Créoles

Publié le par Hemipresente

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Il est fort tôt lorsque, bien loin des mes habitudes, je me dirige vers la boulangerie ce dimanche matin. J’ai décidé de faire la surprise d’un bon petit déjeuner à mon petit monde, et je me suis donc levée avant 8 heures et le réveil du clocher. A la hâte et sans allumer la lumière, j’ai attrapé dans l’armoire un jean de mon côté et une chemise dans la penderie de l’homme, me suis attifée rapidement, puis suis sortie sans bruit de la chambre. Décoiffée, encore moite de l’oreiller que je viens de quitter, je ne ressemble pas à grand chose, je l’avoue, et je ne suis même pas maquillée. A la hâte je lisse mes cheveux tout courts, vain effort … Bah qu’importe, je ne croiserai personne. J’enfile une veste de laine noire et referme doucement la porte d’entrée derrière moi. Je laisse dans mon sac mon porte-monnaie et n’emporte qu’un simple billet de cinq euros que je tripote dans ma poche machinalement tout en parcourant les quelques centaines de mètres jusqu’à la boulangerie. Pour un peu je siffloterais. Il fait frais, je suis presque seule dans la ville. A l’approche de la boutique, une bonne odeur de viennoiserie - factice : le boulanger a déjà fini sa cuisson depuis belle lurette - m’accueille et je me laisse mener par le bout du nez. Je repense aux Effarés de Rimbaud, au soupirail “chaud comme un sein”. J’entre. Il n’y a personne encore. La vendeuse, toute jeune, au tintement de la porte d’entrée se hâte lentement jusqu’au comptoir, la pauvre bâille, des cernes violets sous les yeux. “Oui bonjour Monsieur ?” “Monsieur !??!” lui réponds-je. “Ah non ! Moi c’est Madame. Mademoiselle à la rigueur si vous voulez me flatter, mais en tout cas pas Monsieur !“ Et pour preuve je secoue la tête en désignant les créoles à mes oreilles. Elle me regarde avec un brin d’incrédulité dans les yeux. Je secoue de nouveau la tête.... “Eh bien ! Des messieurs avec des boucles d’oreilles comme celles-là ça ne doit pas être courant !”. Je lui souris, blagounette. Elle semble à présent franchement inquiète et se recule le plus loin possible derrière son comptoir... Allons bon, elle doit être fatiguée cette môme. Je passe ma commande, règle - elle me rend la monnaie du bout des doigts - et rentre chez moi.

Dans l’entrée, le miroir en pied que j’ai dédaigné de consulter avant de partir, m’attire cette fois le regard, un détail surtout dans le visage, voyons ce ne sont pas les cheveux, en touffes diversement hérissées comme je m’y attendais... ce ne sont pas les yeux toujours sans maquillage ... ah j’y suis : je n’ai pas mis les boucles d’oreilles.

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Anne 04/09/2012 13:35

AH AH AHHHHHHH

Hemipresente 04/09/2012 21:47



Oui hein ? C'est toujours plaisant de faire rire de son propre ridicule. Je te recommande aussi "Héreuhère" dans le même genre :D