De nouveaux lecteurs arrivent sur ce blog, je vous livre donc, en redite pour les plus anciens j'en suis désolée, le début du roman que j'écris depuis bientôt deux ans, les toutes premières pages. Il a bien avancé depuis et j'espère le mener à bien d'ici la fin de l'année 2009. Il s'étend plus que je n'escomptais en démarrant...


Bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser vos commentaires.

 


Elle lui donna le jour, comme il arrive bien souvent, au petit matin, après une longue nuit de sang et de cris, comme si les ténèbres se déchirant la mère s'autorisait à laisser venir l'enfant . L’angoisse, pointe persistante entre deux côtes, aiguillon, poignard, s’était resserrée, semaine après semaine, car le bébé, son quatrième déjà – les trois premiers avaient été bien placés et chèrement acquis – ne bougeait pas. Les ruades épuisantes en soirée, les nuits hachées à maudire les retournements successifs tête en haut tête en bas, la vésicule talonnée, le souffle coupé, tous ces petits gestes automatiques qui laissaient deviner les mouvements involontaires des premières semaines du nouveau-né, rien n’avait eu lieu. A chaque visite, la sage-femme avait tenté de la rassurer, avec chaleur au début puis lassée de ces atermoiements hormonaux, plus mollement : le cœur battait fort et vite, le monitoring enregistrait des mouvements réguliers signant une activité foetale normale, la hauteur utérine croissait harmonieusement et l'on pouvait supposer qu'il en allait de même pour l'enfant, elle prenait le poids qu'on attendait qu'elle prît ... Elle entendait tout cela, reportait scrupuleusement sur son carnet de suivi toutes les mesures qu'on lui avait livrées ... Elle se prenait à rêver d'échographie secrète, même au prix de toutes les années de prison encourues. Elle s’en ouvrit une fois à voix basse à une vieille infirmière aux allures de mère supérieure, celle-ci écarquilla ses gros yeux qui repoussèrent si haut ses sourcils touffus dans une mine atterrée qu'ils rejoignirent sa frange trop courte poivre-et-sel et y restèrent un long moment : elle savait bien que c’était interdit, que l’équipe chirurgicale au grand complet avec un plasticien, un chirurgien cardiaque, un orthopédiste, tous ceux susceptibles d’intervenir sur n’importe quelle malformation seraient présents à la naissance, autour d’elle ou au plus près, disponibles, ce n'était pas sa première grossesse que Diable, elle devait connaître la législation sur ce point, intransigeante, la santé publique passait avant tout, on n'avait pas le choix ! Elle s’était radoucie quelque peu devant les yeux embués de la jeune imprudente : allons, tout irait bien, il n'y avait pas de raison, il ne fallait pas avoir tant de craintes, qui étaient mauvaises pour le foetus, et puis accepter quoi qu'il advienne tous les enfants que Dieu voulait bien encore donner, il y en avait si peu. Alors elle s’était résolue à taire définitivement ses peurs : elle ne pourrait pas faire comprendre à ces femmes au ventre creux l'indiscutable pertinence de ses sensations.


Malgré tous les indicateurs objectifs qu'on lui opposait donc mensuellement, chiffres et courbes et normes et percentiles, en dépit des tintements et soufflements réguliers des machines autour d’elle qui ne s'émouvaient ni plus ni moins de ses angoisses que le personnel hospitalier, malgré toute cette apparence de normalité, elle n’était jamais rassurée plus de quelques heures, le temps de regagner sa chambre, de retrouver sa place sur le sofa et son zapping muet, de reprendre son observation méticuleusement anxieuse de cette presque immobilité. Elle lui parlait, posait une main douce sur son ventre pour chercher sa tête et l’ayant trouvée – il ne se retournerait sans doute plus à présent, le terme était bien avancé – appuyait un peu plus fort sa caresse en entonnant un chant grave, bouche close, menton reposant sur la poitrine, rumination mélodique. Il bougeait en réponse, bien sûr, mais il répondait mollement ; elle le savait vivant, sans nul doute, mais … différent.


Lorsque la grossesse atteignit enfin le seuil de viabilité, elle commença de lui parler en secret, de le presser de hâter sa sortie. A trente-huit semaines enfin, elle perdit les eaux. Elle fut conduite à l’hôpital alors que les contractions se rapprochaient déjà à deux minutes d’intervalle, elle avait connu trois accouchements longs et dès le premier on l'avait avertie, col hypertonique. Elle savait qu’il lui faudrait composer sur la durée avec cette douleur croissante alternant élancements insoutenables dans tout le ventre et sourde traction des lombaires. Elle savait faire. A trois doigts, les futurs parents la rejoignirent en salle de travail. Elle avait obtenu que l'on attendît ce stade avant de les prévenir. Ils s’étaient montrés, dès le premier jour, attentifs, doux, prévenants. Elle, timide, retenue, posa doucement une main près de la sienne, sur le drap qui la recouvrait encore, et lorsqu’elle la lui attrapa pour s’y accrocher dans un spasme elle sourit enfin largement, compassion impuissante et tendresse, il fallait aussi qu’elle souffrît dans sa chair, c’était bien. Lorsqu’elle fut ouverte à cinq doigts, elle n’y tint plus. Elle fit approcher la mère « Ne venez pas ! Ne venez pas oh je vous en prie ! Quelque chose ne se passe pas normalement, je le sais, ne venez pas ! ». Le sourire ému laissa place à la perplexité, et après un long regard chargé de sens et pour l’une et pour l’autre, à l’inquiétude la plus vive. Elle n’eurent guère le temps de s’en dire plus… Elle avait perçu de la gestante une part des doutes qu’elle étouffait et taisait depuis de longues semaines … « Pardon ! »

Elle se revit à l’agence, étudiant méthodiquement, presque scientifiquement, les fiches des jeunes femmes fertiles qui avaient été dépistées et correspondaient à son ethnie, arrêtant son choix sur une dizaine de porteuses potentielles. Une seule fut commune avec celles choisies par son époux, une jeune Marie de vingt-quatre ans ayant déjà enfanté trois beaux bébés nés à terme à plus de quatre kilos par voie basse sans complications et sans souffrance fœtale. Leur choix conjoint étant fait, le passé médical de la jeune femme leur fut exposé en détail sans que son portrait leur fût encore communiqué. Du fait de sa solide constitution tant physique que mentale, de sa cotation exemplaire tout au long des grossesses et des allaitements, il tenait en quelques mots : elle était invraisemblablement saine, large, bonne laitière, faite pour enfanter ! Elle avait en outre reçu une éducation tout à fait exceptionnelle pour une personne de sa condition puisqu'elle savait non seulement lire écrire et compter, mais chanter et déchiffrer. Ses premiers maîtres, grands amateurs d’art lyrique, avaient détecté dans sa voix méridionale chaude et lourde, faussement rauque, toute la richesse d’une alto et lui avaient fait enseigner le chant prénatal. C’est ce dernier point et leur recommandation enthousiaste figurant au dossier, qui avaient emporté l'immédiate adhésion du couple, elle soprano et lui violoncelliste. Le cuissage se déroula correctement ; elle n’était point vilaine, il était vigoureux… La fécondation eut lieu dès la première semaine suivant l’ovulation, délai satisfaisant pour tous.
Le premier trimestre avait été semblable à ceux qu’elle avait connus pour ses trois premiers petits, longue période nauséeuse et somnolente qui l’avait laissée exsangue et amaigrie, se pensant dégoûtée à jamais de la grossesse. Au cours des deuxième et troisième trimestres, elle put enfin manger sans restriction ; elle faisait l’objet d’un contrôle scrupuleux mais discret de ses menus, de ses lubies alimentaires et de son poids. On l'avait installée dans une chambre douillette, au rez-de-chaussée, ce qui facilitait ses allées et venues et constituait pour elle une liberté précieuse manifestant la grande confiance et presque l'estime où la plaçait le couple. Elle percevait une rente confortable sur les intérêts de laquelle elle pourrait vivre sans souci jusqu’à sa prochaine gestation. Les piques et jalousies occasionnelles des filles stériles que ses maîtres avaient mises à son service ne lui pesaient pas, elle en avait pris son parti. La fertilité qu’elle avait reçue comme un don lui était chaque jour sujet d’émerveillement et lui permettait d’affronter, souriante et bienheureuse, les vicissitudes de ce mode de subsistance auquel, quoi qu’elle fasse, elle ne pourrait se soustraire : la perspective de ne pouvoir être épouse et mère à son tour qu’après de nombreuses grossesses encore et à un âge avancé auquel son corps ferait moins bien le tri entre embryons normaux et anormaux, puis viables et non viables, le délabrement du corps accéléré par les gestations rapprochées et les longues périodes d’allaitement, la beauté qui se fâne alors que grandissent les enfants, et l'intolérable nécessité de se séparer, toujours …

Délestée de tout souci matériel pendant ces six mois, choyée, soignée, respectée et chérie par les futurs parents comme une extension du corps de sa maîtresse, elle avait reporté toute son attention de plus en plus inquiète sur les sensations inhabituelles dans son ventre. Cet enfant-là n’était pas, ne serait pas, comme les autres. Elle s’était tue cependant, par intérêt, par superstition, réservant ses mots doux pleurés et ses caresses en quête de mouvement pour les moments de solitude rare que lui laissait le couple. Mais, tout à l’heure, alors que son corps s’ouvrait, corolle fragile ébranlée de secousses, elle ne put retenir plus longtemps ses angoisses.


Elle lâche la main de Marie qu'on lui arrache et la regarde s’éloigner, écartelée sur son brancard, silencieuse malgré la douleur, convulsée de sanglots. "Pardon" ? Pourquoi demander pardon ? Elle n’a pas failli ! Elle s’assied tout au bord de sa chaise, froissant son mouchoir entre ses mains. Son époux se tient debout à ses côtés, en retrait, il pose une main qu’il aimerait mâle et forte sur son épaule ; trop serrée ; il tremble.
Loin, au loin là-bas, tout proche et hors de portée, leur destin à tous quatre, scellé huit mois et demi plus tôt, se dénoue enfin. La salle d’accouchement, isolée, molletonnée, ne permet pas aux grognements, borborygmes, hululements retenus entre les dents, plaintes étouffées, cris aussi, parfois, de leur parvenir. Pourtant, ils ne sont qu’oreilles et empathie, tout entiers tendus vers celle qui leur donnera bientôt son petit, leur bébé.


Les heures, longues, lourdes, peinent cependant à peser sur l’éphéméride des chiffres de l'horloge en plastique qui, chlop! après chlop! au-dessus du lit face à eux, égrène les minutes et s'essaye sans succès à imprimer un rythme à leur attente. Lui, marche de long en long, de large en large, sort fumer, interminablement, puis reparaît après s’être volontairement perdu dans les couloirs, le menton grisâtre comme passé au bouchon qu'il gratte mécaniquement, nervosité, transpiration dans les jeunes pousses de poil dru. Elle, tendon prêt à claquer sous l’effort, se réfugie dans l’immobilité, c'est mieux ainsi, plus simple de se croire hors de portée. Ses yeux voilés contemplent vingt ans en arrière le cabinet médical où le docteur, trop adorable, trop souriant, lui délivra l’incontournable diagnostic de sa stérilité. L’espèce humaine était en voie d’extinction, un virus avait gagné la planète entière, miracle des voies de communication internationales, et après des mutations délétères, s'était rendu capable de détruire dans le ventre des mères les utérus des petites filles et, beaucoup plus rarement, les testicules des petits garçons. Si son but avait été d’éradiquer la race humaine, il ne lui était point nécessaire de toucher les deux sexes... De rares individus, comme il en est toujours, s’étaient montrés résistants à ses effets, dotés de mécanismes immunitaires hors normes qui quoique le plus étudies au monde demeuraient encore incompris. Trop rares sans doute pour garantir la pérennité de l’espèce mais enfin, depuis un siècle, on se battait. Comme toutes les petites filles depuis lors, elle s’était rêvée enceinte jusqu’au jour de sa première échographie, pour l’entrée à l’école. L’opérateur, blasé, n’avait pas pris de pincettes pour commenter les nuages de points mouvants sur l’écran, où se révélaient des ovaires inutiles et le vide, là ! là où dans ses livres on voyait un bébé trop serré dans le ventre de sa maman, tête en bas. Le médecin, le soir même, n’avait pu que confirmer. Sa douceur infinie, les explications scientifiques puis la première ébauche d’éducation gestationnelle… un protocole … la petite fille n’en oublierait pas le moindre détail.

Ses yeux perdus dans le vague s’assèchent, ses pupilles se contractent ajustant sa vue à la pièce qui l’entoure, présente au monde à nouveau, attentive à cet instant qu’elle espère depuis qu’elle a relevé la tête et fait son deuil. Elle le pressentait long mais du moins irrigué d’excitation, d’impatience et de bonheur, il se révèle contre toute attente d’une intensité dramatique très légèrement au-dessus de ses forces. Combien de temps a duré sa rêverie ?

De l’autre côté de la porte qu’ils guettent, l’accouchement a commencé. La tête s’engage, nez en l’air, l’obstétricien le repousse et le retourne, Marie se sent vache laitière et hurle, douleur et protestation, la progression reprend très vite, déchirement, arrachement, viol à l’envers, la tête est passée, enfin, et tout le corps suit. Ils font tous cercle autour d’elle, et dans un parfait ensemble les têtes esquissent un mouvement de recul. Plus un mot, des chuchotements, l’enfant qui est enlevé très vite au lieu d’être posé sur son ventre, l’aréopage des spécialistes qui se disperse en hochant la tête, front soucieux, abattu. Que s’est-il passé, elle l’entend pleurer, il est bien vivant mais que s’est-il passé, mon Dieu, rendez-le moi, que lui faites-vous, vous devez me le dire si vous l’opérez, s’il est anormal, vous êtes obligé. On la sédate, et tandis que la délivrance achève ce cycle et qu’elle lutte pour se maintenir éveillée, l’obstétricien lui explique avec des mots simples et crus qui la percutent un par un. L’enfant n’a pas de bras. Il n’a pas de jambes. On est en train de le passer à l’échographie pour dépister des malformations internes, mais ses organes semblent parfaitement constitués y compris l’appareil reproducteur qui est bien reconnaissable, mâle. Elle savait. Elle ne pouvait rien faire de plus que chanter pour lui et caresser sa tête. Elle ne pouvait rien faire.


On lui apporta finalement l’enfant exaspéré qui hurlait à pleins poumons sa faim. Emmailloté il eût presque pu paraître normal, simplement plus léger. Il était brun, très chevelu, beau à sa manière de boxeur éreinté yeux flapis paupières ridulées de crispation, et cependant point trop rouge et fripé comme on voit souvent les tout petits enfants. Ses yeux seraient noirs. L’ayant contemplé enfin à satiété, elle ouvrit son corsage, et l’installa, tout raidi encore et hurlant, au creux de son bras gauche, positionna fermement sa tête contre le sein qu’il respira une seconde avant d’ouvrir enfin tout grand la bouche et d’engloutir le mamelon dans un grognement agacé qui se mua en déglutitions puissantes, régulières, apaisées. Il tétait parfaitement, nez écrasé sur la mamelle, langue à demi sortie, aspirant du palais et de toute la bouche sans utiliser ses lèvres. « Là, là, un sein ne te suffit pas, mais la nature est bien faite petit monstre, il y en a deux ! »


Par Marie-Laetitia - Publié dans : A SUIVRE : De la Maternité
Mardi 30 juin 2009

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Hémiprésente et moi-même Marie-Laetitia Gaultier-Gambié, sommes très fières de vous annoncer la publication de ce premier texte sur SWANS : http://www.swans.com/library/art15/gambie01.html

N'oubliez pas de lire les pages anglophones, Marie, Jan, Gilles, il y a tant à apprendre !

Marie-Laetitia
Par Marie-Laetitia Gambié - Publié dans : Humeur du jour
Lundi 29 juin 2009

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Petit jour. On se tasse dans son siège. Il est trop tôt pour les foules et les odeurs denses. Pourtant, d'année en année l'heure "de pointe" avance, et la masse des travailleurs se compacte, il est parfois impossible de trouver à s'insinuer entre deux voyageurs et les gros, les femmes enceintes, les encombrés de paquets, sont silencieusement conspués. Misère. Ici vivent les plus pauvres de ceux qui parviennent tout de même encore à se loger. Si l'on pousse un peu plus loin sur la ligne, la banlieue se fait plus cossue, les espaces verts plus riants, l'habitat plus clairsemé, tout au bout on traverse même encore des espaces agricoles.

L'été décline, le jour ne se lèvera paresseusement que dans plusieurs heures.
Il reste ça et là des places vides, que les voyageurs iront occuper en respectant immuablement les règles de remplissage dictées par le respect de la bulle de chacun, le plus loin possible de l'autre : sont recherchés d'abord les espaces totalement vides de quatre ou cinq sièges,  la sélection se fait en une fraction du seconde d'un regard circulaire mécanique et entraîné, par le premier voyageur qui se hisse à l'arrêt suivant, puis si tous sont occupés les rangées de sièges encore vacantes, enfin lorsque dans chacune un Autre a pris place, on tente comme faire se peut de laisser entre l'Autre et soi au moins l'espace suffisant pour ne point se frôler ; on jauge dans l'instant la propreté douteuse d'icelui, le chewing-gum de cette petite, le baladeur hystérique de tel autre, les jambes interminables insectiformes de ce géant paisible de quinze ans à l'étroit dans le wagon d'un autre âge .... On se supporte.

A cinq heures la population est tranquillement ouvrieuse, chacun se terre dans son morceau affiché de chez-soi : journal, livre, musique discrète, certains qui viennent de bien avant et descendront bien après parviennent à prolonger un peu la nuit trop tôt interrompue. Sommeil privilège des "terminus" qui ne craignent pas de laisser passer l'arrêt !

Semi-direct. Un bon quart d'heure avant la prochaine station. On se prend à rêver, dans le ronronnement qui s'installe, dans ce rythme enfin plein et régulier, qu'on n'ira pas aujourd'hui là où l'on nous attend, qu'au bout des voies aujourd'hui ce sera la mer, l'étranger, un ailleurs plus beau, de l'inconnu ... L'esprit divague, bercé. Parfois au passage d'un aiguillage les lumières un instant clignotent puis s'éteignent, défectuosité infime dans le programme immuable qui se déroule, accueillie avec un fin sourire. Alors que le train commence déjà d'amorcer son freinage en prévision de l'arrêt, et que le rêve esquissé s'efface, un Corail en gain de vitesse entre dans mon champ de vision, très lentement ses wagons défilent, gagnent du terrain ; je guette le pannonceau : "Paris-Austerlitz / Rome" ! Les passagers s'installent, leurs manières me semblent plus soignées, leurs habits plus précieux que les nôtres, ils devisent gaiement ici, somnolent ailleurs, à ma hauteur constamment un contrôleur remonte le train, passe une porte, contourne un rêveur contemplatif du paysage et de nous, un petit signe de main ... ; et puis voilà, nous ralentissons, le Grandes lignes poursuit, s'éloigne.
Je m'étire un peu, délassant mon esprit plus que mes membres, je me lève .... La mer au bout du quai, sûrement, attendra un autre jour.
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quotidien ou presque
Dimanche 21 juin 2009

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La droite se réjouit, la gauche s'autoflagelle, Cohn-Bendit éjacule en direct ...
Mesdames et messieurs, faites mine basse et profil discret, de droite comme de gauche. Les uns et les autres on s'est pris une bonne déculottée avec le taux de participation minable et la montée des extrêmes écolos. Il est plus que temps de prendre la mesure du dégoût des français pour la chose publique et de leur conviction, qui ne fait que se renforcer, que seule la fraternité de proximité est la solution à leurs problèmes.

PS : ah oui ne venez pas me commenter que le vote écolo n'est pas un vote extrême. Par pitié. Parce que plus dégoûté de l'humain que ça, y'a pas !
Par Mariléti - Publié dans : Je m'engage
Lundi 8 juin 2009

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Avant que d'emménager en province - ah ben si, c'est la province, j'ai un numéro de téléphone en 02 et ma fille n'a pas les vacances en même temps que Paris - nous habitions dans une ville moyenne de banlieue parisienne, plutôt cossue et bien fréquentée, où la délinquance se bornait à faire exploser des pétards dans le jardin des voisins qu'on n'aime pas et à ne pas payer son ticket de bus ... C'était gérable. La police municipale se pavanait dans des véhicules flambant neufs (mouafffff flambant) et des uniformes de cow-boys castrés (sans flingues) et effectuait des rondes dissuasives au ralenti dans les petites rues. Y'avait bien une MJC mais pas une seule casquette de rappeur devant. Etonnant. Bref.

Ma minette deuxième était en nourrice - pouf pouf, chez une assistante maternelle - à un bout de la ville, et nous habitions à l'autre. Trois kilomètres de distance - et je rappelle aux esprits moqueurs que j'ai pas le permis. Lorsque c'était à moi d'aller la récupérer chez la dame, qui ne tolérait pas la moindre minute de retard - et je la comprends au fond : vous feriez du rab à l'oeil, vous - je me fadais donc dix minutes avec la poussette pour rallier l'abribus de la navette transurbaine qui me ramènerait à bon port. Qu'il pleuve, neige, vente. Et il pleuvait, neigeait, ventait, presque toujours quand c'était MON soir. Allez comprendre.
On voit souvent les mêmes têtes dans les bus, et on finit par connaître la vie de personnes à qui, pourtant, on restera toujours étranger, simplement parce qu'elles papotent entre elles.
C'est de cette manière, d'oreille traînante et lasse, que je commençai d'entendre parler de cette nouvelle infraction mineure mais lourde de conséquences qui était apparue en ville et défrayait la chronique (c'est dire si qu'on avait des trucs à se raconter hein) : un allumé, un salopard, un dégénéré ou juste un petit con, s'amusait à balafrer tout en longueur les carrosseries des bagnoles, surtout les grosses, un peu partout en ville. La police municipale était aux abois, pensez hi hi ils n'avaient rien eu d'aussi palpitant à se mettre sous la dent depuis pfffou au moins l'Histoire de la Panne Informatique du Distributeur à Billets!, et je le savais parce que la dame qui en causait, ben son mari en était membre. De la police municipale. "On" soupçonnait un malveillant esprit révolté de vouloir punir le bon bourgeois. L'information, répétée et étayée soir après soir,  se fraya un chemin jusqu'à mon neurone à mémoire, et y resta. Un peu comme on garde un sac plastique au cas où qu'il resservirait.Un jour. Sauf que là, le jour arriva bien vite.  Ce vendredi soir de septembre, rendue à mon arrêt, je manoeuvrai comme d'habitude seule la poussette démesurée, la descendis sans qu'aucune âme charitable masculine ou féminine ne vînt me prêter main forte, ou faible j'aurais pris aussi, et m'extirpai du véhicule communautaire en faisant un merci et au revoir au chauffeur que je connaissais bien. Voilà, j'étais enfin sur mon trottoir, à deux pas de chez moi. Quasi rendue, enfin, et en week end !

Sous l'abribus, y'avait une petite vieille. Toute menue. Sont souvent toutes menues les vieilles bien vieilles. Racornies comme des Golden qui n'ont pas pourri mais desséché. Elle n'attendait pas le bus, elle passait juste par là, et s'était arrêtée pour me regarder en descendre seule et pestant ; elle m'observait à présent, les yeux étrécis, m'escrimer avec mon catafalque à roulettes pour contourner par la route un gros 4x4 garé en dépit du bon sens à 65 cm des bornes de délimitation du parking du Prisu, lequel était d'ailleurs quasiment vide c'est dire si le conducteur était pas un gros con de bouffer le trottoir avec son engin. Je râlais, pensez bien, à haute et intelligible voix, contre l'andouille phallocompensé du V8 ! Aucune visibilité pour contourner, pas le bon côté de la route, les voitures qui me contournent en train de contourner, la nuit qui tombe, la pluie aussi... Le bazar ! Et quand j'achève enfin ma manoeuvre par l'asphalte, au péril de ma vie ! - bon ok, il est passé deux voitures à 2 à l'heure -  la dame a également fini de contourner, par les 65 cm disponibles, le véhicule. Je la vois m'adresser sous son sac plastique à cheveux de vieille dame un immense et lumineux sourire et ranger dans son cabas noir son trousseau de clés qu'elle n'avait pas en main, j'en suis certaine, avant que j'entame mes exercices de créneau avec poussette .... Elle s'éloigne à petits pas mesurés, point pressée ... Un tilt se fait jour dans mon esprit embrumé, je m'enjoins à n'y point croire, non c'est pas Dieu possible ... Je cale le frein de la poussette et reviens sur mes pas. Depuis le phare avant jusques au réservoir, dans le beau noir métallisé du monstre, une énooooooorme rayure toute fraîche, encore bordée de tortillons de la peinture arrachée, saute aux yeux.
Vite vite, je m'éloigne du lieu du crime, que je cautionne mais n'ai guère envie de prendre sur moi. !!
Bon sang, j'ai coincé le Gang des Griffeurs, et il met du Daxon !
Pensez bien que j'en ai jamais rien dit à personne, mais elle a fini par se faire coincer quand même.
Aux policiers qui l'interrogeaient puis au juge qui l'a condamnée à une belle amende (merci madame la femme du policier), elle aurait dit sans en démordre jamais  que tant que la police municipale n'enverrait pas les cons à la fourrière au lieu de patrouiller le cul au chaud dans ses ZX de fonction, elle continuerait de rayer les voitures même si toute la quotité disponible de sa petite retraite devait y passer en amendes. Eh ben j'en ris encore.
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Les gens
Jeudi 28 mai 2009

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Ce soir j'ai fini l'Elégance du hérisson. A deux heures du matin. Compliqué le sommeil sous cortisone ! Faudrait que j'en parle, mais je digère. Le bouquin et le merveilleux chocolat que je me suis mitonné sur les une heure du matin, doux amer, moitié lait moitié crème fraîche.

Aujourd'hui, il a fait si tellement chaud, si tant fort, qu'on a empli de flotte au tuyau le couvercle du bac à sable, et fait tremper nos deux minettes. Pas moyen de remettre la main sur les maillots de bain alors elles ont commencé en culotte et puis, de guerre et de fous rires de pendouillage détrempé entre les jambes, ça s'est fini à poil. On a passé en revue les tables un peu dans tous les sens (d'addition ! on n'est qu'en CP !), elles ont éclaboussé le chat outré qui s'était aventuré un peu trop près, j'ai mordu à belles dents dans des petits abricots dorés se trémoussant sous mon nez, tous nous avons dansé et chanté rituellement avant que de vider l'auge bien graissée d'ambre solaire sur la pelouse jaunie qui n'en demandait pas tant, et puis enfin on s'est écroûlé à table devant un sorbet pastèque maison fait en cachette par l'homme. Il y a de bons dimanches, suivis de mauvaises nuits, qui laissent en bouche du sucre assez pour supporter l'amer.
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quotidien ou presque
Lundi 25 mai 2009

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"Votre fille n'a aucune capacité de concentration Madame,
nous ne pouvons plus rien faire pour elle"


Comme maman ne travaillait pas, c'en fut fini de l'Ecole, elle étudia à la maison durant les rares heures où elle devait y rester enfermée, à la mauvaise saison. 
Etait-ce sa faute, à elle, si sa concentration ne savait s'exercer que dans l'inutile ....  dans la rêverie paisible où l'emportaient ses contemplations ... La toilette indispensable et méticuleuse d'une petite mouche repue, passant et repassant ses pattes velues articulées sur ses jolis yeux verts à facettes bordées de rouge par les rayons rasants du soleil diffracté d'angle à angle ... La bordure effilochée rosissante d'un nuage de printemps seul en ciel qui semble vouloir résister indéfiniment au soleil couchant, à la brise du soir, aux senteurs maritimes, qui tous trois l'étirent et le dispersent et le soufflent tout doucement ... Le dessin biscornu d'un tortillon de poil d'orteil, une puce de plancher repliant son rostre pour sauter hors champ, la moustache perdue d'un chat gras qui s'est frotté contre le rebord de la chaise,  grossis vingt fois sous la loupe de son grand-père ... 

Elle avait cessé de parler depuis longtemps, au fond : parler pour quoi faire ? Ce qu'elle disait n'était jamais écouté. Sauf avec maman, qui comprenait beaucoup et pardonnait par principe et en aveugle, elle gardait pour elle ses paroles vraies pour n'exprimer que ses nécessités vitales, refermant sur elle-même les portes de son être sensible pour se rendre définitivement imperméable. Et il fallut grandir ...

"Tu n'écoutes pas !"  devint peu à peu :
"Je vous ai déjà expliqué ça pourtant ..."
"Ouh ouh, vous êtes avec moi là ?" 

Oui, peut être, sûrement, sans doute, bien sûr. 
Elle repartait comme hier, tête basse, non point d'avoir été sermonnée mais pour suivre son ombre ramassée à ses pieds au soleil de midi, riquiqui, tassée, écrasée comme sur une planète géante ...

 Vous pourrez pester jour après jour contre celle-là, oh je sais que vous n'y manquerez pas, user de cent leviers et chantages et menaces et promesses et douceurs caressantes : elle ne changera pas. Elle ne sait pas faire autrement sans en mourir, voyez-vous ? Rien ne pourra jamais avoir prise ... Elle EST plus fort.

Par Hemipresente
Samedi 23 mai 2009

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Ah la vache qu'est-ce que ça bousille l'intérieur cette saleté. Faudrait que ça pète et puis ça pète pas ! Mais ça grossit quand même au fil des phrases et du je ferme ma gueule. Si ça se trouve c'est comme ça qu'on prend du poids, de tous les mots qu'on s'est gardés dans la bouche et qu'on a déglutis sans en avoir le goût... Quand j'étais gosse je pleurais dedans, je sentais les larmes tsais, je pouvais même les voir comme si j'voyais l'intérieur d'une tête de poupée toute creuse qui coulaient sur mes joues mais dedans, je voyais même la lumière toute orange à travers les paupières fermées. Pas moyen de faire bonne figure quand ça me prend comme ça, et pi si j'en laisse trop voir et qu'on me demande si je fais la gueule et pourquoi, je sais que ça va tout péter et qu'y aura des morts pour sûr, je tirerai pas souvent mais ce sera pas des balles en caoutchouc tsais, ça sera du brut avec une tête fendue en quatre du genre qui s'écarte bien quand elle atteint sa cible pour faire plus de dégât. Je vois trouble, j'serre les mains sur ma tasse et dans ma bouche les dents à m'en dézinguer les plombages, ça grince pour sûr ça sent le vieux tortillard aux freins trop chauds qui marchent tellement plus bien qu'il faut que le machiniste il freine depuis le départ de la station d'avant ou qu'il accélère même plus. J'en ai des odeurs et des goûts sur la langue, un peu de sang dans le frémissement de la narine, ah putain de putain ce que ce serait bon que ça pète... Et puis rien, je referme la porte et je respire à plat, je redescends l'aiguille dans la zone verte, je prends soin de pas cogner la cuillère sur les coins de la tasse ronde, ouais les coins, pour pas la faire exploser tellement que j'tremble. Ouais. Faudra bien que ça pète un jour sinon ce sera mon cerveau qui va me sortir par le nez et pi se jeter en avant et gloutonner tout le réel qui me tue.
Par Mariléti - Publié dans : Ma colère
Samedi 23 mai 2009

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arfois y'a que deux choses à faire : écrire, puis cuisiner. Alors voilà, j'écris beaucoup, je me soigne comme je peux et .... je prends des kilos.


Tarte sablée aux poires à la cassonnade. Baguettes. Petits pains au lait. Poulet aux fèves fraîches. Financier au chocolat. Tarte aux framboises. Côtes de porc marinées. Gratin dauphinois. Lasagnes. Canellonis. Purée rose. Beignets de pommes de terre. Soupe de fanes de radis à la crème fraîche...
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Humeur du jour
Samedi 23 mai 2009

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Je relaye l'information mise en exergue par Irène sur son blog "Les petites bêtises de Filleke".

A votre tour, faites passer.

Chaque jour le totalitarisme insidieux gagne du terrain.
Notre seule arme : ouvrir nos gueules.
Alors ouvrons-les bon sang ! Grand ! Fort ! Ensemble !
Il faut réussir à passer des indignations aux protestations et des protestations à l'action !

__________________________________________

LETTRE D'INFORMATION DU MATRICULE DES ANGES :

Chers anges,

On a appris hier la mise en garde à vue de deux couples d'éditeurs que l'on connaît bien.

L'arrestation a été menée par la police judiciaire de Marseille et les forces de l'anti-terrorisme. Il est vrai que François Bouchardeau qui dirigeait jusqu’à son récent dépôt de bilan HB éditions (avec sa femme arrêtée aussi) est un éditeur dangereux : il publie du roman, de la nouvelle.

De même Samuel Autexier qui avec sa sœur ont dirigé un temps une collection chez Agone et publient la revue Marginales.

Ces quatre-là ont commis un crime très grave, susceptible de porter atteinte à la sûreté du pays : ils ont manifesté à Forcalquier (haut lieu du terrorisme) au sein du comité de sabotage de l'anti-terrorisme pour soutenir Julien Coupat (ancien directeur de la revue Tiqqun) détenu depuis novembre 2008 et présumé responsable d’avoir jeté des traverses sur une voie de TGV.

(Lisez ici l’appel à la manifestation du 5 mai et voyez combien elle était une menace pour la société) Aussi grotesque que soit cette arrestation (à laquelle fit suite celle d’un membre de la Ligue des Droits de l’Homme de Forcalquier), elle n’en demeure pas moins inquiétante.

L’éditeur Éric Hazan avait eu droit lui aussi à un tel traitement de faveur pour avoir… publié un livre que les pandores soupçonnent d’avoir été écrit par Julien Coupat. On riait de voir les musclés de l’anti-terrorisme s’effrayer du nombre de livres saisis chez Julien Coupat. Aujourd’hui, il semblerait que pour les forces de l’ordre, une bibliothèque soit à elle seule une preuve accablante de l’appartenance de son propriétaire à un réseau terroriste.

La moindre des choses que nous pouvions faire était de vous tenir informés. Dans quel pays vivons-nous où les auteurs et les éditeurs sont assimilés à des terroristes dès lors que les idées qu'ils professent ne conviennent pas à quelques-uns ? Dans quel pays vivons-nous où le moindre délit (ici : avoir photographié un élément de la maison secondaire du directeur central du renseignement intérieur Bernard Squarcini) vaut une garde à vue pouvant atteindre les 96 heures ? Dans quel pays vivrions-nous si nous ne réagissions pas à ça ?

http://www.lekti-ecriture.com/bloc-notes/

http://www.soutien11novembre.org/

http://www.millebabords.org/spip.php?article11356

Un communiqué de la Ligue des Droits de l'Homme :

http://www.millebabords.org/spip.php?article11361

http://www.wikio.fr/news/Francois+Bouchardeau

L’appel à la manifestation du 5 mai : http://nantes.indymedia.org/article/17104
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Je m'engage
Vendredi 22 mai 2009

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M. Jacques Rouvière - oui oui, LE Jacques Rouvière - avait lancé sur son blog un petit exercice cruciverbiste qui m'a bien occupée pendant une petite semaine. Et j'ai gagné ! Et pas n'importe quoi : son dernier bouquin dédicacé (hein dites, Jacques ?) qui devrait m'arriver par voie postale sous très peu. Et qui s'intitule "Nous n'irons plus à Maïtagarria" ; notre Marie Rennard à nous en avait fait une très belle critique (voyons voir que je remette la main dessus sur son blog ..... mmmfffff ....  pas que ce soit bordélique mais c'est touffu .... Voilà ! c'est ici !) qui m'avait donné bien envie d'y tremper le nez et tout le reste si affinités et puis mes finances étant ce qu'elles sont l'envie est restée juste là, comme qui dirait en deuil, clignotant en mes yeux fauves (ah il faisait pas que de l'alimentaire le père Hugo "l'envie en deuil clignote en leurs yeux fauves" la vieillesse, tout ça ....).

Bon, tout ça pour dire que nananère, je vais bouquiner à l'oeil un bouquin que j'avais envie de lire, que z'aviez qu'à participer, et que oui ce blog dort d'un bon sommeil mais c'est pour la bonne cause, à savoir la mienne.

Qui qu'a dit qu'on gagne jamais aux concours internet, mmmh ?
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Vous vous en foutez
Jeudi 21 mai 2009

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Bizarre, curieux, étonnant, comme la sélection de l'information peut nous plonger parfois dans des abîmes de perplexité. Voyez vous-même. Pub record sur la nouvelle drogue à la mode pour faire chier du gras aux fanatiques de régime. Y'en a par-tout ! Pas un magazine qui ne mette en garde contre les effets d'une automédication mal pensée et ne fasse les choux gras du laboratoire qui finalement n'aurait pas eu un sou à débourser en affichage s'il avait été malin.

Et à côté de ça, silence total (vous allez voir, c'est moi qui vais vous l'apprendre ...;) sur le scandale absolu de ces quinze dernières années, à savoir la réalisation d'études "en double aveugle" avec placebo sur des populations africaines (ce ne sont que des nègres voyons, un placebo c'est déjà tellement pour eux !) dont les gouvernants ont été dupés.

Je vous le fais short mais en gros, les principes du droit international de la bioéthique ont fixé au plan international un corpus de règles qui s'imposent aux Etats et, chez eux, aux labos, parmi lesquelles :
- les personnes soumises à une recherche doivent pouvoir en espérer un bénéfice direct ;
- les études réalisées en double aveugle ne peuvent mettre en jeu qu'une molécule aux effets déjà connus contre une nouvelle molécule dont on espère que les bénéfices seront supérieurs à ceux de la molécule proposée au groupe témoin ;
- les études molécule active contre placebo ne sont envisageables que sur des populations saines et non dans une optique de traitement ;
- dans le cas extrême des études faites sur des personnes en fin de vie qui acceptent de prêter leur corps encore chaud à la science, le bénéfice direct pour la personne peut être nul, il s'agit de ce que l'on appelle un protocole compassionnel ; le risque est en ce cas pleinement accepté par le sujet qui ne peut entrer dans un tel protocole si sa volonté n'est pas entière et sa conscience totale et lucide.

Les études dont je parle ici n'ont respecté aucune de ces règles. On a divisé la population en deux groupes, au premier groupe on a donné une nouvelle molécule encore jamais testée sur l'être humain et en face, au second groupe, on a donné un placebo.
Bien sûr, tous les malades du groupe placebo sont morts. Tout en pensant se soigner.
Dans le groupe qui a reçu la molécule le taux de survie a été meilleur que celui du placebo (!!!) ce qui a simplement prouvé une efficacité et une absence de toxicité sur l'homme (hop deux études de gagnées !), mais n'a pas permis de déterminer si l'on avait là mis au point un traitement plus efficace que les prévédents. on s'en tamponnait le coquillard : on avait une nouvelle molécule qu'on pourrait vendre la peau des couilles dans les pays où le système de santé la rembourserait.

Et ensuite me direz-vous ? Qu'est il advenu de ces gens ? Eh bien une fois l'étude terminée, le graaaand laboratoire est rentré à sa maison. Avec ses résultats. Avec sa molécule. Qu'il a pu introduire dans une dernière étude avant de demander sa mise sur le marché.
Et les gens ? Ah les nègres ? Bah ils sont morts, on n'allait pas synthétiser des traitements pour eux à vie quand même. Déjà bien heureux d'avoir eu des médocs à l'oeil.

En avez-vous entendu parler ? Non ?
Tourneboulant. Questionnant. Pourquoi parle-t-on tant d'Alli et si peu de Doha ? Parce que là, il y aurait eu matière à pousser de hauts cris, pour le coup, z'êtes pas d'accord ?
Et pourtant ... on est bien peu à le savoir. Et même le sachant, pas moyen d'en faire quoi que ce soit. Rien.

Le lobbying n'est pas seulement une machine à marketer ou à faire taire, c'est un effaceur, redoutablement efficace. Si personne n'en parle c'est que ça n'a jamais existé. Alors je me demande : il faut combien de temps entre soi et soi même pour faire valoir à sa propre conscience un délai de prescription et repartir vierge, ni responsable ni coupable ?
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Je m'engage
Mardi 12 mai 2009

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