Des yeux de baleine

Publié le par Hemipresente

Je l’aime merveilleusement ! C’est une force de la nature, un colosse roux. Lorsque je l’ai connu, il avait laissé pousser ses cheveux joliment bouclés jusqu’aux épaules. Il me soulève au-dessus de sa tête en m’appelant sa pluminette et me redescend très doucement, tout contre lui, j’atterris dans son cou et m’y fourre la truffe à la recherche de cette odeur enivrante de brioche que prend au soleil sa peau. Il a les plus jolis yeux de baleine que j’aie jamais vus ! Toute la douceur du monde y passe !

Lorsqu’elle veut vous voir, cette bête inimaginable, elle choisit d’abord un côté, son bon œil si l’un est myope, et puis elle passe dessous la barcasse, roulant sur le flanc. Penché au-dessus de l’eau, vous apercevez à quelques centimètres en-dessous de vous, au milieu de cette figure colossale qui défile avec une lenteur calculée, cet œil géant qui vous scrute sans ciller avec une curiosité avide et pétillante. Vous vous sentez doux et sage sous ce demi-regard grave, et vous avez l’irrépressible envie de poser votre main sur cette géante que rien n’effraie, de nouer un contact, de communiquer, vous sentant porteur des vilénies de votre espèce à faire pardonner, comme si vous étiez, de part et d’autre du mur d’eau, chacun, un ambassadeur… Lorsque je regarde la photo, précieuse, sur laquelle j’ai capturé ce sourire qui n’est qu’à moi, ses yeux renferment tout cela, cette force bienveillante qui pardonne par avance, cet amour inconditionnel, cette tranquille assurance inquiète de moi seule.

J'ai apprivoisé, moi, un viking roux aux yeux de baleine, qui croise depuis en ma compagnie dans des eaux que sa force apaise.

Publié dans L'homme

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