Lucanes et cerf-volant

Publié le par Hemipresente

Lucanes et cerf-volant

Tu viendras mettre ta main dans la mienne au tout petit matin de juillet, et on grimpera là haut, sur ta montagne, tu seras grave et presque silencieuse dans la fraîcheur qui déposera sur tes cheveux des gouttelettes accrochées qui sécheront sans rouler jamais, et ça fera tout le temps que ça dure comme un halo brillant et désordonné, comme un piquetage de diamants sur tissu. Tu respireras par la bouche grande ouverte, ta main je la mettrai dans ma poche tout au fond sous la mienne et j'ajusterai mes pas aux tiens que tu prendras grand soin d'allonger tant et plus jusqu'à l'essoufflement recherché. On se fatiguera assez pour juste se sourire, paroles coupées et pensées en harmonie.

Tu verras des bestioles en bas et moi des bêtes en haut et on se montrera du doigt qui la limace noire, qui l'araignée éperdue de froid faisant trembler sa toile, la route gourdonnée paraîtra sauvage, craquelures habitées d'une populace remise en branle par nos pas.

Dans mon dos j'aurai ton sac coccinelle et dedans une gourde, des tartines de brioche au beurre salé, une couverture pour s'asseoir tout en haut du champ, le cerf-volant démonté.

On mettra une petite heure à ton rythme, chassant la fraîcheur devant nous, et au sommet, là haut, on s'installera pour grignoter avant les exercices... la voltige ... les rase-mottes, les touch-and-go, les loopings qui réveillent les hirondelles qui viennent contemplent et s'amusent loin au-dessus. On lâchera les fils plus haut, très loin, on se tiendra bien serrées pour profiter de la tension et du bruit de l'air fendu en flèche dans les descentes, on regrettera un peu, réminiscence, l'odeur de sel et d'algues et puis tant pis on sera bien sans sable entre les orteils, sans le murmure crié des flots.

Commenter cet article