Déclaration

Publié le par Hemipresente

On vous culpabilise, quand vous êtes mère. Tu es mère, tu es coupable. Par principe. Par essence. Par commodité. Freud l'a dit, Bettleheim l'a amplifié, la mère est à l'origine de tous les maux, de tous les vices quasi ! Alors lorsque, comme moi, on est tombé en amour pour sa descendance - que l'on voit pourtant avec l'acuité indissociable du véritable amour, sous leur véritable jour - on ne peut s'empêcher de s'interroger sur cet énamourage. N'est-il pas pathologique ? N'est-il pas nuisible ? N'est-il pas dangereux ? Est-ce que, ne pouvant lutter, je saurai faire bien, avec, autour ? J'ai été, moi, submergée par ces sentiments mêlés dès la naissance de mes filles. C'était au-dessus de mes forces d'admettre en un seul jour que tout cet amour pouvait sortir de moi pour ce petit bout de chair qui quelques heures avant était à moi et en moi. Je m'en suis défiée. Oui ! Honte à moi, et honte à ceux qui m'ont mis en tête ces idées idiotes ! J'ai passé trop de temps à réfléchir plutôt qu'à aimer, brut, sans fards, et c'est du temps perdu.


Mes filles, leurs yeux rieurs, leurs moues boudeuses, tout en elles me parle, m'interpelle, me questionne et me répond. La chair de ma chair. On n'imagine pas, avant, ce que cela représente, à quel point on peut s'en foutre de soi, après. Pfoooou comme je suis secondaire ! Elles rient ? Je vole. Elles pleurent ? Je meurs. Je fais mon devoir, mon travail, mon métier de mère, je sais ce qui est bon pour elles, j'ai toute confiance en moi, j'ai confiance toute en elles, et nous avançons et grandissons ensemble. Qu'elles me clament avec rage "je te déteste !" ne me touche pas, je souris, c'est dans l'ordre des choses, c'est bien elles protestent, s'opposent, se construisent et grandissent, et l'amour est bien là ! Je punis lorsqu'il le faut, je pardonne lorsque c'est mérité, j'ordonne et dirige, elles savent qu'elles sont des petites filles, je sais que je suis la maman, et notre monde se construit pierre à pierre. Les bases sont solides. Nous rions souvent. Elles écoutent, j'observe, je dessine, elles colorient, elles dessinent, j'encadre, je lis, elles dévorent, je cuisine, elles critiquent...


Leurs caractères sont bien trempés. Elles savent dire non. Elles savent dire oui !! Elles goûtent à tout, elles sont curieuses, avides, vives, drôles, pétillantes, jolies aussi, charmeuses. Chaque jour semblable est différent, il n'y a pas de quotidien, de lassitude, de répétitions, toujours elles sont pareilles et pareillement elles changent. Elles grandissent.


Elles s'aiment d'amour tendre. Se jalousent. Se protègent. Elles ont leurs secrets. Elles chuchotent et rient. Elles débaroulent l'oeil très haut dans les sourcils, grimées, entament une danse du ventre sur la marche de séparation de la cuisine avec le séjour, twistent huit secondes, s'effondrent en riant, repartent. Elles reparaissent changées, l'une poupée en main, l'autre stéthoscope autour du cou "il faut opérer madame maman ! c'est un prout !" et je les ramasse à terre tant leurs rires les éreintent.


La vie n'a de sens qu'avec elles ! Je n'existais que pour les naître. Je suis mère, je suis moi. La simplicité et l'évidence sont entrées dans ma vie.

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