De saison

Publié le par Hemipresente

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Le départ en vacances était exténuant, amplement préparé et pourtant toujours précipité. 
Il fallait parvenir à tasser dans la Renault 11 sans galerie ni remorque un tiers de nos affaires d'été, la glacière pleine, le chat stressé, mon père migraineux, ma mère hirsute, mon frère et moi-même surexcités... Le chargement, méthodique, commençait à l'aube. En cinq ou six voyages de l'appartement au garage mon père ordonnançait, tassait, pestait, enlevait, reposait, se résignait à investir une partie de la plage arrière. Levés à cinq heures nous partions, déjà las, à huit...

Le premier "chassé croisé des vacances" jetait sur les routes des millions d'autres familles semblables à la nôtre. Je les contemplais paresseusement dans le déroulé mollasson des embouteillages en plein soleil. Nous dépassions souvent des minicars ou vans exotiques, alourdis jusqu'à en toucher le sol de matelas, tables, chaises, galerie débordante, plage arrière encombrée de balots de vêtements comprimés ; c'était la saison des retours au pays, et la transhumance pour ceux-là prenait des airs d'exode.

Il arrivait que le tortillon se bloquât totalement, sans raison visible, engorgé loin là-bas ; nous n'osions pas bouger jusqu'à ce qu'Europe 1 nous ôtât tout espoir en énonçant la longueur du ralentissement auquel nous prenions part. Alors, vaincus, nous sortions nous dégourdir un peu les jambes, sans jamais oser vraiment nous éloigner. Nous arrosions à travers les trous d'aération de sa boîte le minet glapissant sous l'eau froide, on se mouillait la tête, on grignotait un peu ... La température dans l'habitacle lorsque la file se remettait en branle centimètre par centimètre était devenue insoutenable. Jusqu'à ce que la voiture reprît un peu de vitesse nous restions pantelants, le dos collé au siège par la transpiration, les cuisses dégoulinantes.  Le chat trempé, hirsute, puant, ébouriffé comme une mouette gazolée, entamait, métronomique, sa litanie de miaulements plaintifs et monocordes ; nous savions alors que le seuil de l'intolérable avait été franchi. Peu de temps après le triangle de Rocquencourt, alors que nous nous apprêtions à aborder le deuxième trentième du trajet qui nous conduirait auprès des cigales, mon frère ou moi nous joignions, solidaires, à sa plainte : "c'est quand qu'on arrive?"

Publié dans Quand j'étais

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Lise 25/08/2012 18:36

ah My God, on s'y croirait ! souvenances de journées épiques et caniculaires, mon fils ainé, alors agé de 6 ans, demandant à son père tous les dix kilomètres : " Pourquoi tu prends des routes
chaudes ??? "

Plus loin dans mes souvenirs, depart en vacances avec mes parents, ma grand mêre et Way-le-chien qui supportait très mal la voiture et qui passait tout le trajet la tête à la fenêtre. On lui
mettait un capuchon parce qu'il attrapait des otites dans le courant d'air des vitres baissées. A l'arrivée, nous étions tous malades, angines, allergies, rhynos ; sauf lui.

Hemipresente 25/08/2012 18:39



Roooh comme j'imagine bien le chien avec son capuchon !! C'était quel genre de toutout ? Il devait être chouquet !