Elle ira manger chez sa mère, je prends les paris.

Publié le par Hemipresente

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Hier, j’avais rendez-vous avec mon neurologue. 

Je quittai donc, guillerette n’exagérons rien, mais déterminée, mon domicile, une heure et quelque avant l’heure dite. C’est que j’habite à plusieurs kilomètres de chez lui et que, restant désespérément dépourvue de permis de conduire, il me faut, par souci de légalité et pour préserver mes concitoyens, recourir à d’autres moyens de transport que la voiture. Le train en somme. 

Tout était bien prévu : j’avais regardé les horaires d’été en journée, j’avais préparé une bouteille d’eau bien fraîche (que j’ai bien entendu oubliée), ma carte SNCF était bien dans mon nouveau sac, lequel j’arborais fièrement (il est drôlement joli), je m’étais donné vingt minutes pour parcourir les huit cents mètres me séparant de la gare (c’est que je suis devenue un peu lente), bref j’avais pensé à tout. Pour une fois, je croyais même avoir un peu d’argent sur moi ! 

C’est donc avec une certaine avance que j’arrivai à la gare. Quelle ne fut pas ma surprise – là je ménage mon effet pour créer un minimum de suspense – lorsque le train s’annonça cinq bonnes minutes plus tôt que prévu. « Bah » me dis-je « avec les horaires d’été, j’ai drôlement bien fait de partir tôt ». Ravie de ma prévoyance, je me fendis d’un SMS à mon époux.

Entre ma gare de départ et ma gare d’arrivée, le train met une petite dizaine de minutes. Etant partie une heure dix à l’avance, je me prévoyais un délai confortable pour parcourir, à destination, le kilomètre et demi me séparant de chez le neuro. J’envisageais même de prendre le temps de me payer à moi-même un petit Perrier rondelle avant que d’entreprendre ce périple pédestre, qui me prendrait bien une bonne trentaine de minutes. 

Le temps passa, comme il a l’habitude de faire lorsqu’on est entre deux destinations. Je m’étais installée confortablement et clavardais paisiblement avec mon époux que sans doute mon babillage agaçait au travail, mais il avait la gentillesse de me répondre.

Derrière moi, hors de portée de mon regard mais pas de mes oreilles, un couple se chicanait gentiment. Elle « Mon amour, je n’ai pas très envie d’aller chez ta mère ce week end ». Lui  « oh s’il te plaît, elle va nous préparer mon plat préféré, c’est gentil » Elle « Elle te prépare toujours ton plat préféré … » Lui « eh bien c’est parce qu’elle est toujours gentille ! ». Il doit sans doute lui sourire. Elle l’embrasse. Oh ces deux-là n’en sont qu’au commencement de leur aventure humaine …

Curieuse, je suis tendue dans l’écoute. De dos par rapport à eux, je n’ai pas à détourner le regard pour éviter de les voir se bécoter : ma position est idéale. Je poursuis mon observation méticuleuse, je me retourne même une seconde pour fixer leurs visages dans ma mémoire : le goût du détail me donne toutes les audaces.

Dans ce mouvement rapide de la tête, un détail me happe en dehors du train : ces aiguillages que j’ai sentis, ce changement de voie … corrélés à cette maison que mon œil vient furtivement d’apercevoir … Bon Dieu ! Mais ce con de train ne s’arrête pas ! Je regarde l’heure : nous sommes partis depuis douze minutes, et il est allé à un bon rythme, pas de retard à annoncer, pas d’arrêt en pleine voie. Ne croyez pas que la lumière se fit alors dans mon esprit, non, je pris d’abord le temps de me plaindre par SMS à mon époux. Il fut chaleureusement magnanime : il ne rit pas. Mais il souligna que, peut être, l’avance annoncée n’était pas celle que j’avais crue … Avais-je pris le bon …. ?

Pour vous la faire courte : ben oui, je me suis plantée. J’ai pris le seul direct Paris de toute l’après-midi, qui passait huit minutes avant le train que je visais. Mais comme, précautionneuse plus que de raison, j’étais arrivée en avance à la gare …. Je me suis donc retrouvée, sans titre de transport qui plus est, au terminus, il m’a fallu courir pour m’acheter un billet – je parie ma chemise que si je ne l’eusse pas fait les contrôleurs seraient passés - puis courir pour reprendre le même train qui repartait dans l’autre sens, non sans avoir emmerdé trois voyageurs et un chef de quai quant à sa destination et à ses arrêts (courir, le mot est un peu fort, mais je me suis hâtée horizontalement). J’ai fini par arriver, suante et puante, une heure en retard chez le neuro, qui, averti téléphoniquement, a fort aimablement accepté de me prendre malgré tout, et, plus appréciable encore, n’a fait qu’esquisser un sourire à l’énoncé pourtant laconique de ma méprise.

Au sortir du rendez-vous, mon époux est venu me chercher à la gare, je n’étais pas précisément sur son chemin de retour à la maison, mais il a dû penser que j’en avais assez pour aujourd’hui. Merci à lui. Tacitement, nous avons choisi de ne pas évoquer l'incident.

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marie 26/07/2012 08:49

hâtée horizontalement ! mouarf. Quant aux trains en avance CA N"EXISTE PAS

Hemipresente 26/07/2012 12:57



JE SAIS ! maintenant je sais... Snif.



alain 25/07/2012 22:19

voilà pourquoi je suis toujours en retard!
pour ne pas être trop en retard!
pensées compatissantes pour la femme qui se hâte horizontalement ;)

Hemipresente 26/07/2012 13:01



Merci ;)