Une toute petite histoire de souris pour mes deux chatons

Publié le par Marie-Laetitia

Il est minuit. Je ne dors pas.
C'est ennuyeux un hôpital, lorsque les humains ne font plus de bruit les machines prennent la relève. Ca tousse, ou ça beep, mais enfin ça bruit et ça se remue, c'est vivant, plein de souffrance et de mort et bien vivant. J'ai éteint mon poste de télévision par lassitude et par ennui, et puis le plafonnier hésitant au-dessus de mon lit, il aurait bien voulu être un clignotant celui-ci, ou alors il a le hoquet ?
Machinalement mon regard se porte sur le rai de lumiere qui filtre sous ma porte...
Surprise ! Une toute petite petite souris grise se faufile, très discrètement,  par dessous. L'interstice est pourtant si étroit que je ne pourrais sans doute y glisser le petit doigt.
Elle procède méthodiquement pour se faufiler tout en s'assurant que sa retraite ne soit pas coupée.  Je vois d'abord apparaitre un museau rose, multiplement mobile, curieux, hérissé de moustaches longues et courtes, vibrisses aux aguets. Puis deux yeux brillants, noirs, espiègles, vifs, qui ne clignent pas, pas l'temps, elle est en r'tard, en r'tard .... Enfin des oreilles paraboliques, cornets incomplets tournant en tout sens.
La voie semble libre. De petites pattes se posant bien a plat, doigts écartés, s'agrippant silencieusement au linoleum, la propulsent enfin, par à coups, vers sa cible. Elle ne baisse pas un instant la garde, vigilante, attentive aux bruits, aux mouvements, aux vibrations. Pourtant elle ne me voit pas, moi, la géante immobile qui la surplombe souffle suspendu sans plus oser bouger sur mon lit articulé qui craque au moindre pet.
Que vient-elle faire ici ?
Elle mesure tout au plus de la pointe extreme de sa queue effilee au petit bout rose de son nez tremblant, deux phalanges de mon index, pardi il faudrait être bien malin pour l'avoir repérée de jour.
Elle progresse prestement, presque aplatie par terre, son ventre doux rebondi (les souris ont toujours un petit ventre as-tu remarqué ?) poussé par ses pattes griffues qui sans doute grincent en glissant sur le sol plastifié, mais l'écart d'échelles est trop important et ce bruit minuscule n'est que le fruit de mon imagination.
Voici l'objet de sa convoitise nocturne : une miette énorme de biscotte est demeurée coincée entre mur et plinthe, inaccessible au balai quotidien. Pour se hisser jusqu'à son festin il lui faut s'étirer et s'étendre et se contorsionner, grimper très haut sur ses pattes arrière, et allonger encore le museau ... les moustaches .... la truffe. .. Quelle frustration exprime son petit tremblement impatient et quelle volupté  lorsqu'elle se saisit enfin du butin! Elle perd toute mesure, elle s'assied sur ses pieds dont les petits doigts roses dépassent dessous son ventre, porte à ses quenottes entre deux mains avides la croustillante récompense et la faisant reposer un instant sur sa bedaine pour la mieux retourner en dévore ainsi attablée un long tiers, pensive, appliquée, sereine. Puis, repue enfin ou rassasiée assez pour retourner à son terrier en emportant son larcin à ses petits, elle le plante d'un bon coup d'incisives, et se sauve bouche grande ouverte et pleine cette fois-ci !
Ce soir je garderai de côté un morceau de fromage.

Publié dans Tendresses

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