Seule un peu, enfin

Publié le par Hemipresente

Voilà, presque tout est propre. L'odeur de lavande artificielle se répand à mesure que les sols sèchent. Le bazar a trouvé son maître et les Choses, magma indistinct, sont redevenues des objets et ont regagné, chacune, leur place attitrée. Jusqu'à la prochaine fois. Les filles et le viking sont au loin, à un anniversaire où mes hanches douloureuses ne me permettent pas de me rendre : je ne supporte pas la voiture. Je pose l'ordinateur portable sur la petite table ronde de la cuisine, je lève les yeux ... Le jardin vide encore en travaux est calme, le bruit léger du réfrigérateur me berce, les abeilles ont trouvé une nouvelle occupation idiote : elles pompent avec béatitude la cire de protection du marbre de la table d'extérieur, que j'ai enduite il y a quelques minutes dans l'espoir à peu près vain de lui redonner sinon un lustre oublié du moins une légère protection contre les intempéries. Elles s'en envolent comme ivres ... je leur ai bien dit que c'était fort mauvais pour elles et que personnellement je ne boirais pas ça .... elles n'écoutent rien, jamais. Le chat que la température inadmissible - nous sommes repassés sous la barre (on dirait un bulletin Bourse de Paris ...) des seize degrés - a rabattu sur le canapé tend vers moi des tétounes alanguies et puis oublie qu'il m'attend et s'endort ainsi, indécent, offert. Peut-être que c'est le chien qui prendra tiens, bien fait, venant fourrer sa truffe pas vraiment délicate dans le giron touffu et moite de l'autre bête que lui. Le calme. Le silence. Je suis certaine en cet instant que la Maison savoure cette parenthèse elle aussi, voilà, tout s'est tu, les quatre coups du clocher de l'église toute proche ont retenti, l'abeille ivre s'est envolée, aucun son ne me parvient plus de l'extérieur, le chat ne ronfle pas. Je repose ma lassitude, vois, je t'offre un espace vierge à dévorer, prends, étends-toi.

Comme l'éphémère donne de valeur à ces minutes !

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