Tourne la roue du vieux moulin

Publié le par Hemipresente

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Tu es fiévreuse ma grenouille. Tu te blottis contre moi.
"J'ai mal, maman"
"où ça ma douceur ?"
"là, au pied".

Un long petit peton tout fin, hâlé, brûlant, se glisse dans ma main gauche. Je l'enfouis dans mes grandes mains jointes.
Tu te recroquevilles contre moi, tu voudrais que je te rembobine au chaud. Il devient immense, le canapé dans lequel nous nous lovons. Je te masse du gras du pouce. C'est chaud. Tu ne te dérobes pas à la caresse qui devrait te chatouiller. Tu te fais petite, légère, douce ; pliée, repliée, chattement boulée dans mes bras, tu fais reposer ta tête un peu plus lourd sur mon épaule. Tu frissonnes. Je remonte sur ton dos la polaire aux bons tons chauds, qui attirera le chat à coup sûr, aussi sûr que ta chaleur moite.
Le paracétamol tarde à faire effet. Tu remontes, doucement, ton pouce à ta bouche, tu serres ton doudou.
Qu'il est douloureux, ce tiraillement, qui aujourd'hui me retient, ce balancement quotidien entre le devoir te faire grandir et la tentation immense de te faire un nid tout doux, un cocon tout moelleux, de te garder près de moi, contre moi, presque sur ma peau encore. Tu es si petite et on te demande tant, déjà. Demain tu entres chez les Grands, et ce sera ta dernière année d'insouciance scolaire.
Mais peut-être me leurré-je, peut-être n'es-tu déjà plus cette petite fille occupée aux seuls jeux de la cour de récréation, tu es si sérieuse mon amour, si soucieuse de faire bien. "Tu sais maman, parfois c'est difficile, parce que je suis très intelligente". Tu as lâché cela dans un soupir, sans coquetterie, presque lasse et blasée. Diantre, je veux bien te croire mon coeur, mon immense petit coeur lourd et léger, aux élans trop grands, aux douleurs trop vives, aux éclairs trop perçants.
Tu suces ton pouce, tu te pelotonnes, je t'enveloppe en chantant ta berceuse, ton oreille droite contre ma poitrine se plaque pour éprouver plus intensément les vibrations des graves
Tourne la roue du vieux moulin
Chante l'eau claire dans le matin

Danse la paille avec le grain

Vive la table et vive le pain...

Publié dans Amours

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Annie 07/08/2012 22:31

J'adore "chattement boulée"

Hemipresente 08/08/2012 09:23



Annie j'aime bien aussi :)