7 ans ... Pourquoi je ne peux plus être un bébé, Maman ?

Publié le par Hemipresente

Il est 21 heures lorsque, tous les rituels accomplis dans leurs moindres détails, je me penche sur toi, pelotonnée contre ton Toufou, pouce au bec. Ta petite soeur m'a déjà longuement retenue, câline ce soir, très demandeuse. Vous sentez trop profondément ma fatigue et mon désarroi et cela me culpabilise, je fais pourtant de mon mieux, du moins ai-je la conscience tranquille pour cela, un peu, mais l'amour cela donne des antennes je le sais depuis bien avant vous ...
Je me penche sur toi et tu ôtes le pouce et la question revient, encore la même, trouverai-je cette fois les mots justes qui sauront calmer tes peurs ....
Pourquoi je ne peux plus être un bébé ? Et là, tout de suite, moi qui à ton âge ne voulais pas tellement grandir non plus, il me faut trouver les meilleures raisons pour t'en donner l'envie. C'est difficile tu sais. Je me souviens encore fort bien de cette petite fille que j'étais, elle est encore au creux de moi, dans le noyau. Et je me doute bien que ta réticence se calque sur ma peur d'alors, et celle de maintenant, de cette vie si dure qui t'attend, dans ce monde "de brutes", âpre, éreintant, sans pitié aucune...
Alors je cherche les mots doux, les tendresses, qui te donneront un peu confiance.


Tu ne veux pas sortir du cocon et toute à ton écoute tu fais autour de toi un tour supplémentaire de couette, tu approches un peu plus le mange-cauchemars à la bonne grosse truffe et aux oreilles si douces.


Ma douce, ma tendre, ma première-née, grandir c'est bien sûr s'exposer à des déroutes, et des douleurs, et puisque tu es très têtue et très sensible, tu souffriras, bien sûr, beaucoup ... mais c'est aussi apprendre, aimer, connaître, donner, toutes ces choses que ne font pas pleinement les petits enfants, et puisque tu es très têtue et très sensible, tu recevras bien sûr beaucoup.
Grandir c'est tellement s'ouvrir aux autres, à leur beauté et à toutes ces vilénies, au monde amoral, aux humains égoïstes et merveilleux. Tu connaîtras des amitiés magnifiques, et des déceptions à l'aune de ce que tu auras su donner de toi, tu découvriras l'amour ... Tu apprendras d'autres langues et cultures, et les mystères du Monde, et à ton tour tu m'expliqueras l'atome, l'ADN, la guerre de Cent ans, Lautréamont, Lorca. Il faudra bien que tu ailles dans le monde réel. Même si j'ai peur pour toi, et peur que tu aies peur.


Je te serre fort dans mes bras. Tes paupières déjà closes, tes yeux déjà rouverts sur d'autres mondes, tu t'abandonnes. Je pose un baiser sur ton front. Tu dors. Puissent tes rêves t'aider à me quitter un peu, car moi je n'y arrive pas.

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