Survivre à août

Publié le par Hemipresente

 

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Quinze heures. Elsa dessine sur son ardoise, Mathilde lit, le viking dort et moi je survis dans le courant d'air artificiel dispensé par le ventilateur-colonne. Je m'asperge régulièrement avec le pulvérisateur, sèche, m'asperge de nouveau ...
Même les chatons sont calmes cet après-midi, couchés, l'un sur le flanc l'autre sur le dos, tétons en l'air, sur la table de la salle à manger, dont le plateau verni offre sans doute quelque fraîcheur.
J'ai mouillé le chien, qui haletait et réclamait de l'eau.
Tout est fermé, nous n'ouvrirons que fort tard, lorsque le gradient de température entre l'intérieur et l'extérieur s'inversera. Hier, nous avons dû attendre vingt-trois heures.

Nous ne sortirons pas. Les filles et le viking sont allés à la piscine municipale ce matin, à la fraîche, ils me sont pourtant revenus moites : il y a loin du bassin découvert à la maison tiède, et peu d'ombre sur le trajet, parcouru à pieds.

Je me souviens des heures chaudes, lorsque j'étais petite, en vacances. Nous avions la chance de partir chaque année vers une destination nouvelle, et j'ai ainsi découvert presque toutes les régions de France. Certains souvenirs sont plus nets, plus encrés, plus précis que d'autres, certaines maisons ne se laissent pas oublier. Je me souviens ainsi de la Maison du ruisseau, qui m'inspira une courte nouvelle... de la Maison des épeires ... de la Maison des araignées ... Je me souviens, surtout, de cette langueur des après-midi d'août, lorsque la torpeur menaçait de nous gagner, mon frère et moi, et que nous luttions - pourquoi ? aux heures où les parents dorment, pour ne pas être happés par le sommeil. Je m'allongeais sur le lit, bras et jambes écartées, sur le dos, et regardais le plafond, palpant du plat de la main la douceur et la fraîcheur des draps.

"Titia, tu dors ?"
C'était le seul moment de l'année où nous partagions la même chambre. Je fermais les yeux bien fort, feignais de ronfler, mimais ce que je croyais être les signes du sommeil. Il m'appelait une fois encore, plus doucement, puis se retournait, mettant son doigt dans la patte trouée de son nounours, et, vaincu, finissait par s'endormir pour de bon. Alors je reprenais ma contemplation muette, tous les sens en éveil. On avait fermé les volets et le soleil projetait au plafond par les fentes tout un monde mouvant d'ombres dansantes et déformées d'insectes innombrables. J'écoutais, me parvenant du dehors, les bruits de la campagne : les stridulations entêtantes des cigales, les chants d'oiseaux, quelque machine agricole, les rires des saisonniers... Je sombrais à mon tour dans un état second, hypnotique, entre veille et sommeil.
Vers seize heures, enfin, j'entendais la vie reprendre son cours Je m'étirais, me défroissais, en silence. Dans le lit près du mien mon petit frère dormait encore. Je me levais. Dans la cuisine, l'eau pour le thé et mon lait bouillaient déjà. Mes parents reposés s'affairaient à préparer le goûter, discutant du choix du repas du soir, riant, se taquinant. Souvent, l'un ou l'autre avait placé devant lui un plat en pyrex où atterrissaient les haricots verts équeutés ou les fèves écossées et tout en papotant accomplissait son menu travail pour le dîner.
Nous avions bien souvent acheté le matin au marché quelque  douceur - ah les brioches aux pralines, les croquets, les canistrelli ..
"Tu as dormi ma puce ?
- Je ne sais pas ... je ne crois pas".
Je croquais dans ma part de brioche le plus loin possible, il m'en fallait plein la bouche !
"Doucement, personne ne va te le prendre !"
Mon père déposait devant moi mon bol rempli de chocolat, puis s'asseyait avec nous. Mon frère ensuqué se levait enfin et nous rejoignait, pieds nus, un ou deux épis nouveaux dressés sur le crâne, que ma mère lissait de la main trempée dans l'eau.
"Toi tu as bien dormi !" et nous souriions tous quatre.
C'était doux.

Publié dans Quand j'étais

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Linh 24/08/2012 00:05

J'aime tellement "certains souvenirs... plus encrés, ....que dautres"

Hemipresente 24/08/2012 08:13



Bonjour Linh, bienvenue chez moi. Merci d'avoir compris qu'il n'y avait pas de faute ici.