sage, pas trop douce, pas trop soumise, et si possible pas trop passionnée s'il te plaît, mais tu feras comme tu pourras, et si tu es très sensuelle tu seras très passionnée, comment faire autrement.

Publié dans Amours

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