La concierge ....

Publié le par Hemipresente

.... est dans l'escalier. Elle a du boulot par dessus la tête ! Elle revient très vite, mais là y'a les boules à lustrer, les tapis à dépoussiérer, et une petite chambre de bonne tout en haut de l'immeuble à explorer en cachette, elle l'a trouvée presque par hasard, derrière une armoire, croirait-on pas qu'on y a caché des gens pendant une guerre, y'avait de vieux tissus là-dedans, et des livres, des coupons de nourriture, et une odeur de vieille lavande ! C'est pas le travail qui manque pour rendre ça habitable, et la recacher derrière une porte. La concierge n'a pas connu la guerre, c'est une toute jeune, elle vient juste de prendre son poste, elle a salué les habitants un à un, oh on voit bien la différence entre locataires et propriétaires, pas besoin de lire les fiches de la vieille Teresa, les propriétaires c'est ceux qui te prennent de haut sous prétexte qu'ils te filent des étrennes ! Elle s'en fiche, elle a toutes les clés et si elle veut elle pourra voir toutes ces vies là quand elle le souhaite ! Mais là, pour l'heure, elle remonte tout l'escalier avec son encaustique et son seau de chiffons - elle en change souvent, si c'est pour salir avec un chiffon sale c'est pas la peine de travailler, et à mesure qu'elle monte le vaste colimaçon où trois personnes pourraient se croiser, son imagination la ramène là-haut ; elle frotte, polit, lisse, là, on pourrait tout descendre à califourchon si on voulait, mais ici les gosses sont trop bien élevés, ou peut-être la petite du troisième qui est venue l'autre jour voir ses grands-parents elle avait l'air bien coquin ? Le dernier palier déjà. Et au fond la porte qui donne sur le réduit où dormaient y'a pas si longtemps les pauvres filles qui s'usaient la santé à la Capitale pour fuir leur famille - une petite porte exigue qui vous oblige à passer non seulement de la lumière à l'obscur mais du vaste à l'étroit, du large au long, comme si on devait faire passer son esprit tout rond dans un chas tout carré et sans se plaindre encore. Elle est la seule à posséder la clé, elle s'en est assurée, Teresa n'y a jamais mis les pieds, la porte était bloquée qu'elle disait, jamais pu y ouvrir ! ben tiens, un peu d'huile dans les gonds, et ça n'a même pas fait un soupir, elle a respiré ce vieil air tout rance, elle a ouvert la minuscule fenêtre du palier desservant les trois petites chambrettes oubliées et l'invisible.

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